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Pénurie mémoires : bras de fer entre le gouvernement US et les fabricants
L’administration Trump entend légiférer le commerce des puces mémoires pour éviter que les fabricants informatiques américains partent se fournir en Chine. Une décision à laquelle s’opposent vigoureusement Samsung, Micron et SK Hynix, alors que la pénurie les enrichit.
La pénurie des mémoires vire à la crise économique nationale aux USA, où siègent la grande majorité des fabricants informatiques.
Il y a quelques jours, le Financial Times révélait qu’Apple avait envoyé au gouvernement américain une demande officielle pour qu’on lui délivre un permis exceptionnel d’acheter des mémoires DRAM en Chine. Qui plus est auprès du fabricant CXMT qui, selon Reuters, figure depuis juin sur la liste noire du Pentagone pour suspicion d’accointances avec l’armée chinoise.
En fin de semaine dernière, ayant manifestement eu vent d’un projet de décret américain qui obligerait les fabricants réguliers de mémoires à vendre leur production à Apple, le consortium SEMI a envoyé un courrier tout aussi officiel aux mêmes membres de l’administration Trump pour les remercier d’essayer d’intervenir, mais les prier de ne surtout rien en faire, car cela ne ferait qu’empirer la situation, selon une information de Bloomberg qui a eu accès à ce courrier.
En substance, SEMI conseille plutôt au gouvernement américain de cesser de prélever la TVA sur les équipements informatiques s’il veut protéger ses consommateurs contre les prix qui ne cessent de bondir sur ces produits. Le consortium insiste surtout sur l’extrême nécessité de ne pas chercher à interdire les commandes passées longtemps avant la production – une pratique que les fabricants de mémoire imposent désormais à leurs clients – pour ne pas mettre davantage en péril des plannings supposément tendus.
Samsung Electronics, Micron et SK Hynix accusés de profiter de la pénurie
Problème, derrière le consortium SEMI se cachent Samsung Electronics, Micron et SK Hynix, soit les trois fondeurs qui produisent 95% des circuits mémoire vendus sur la planète et que tout le monde tient pour principaux responsables de l’actuelle flambée des prix. D’autant qu’elle leur permettrait de réaliser une marge record de 80% sur les produits qu’ils vendent.
Pour rappel, le cabinet d’études des tendances économiques TrendForce avait prédit dès janvier qu’au moins 70% de la production de circuits mémoire cette année, DRAM comme NAND, serait vendue aux hyperscalers, pour muscler leurs services d’IA en cloud. Mais au détriment des fabricants informatiques qui vendent des appareils mobiles, des ordinateurs et des SSD au public. Une prédiction qui avait été confirmée par Samsung Electronics et SK Hynix quelques jours plus tard, lors de la publication de leurs résultats aussi vertigineux que records.
Le peu qui reste de la production de mémoires est désormais vendu aux enchères aux fabricants les plus offrants, c’est-à-dire ceux qui acceptent de signer des chèques de plus en plus importants pour des quantités de circuits dont la fabrication n’a même pas encore été lancée. Face à cette situation, Apple, marque emblématique de l’informatique grand public, a été contraint la semaine dernière d’annoncer, pour la première fois, une augmentation du prix de ses produits déjà commercialisés. Selon les gammes, cette augmentation va de 15 à plus de 20%.
CXMT, la sulfureuse alternative chinoise
De son côté, CXMT, acronyme de ChangXing Memory Technologies, est une entreprise chinoise créée en 2016 sous le nom d’Innotron. Parvenu à un rythme de production de 720 000 wafers par trimestre en 2025, le fondeur est de fait le quatrième fabricant mondial de mémoires DRAM, occupant les 5% de parts de marché qui échappent à Samsung Electronics, Micron et SK Hynix.
CXMT était jusqu’ici réputé pour fabriquer des composants DDR4 et DDR5 premiers prix, ses circuits étant gravés avec une finesse de 19nm, contre 12nm ailleurs. Mais le fabricant cherche à présent à gommer cette image. Il annonce sur son site savoir désormais produire des composants DDR5 similaires à ceux de ses concurrents, c’est-à-dire basés sur des circuits d’une capacité de 16 et bientôt 24 Gbit, avec des taux de transferts de 8000 Mbit/s. Il se vante aussi de désormais fournir des fabricants de serveurs, ainsi que des marques de barrettes DIMM grand public comme Corsair.
Selon le média Tom’s Hardware, Dell et HP auraient validé la faisabilité technique de peupler leurs PC de barrettes mémoires Gloway et KingBang, deux marques vitrines de CXMT pour écouler sa production dans les circuits de distribution traditionnels.
On ignore comment CXMT est parvenu à améliorer sa production alors qu’il n’a normalement pas accès aux moyens industriels de ses concurrents, pour cause de sanctions américaines. La piste de l’espionnage est évoquée. En décembre dernier, la justice coréenne a arrêté dix ex-ingénieurs de Samsung Electronics qu’elle soupçonne d’avoir revendu à CXMT les secrets industriels de leur ancien employeur. Parmi les connaissances transférées en Chine figuraient celles de la gravure de circuits de DRAM en 10 nm.
CXMT espère atteindre un rythme de production de pratiquement un million de wafers par trimestre d’ici à la fin de l’année. Il vise une entrée en bourse au cours de l’année 2027.
Notons enfin qu’il existe un autre fournisseur chinois de mémoires : YMTC. Lui se spécialise dans la fabrication de circuits NAND, lesquels sont nécessaires à la fabrication de SSD et lesquels souffrent pareillement de pénurie.
