Stockage : entre pénurie de SSD et IA, NetApp mise toujours plus sur le cloud
En visite à Paris à l’occasion des 30 ans de la filiale française, le No 2 de NetApp parle autant d’IA que ses concurrents, mais il est le seul à la dissocier du sujet de la souveraineté. Et pour cause : NetApp reste le fournisseur le mieux intégré aux hyperscalers.
La filiale française de NetApp, ouverte quatre ans seulement après que la maison mère ait été fondée aux USA, fête ces jours-ci ses trente ans. À cette occasion, César Cernuda, le numéro 2 du groupe (à gauche sur la photo en haut de cet article, aux côtés de Marc Royer, nouveau patron de NetApp France), est venu à Paris fin juin pour rencontrer les partenaires et clients locaux et leur exprimer toute sa gratitude. Grâce à leur confiance dans la marque, NetApp serait depuis plusieurs années le plus important vendeur de solutions de stockage de données dans l’Hexagone.
« Nous sommes les leaders du stockage en France de manière globale, et aussi en particulier les leaders du stockage Flash [sur SSD, N.D.R.]. Tous les cabinets d’étude de marché vous le confirmeront ! », lance César Cernuda, lors d’un entretien avec LeMagIT. Il ne partage pas de chiffres précis, mais veut couper court à toute interprétation qui suggérerait que ses concurrents Dell et EverPure le talonnent.
« Dans le monde, les ventes de nos baies 100 % Flash nous ont rapporté 4,6 milliards de dollars sur les douze derniers mois. Nous sommes les leaders sur ce segment. Mais aussi les leaders du stockage en mode fichier et en mode objet. En France, 90 % du CAC40, la moitié des 120 entreprises suivantes en matière de taille et douze de vos ministères travaillent avec NetApp », poursuit-il.
De l’IA oui, mais avec des traitements en cloud
L’IA est, sans surprise, le sujet que le dirigeant est venu mettre en avant devant ses clients et ses partenaires. Mais, de manière inattendue, il ne l’a pas du tout abordé sous l’angle de la souveraineté, c’est-à-dire sous celui du retour à 100 % aux infrastructures physiques de proximité, ce que font pourtant, depuis mars dernier, tous les autres fournisseurs d’équipements. César Cernuda a positionné NetApp en champion de l’IA en cloud hybride.
« Les entreprises ont des traitements IA en cloud et d’autres sur site. Plus elles construisent leurs projets d’IA, plus elles ont besoin d’interopérabilité entre les deux, avec une seule interface pour contrôler l’ensemble », affirme-t-il.
Sous couvert d’anonymat, un partenaire confirme : « évidemment, tous les fournisseurs chantent cette musique que la tendance serait à l’abandon du cloud pour un retour massif à leurs infrastructures informatiques dans les datacenters. À cause du CLOUD Act. À cause des données sensibles qu’on donne aux IA. À cause de la guerre. Mais la réalité est que nous n’y sommes pas déjà. Les entreprises ont lancé des grands projets de migration de leurs datacenters vers le cloud public après la pandémie de Covid-19 et elles sont encore dans cet élan. »
« Et, bingo ! NetApp est le seul fournisseur informatique au monde qui équipe les trois hyperscalers, donc le mieux placé pour concrétiser cette interopérabilité », enchaîne César Cernuda. « Attention, je ne vous parle pas de la présence de versions virtuelles de nos solutions sur les marketplaces du cloud. Je vous parle du fait qu’AWS, Azure et Google Cloud commercialisent des services de stockage à eux, dont ils assurent la maintenance, mais qui sont basés sur nos solutions ».
Précisons. Tous les fournisseurs proposent sur les marketplaces des hyperscalers des versions en cloud de leurs baies de stockage sur site. Ces services se nomment Pure Storage Cloud chez Everpure, StoreOnce VSA chez HPE, VSP One chez Hitachi Vantara, PowerProtect chez Dell… Et il existe de la même manière Cloud Volume OnTap chez NetApp. Cependant, ces services ne sont véritablement conçus que pour s’articuler avec les applications que les entreprises installent elles-mêmes en cloud ou qu’elles laissent sur site.
Or, dans le cadre de l’IA, les entreprises chercheraient plutôt à utiliser des services prêts à l’emploi en cloud et qui, eux, s’articulent avec les services de stockage natifs des hyperscalers. C’est là l’avantage que met en avant César Cernuda : parmi ces services, on trouve AWS FSx OnTap, Azure NetApp Files ou encore Google Cloud NetApp Volume, tous basés sur des solutions NetApp.
Le scénario est dès lors le suivant : une fois que l’entreprise a souscrit à des services d’IA avec leur stockage NetApp en cloud, il ne lui reste plus qu’à leur attacher, depuis la même console de pilotage, les baies physiques de NetApp sur lesquelles ses salariés enregistrent leur travail. Ainsi, au fur et à mesure que des documents sont créés en interne, ils sont indexés pour nourrir l’analyse des IA en cloud. Tout le travail de passerelles, de transfert est considérablement simplifié.
Une stratégie de cloud hybride qui tombe bien en pleine pénurie de SSD
Cela dit, il se trouve que cette approche d’être un fournisseur de baies de stockage qui fait des affaires en invitant ses clients à utiliser des services en cloud tombe particulièrement bien. Elle permet à NetApp de passer entre les gouttes de l’actuelle pénurie de mémoire NAND, à savoir les composants électroniques dont sont constitués les SSD qui équipent ses produits.
Quelques jours plus tôt, Everpure, l’un des principaux concurrents de NetApp, créait d’ailleurs la surprise lors de sa conférence annuelle en n’annonçant aucune nouvelle baie de stockage, faute de stocks de NAND suffisants pour proposer des modèles à un prix attractif.
César Cernuda refuse de dire qu’il lui manquerait des SSD pour vendre des baies physiques, mais il reconnaît que les tarifs des baies AFF (les modèles « Flash », ou 100 % SSD) dépassent en ce moment les budgets que les entreprises sont prêtes à investir dans du stockage.
« Nos ventes de baies Flash restent supérieures à celles de nos baies FAS [modèles majoritairement composés de disques durs, N.D.R.]. Mais désormais certains de nos clients nous appellent en effet pour nous demander s’il serait possible de plutôt acheter une baie FAS pour leur projet, à cause de ces hausses de prix. Et ça l’est, car nous n’avons pas non plus cessé d’innover dans les solutions basées sur les disques durs », argumente le No 2 de NetApp.
César Cernuda précise qu’il n’a plus en tête les détails de l’augmentation actuelle des tarifs pour les baies équipées de SSD. « Écoutez, je vous assure que nous avons essayé de protéger le plus possible nos clients et nos partenaires contre ces hausses de prix. Mais nous avons été très transparents avec eux dès le départ sur ce qui allait se passait, sur le fait que cela allait durer un moment. Et le fait est qu’aucun de nos clients n’est parti. Au contraire, ils nous témoignent aujourd’hui leur reconnaissance pour cette transparence », conclut-il.
