Analytique, IA agentique : ServiceNow renforce RaptorDB Pro

Lors de son événement Knowledge 2026, du 5 au 7 mai à Las Vegas, l’éditeur a annoncé plusieurs évolutions de sa CMDB « premium », RaptorDB Pro. ServiceNow justifie ces apports par l’IA agentique, le rachat de Pyramid Analytics et la simplification de la gestion des archives.

ServiceNow a déployé RaptorDB en 2024. Aujourd’hui, une majorité des comptes serait en train de migrer vers cette base de données qui remplace MariaDB. Cette décision découle de la lenteur des requêtes analytiques observées, du fait de la nature principalement transactionnelle de la précédente CMDB. Tous les clients devraient avoir quitté l’ancienne CMDB d’ici à la fin de l’année 2027.

En 2021, ServiceNow a acquis Swarm64, un spécialiste de PostgreSQL, pour constituer une nouvelle CMDB dotée de capacités HTAP, à la fois transactionnelles et analytiques. À son lancement, l’éditeur évoquait la capacité de traiter 93 000 transactions par minute, au lieu de 35 000 avec ce fork propriétaire de PostgreSQL.

Surtout, selon les porte-parole de ServiceNow, RaptorDB permet de « traverser » davantage d’actifs enregistrés dans la CMDB. Sachant que certains clients comptent plusieurs centaines de millions, voire quelques milliards de « CI » – d’items de configurations enregistrés – une telle fonctionnalité est nécessaire.

Les gains substantiels en matière d’analytique s’obtiennent en réalité à l’aide de l’édition Pro de RaptorDB, une variante premium et payante de la CMDB. PayPal, qui a troqué MariaDB pour RaptorDB Pro revendique une exécution deux fois plus rapide des tâches liées à la base de données et une multiplication par 2,7 de la réactivité de l’UI. Les opérations au long cours seraient cinq fois plus rapides avec RaptorDB Pro, selon la Fintech.

Chez Amadeus, la migration vers RaptorDB Pro a duré moins de quatre mois. Les traitements appliqués sur une partie des 30 millions de CI seraient 45 % plus rapides.

L’éditeur veut aller plus loin. Il pousse ses clients à adopter ses produits CSM, RH et CRM qui s’appuient sur cette même CMDB. Cela implique une augmentation des volumes de données et des flux de travail. À cela s’ajoute l’IA générative et agentique.

En ce sens, RaptorDB intègre des capacités de traitements orientés graphes et time-series. RaptorDB Pro, elle, a aussi le droit à trois nouvelles capacités : Live Perform, Live Connect et Live Archive. Ces trois fonctionnalités visent à améliorer respectivement les performances, la connectivité BI et la gestion des archives.

Stockage : RaptorDB et RaptorDB Pro font preuve d’efficience

Live Perform n’est autre que l’ensemble des améliorations de performance poussées par l’éditeur ces derniers mois. Il s’agit principalement d’approfondir les capacités translytiques (ou HTAP) de la base de données en se concentrant sur l’amélioration des traitements de données massivement parallèle. Selon les solutions engineers de ServiceNow rencontrés par LeMagIT, les équipes de l’entreprise ont travaillé sur l’optimisation du planificateur de requêtes. Ils décomposent plus finement les opérations SQL. Un effort a été porté sur la compression des données au sein des tables.

Du même coup, l’adoption de RaptorDB et de RaptorDB Pro permettrait de réduire significativement l’espace de stockage nécessaire. « Avec MariaDB, les données étaient en quelque sorte fragmentées », avance un avant-vente de ServiceNow.

« Un de mes clients ServiceNow a récemment migré son instance de production vers RaptorDB standard. J’ai observé environ 45 % de réduction de l’empreinte de base de données », affirme Mark Roethof, consultant indépendant spécialisé dans ServiceNow, sur LinkedIn. En commentaire, d’autres évoquent une réduction de 30 % jusqu’à 64 % du volume de stockage. C’est principalement le cas pour les instances contenant plusieurs téraoctets de données.

Ces gains soulèvent deux questions. D’une part, le nombre de licences de bases de données semblait jusqu’alors plus élevé que nécessaire, remarquent certains consultants. D’autre part, la gestion de la fragmentation était laissée aux clients. Du même coup, certains clients se demandent si ce niveau de compression sera maintenu dans le temps. Dans les faits, il faut payer pour cela.

La compression avancée est fonction d’un Index Columstore spécifique à RaptorDB Pro. Il gère automatiquement cette opération en sus de l’indexation des tables. L’empreinte devrait être comparativement plus limitée que les instances propulsées par MariaDB.

Des archives plus faciles à réhydrater

Mais la croissance du volume de données implique la disponibilité de Live Archive dans la v2 de RaptorDB Pro. Outre un service d’archivage, l’éditeur offre là un tiers de stockage supplémentaire conforme à l’approche « hot, warm, cold ». Plus précisément, Live Archive inclut 50 To de stockage d’archivage supplémentaire.

Comme le nom de l’option l’indique, il est possible d’interroger les actifs archivés pour établir des rapports ou pour des raisons de conformité. Ils peuvent être combinés avec des données de l’instance de stockage primaire à des fins de comparatifs.

L’archivage des enregistrements de l’instance primaire réclame une transition vers un espace de stockage objet dédié propriétaire, basé sur le protocole S3. Les données sont temporairement inaccessibles pendant la migration. Live Archive applique également des opérations de compression, mais les tables ne sont visibles dans la console qu’après avoir dépassé 512 Mo ou 2 millions de lignes.

Les droits d’accès et les rôles sont également conservés, tout comme les règles d’archivage. L’add-on Live Archive déploie automatiquement deux API S3 correspondant aux deux « data centers » qui constituent une instance.

Par ailleurs, un outil de nettoyage des tables doit compléter les règles d’archivage pour réduire l’empreinte du stockage. À partir de règles, il doit aider à supprimer les doublons, les incidents clos superflus, les conversations avec les assistants IA ainsi que les traitements analytiques des CI.

Une connexion directe vers les outils de BI

ServiceNow a davantage mis l’accent sur Live Connect, une API qui embarque des drivers ODBC et JDBC pour interroger en SQL les données d’instances RaptorDB Pro depuis les plateformes BI (PowerBI, Tableau, Looker, etc.). Ici, il n’est plus nécessaire de configurer des pipelines ETL pour les charger au préalable dans un entrepôt de données. Ce même connecteur peut être combiné à Pyramid Analytics, une plateforme acquise par ServiceNow en février dernier.

Cette connexion directe vise plus particulièrement les équipes qui n’auraient pas besoin de combiner des données en provenance d’autres systèmes. La plupart des entreprises font le choix d’exporter leurs données vers Snowflake ou Databricks afin de combiner des données présentes dans ServiceNow et Workday ou SAP, suivant les usages.

« Cela ne remplace pas les grandes plateformes de données destinées à des analyses plus générales, mais cela permet de traiter efficacement une catégorie spécifique de charges de travail », estime Michael Leone, vice-président et analyste principal chez Moor Insights & Strategy.

Si l’on s’arrête à l’IA agentique, ServiceNow semble avoir fait le bon choix : la majorité des éditeurs (Databricks, Snowflake, Microsoft, OpenAI, etc.) mise sur une base de données dérivée de PostgreSQL pour gérer les déploiements.

Néanmoins, à elle seule, RaptorDB Pro représente un surcoût non négligeable au vu des extensions de contrat revendiquées par l’éditeur ces derniers mois. Selon les rapports financiers du groupe, au moins 17 clients depuis le début de l’année 2026 ont déboursé plus d’un million de dollars pour y accéder. Le modèle tarifaire semble dépendre d’un pourcentage du contrat existant. RaptorDB Pro reste un produit majoritairement destiné aux plus grandes installations de la plateforme Now. Dans sa version standard, elle est davantage recommandée pour les jeux de données de moins de 1 To.

ServiceNow se rêve en plateforme de gestion de données

En outre, ServiceNow met en place des connecteurs Zero Copy pour rendre accessibles des données externes à la plateforme et aux assistants Now Assist ainsi qu’aux agents IA à travers Workflow Data Fabric.

Il liste des connecteurs vers des instances ServiceNow distantes, Snowflake, Microsoft OneLake, Amazon RedShift, Oracle, les tables S3, Databricks, BigQuery, Teradata et l’API REST d’Apache Iceberg. Il existe également des moyens d’orchestrer ces warehouses cloud depuis ServiceNow. En revanche, les connecteurs directs de la plateforme Now vers les entrepôts sont en grande partie gérés par les éditeurs tiers concernés.

En ajoutant à cela son Data Catalog et son registre de serveurs MCP (incubé dans un innovation Lab), ServiceNow entend bien devenir un centre de gravité plus important en matière de gestion de données. Quitte à concurrencer ces partenaires à certains égards, selon Keith Kirkpatrick, vice-président et directeur de recherche chez The Futurum Group.

« L’approche de ServiceNow génère un avantage stratégique cumulatif grâce à la “gravité des connaissances”, c’est-à-dire l’accumulation d’informations issues des flux de travail, qu’il devient de plus en plus difficile pour les concurrents de reproduire ou pour les clients d’abandonner », comprend-il.

Les ajouts portant sur l’observabilité, la qualité et la gouvernance automatisées de données ainsi que l’expansion du réseau de partenaires lié à sa Data Fabric au cours de la deuxième moitié de l’année 2026 confirment cette volonté.

À travers sa stratégie de plateforme de plateformes et au nom de l’IA, l’analyste estime que l’éditeur cherche encore à accroître son marché adressable. Une expansion nécessaire s’il veut remplir son objectif : doubler son chiffre d’affaires d’ici à 2030.

Pour Michael Leone, la gouvernance automatisée est une bonne idée, mais ce concept devra faire ses preuves en production, tandis qu’il considère que l’approche de ServiceNow sera véritablement validée lorsque des entreprises opteront pour sa plateforme plutôt que celle des fournisseurs de gestion de données.

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