IA : « Les modèles chinois s’affirment comme des alternatives »
Les modèles chinois ont pris le pouvoir. Plus de la moitié des tokens consommés dans le monde passent aujourd’hui par ces LLMs qui ont séduit jusqu’aux acteurs souverains français et influé sur la stratégie de Mistral.
À sa sortie, DeepSeek avait créé la panique sur les marchés. S’il était possible de faire des modèles d’IA à moindre coût, de les faire tourner pour presque rien (inférence), de les mettre sur ses serveurs (et les contrôler), et qui plus est sans les payer (open weight), alors qu’allait-il rester à OpenAI, Anthropic ou Google ? Depuis, ce narratif a été nuancé. Les modèles chinois ont aussi un coût, dont celui de la « censure ». Les marchés se sont rassurés. Et pour les prochaines entrées en bourse d’OpenAI et d’Anthropic, les analystes anticipent des valorisations de 1 000 milliards $, voire plus.
Mais en toute discrétion, les modèles chinois ont continué à progresser. À tel point qu’ils « s’affirment comme des alternatives », insiste le cabinet de conseils français AI Builders, récemment racheté par Wavestone.
Des coûts d’inférence jusqu’à 20 fois inférieurs
Cet avis est partagé par d’autres, comme cet éditeur qui, hors micro, estime que le combat pour l’Europe ne se fait plus sur les LLM – combat gagné d’après lui par les Chinois – mais sur les couches d’administration, de contrôle, d’orchestration et d’ingestion des documents pour la « grounded AI ».
À l’époque, son avis était un caillou lancé dans le jardin de Mistral qui, d’après lui, aspirait les investissements pour une bataille perdue d’avance.
« Il y a un vrai danger, car ces modèles sont livrés sans les “harness” dont jouissent les modèles occidentaux. »
Stéphane RoderPartner IA chez Wavestone
L’avenir lui a – en grande partie – donné raison puisque plusieurs mois plus tard, Mistral s’est converti à ces modèles en proposant, en plus de quelques LLMs maisons, des versions « souveraines » de GLM (du laboratoire chinois Z. ai), hébergées sur ses serveurs de nouveau Neocloud.
« Les modèles chinois les plus avancés – comme Qwen, DeepSeek, GLM, Kimi ou MiniMax – rivalisent avec les modèles occidentaux », renchérit aujourd’hui AI Builders/Wavestone, « le tout en affichant des tarifs d’inférence jusqu’à 20 fois inférieurs ».
Sur un exemple « documenté », à savoir la migration de l’éditeur Lindy AI de Claude vers DeepSeek V4, les coûts d’inférence ont été divisés par dix, illustre le cabinet de conseils. Et à performance équivalente.
Des performances qui rivalisent avec les modèles américains
C’est un autre point que AI Builders souligne. Les performances seraient de plus en plus proches. Et les points faibles (comme la génération d’image) des modèles chinois tendraient à se réduire. Ils seraient même devenus les plus performants en synthèse vocale (avec Alibaba en tête) et feraient jeu égal avec les modèles américains sur la génération de vidéo.
Le classement des modèles d’AI Builders montre la montée en puissance continue des offres chinoises
Mais les modèles chinois, aussi bons soient-ils, ne sont pas la panacée.
« C’est une offre très attractive, mais qu’il faut absolument savoir intégrer à bon escient », avertit Stéphane Roder, Partner IA chez Wavestone et fondateur d’AI Builders. « Il y a un vrai danger car ces modèles sont livrés sans les “harness” dont jouissent les modèles occidentaux ». Pour mémoire, le « harnais » regroupe l’orchestration, la gouvernance, la sécurité et les garde-fous autour de l’IA.
Scaleway et OVH convertis, comme Mistral
Signe de cette montée en puissance, Scaleway propose désormais GLM, DeepSeek, Qwen et Minimax dans son catalogue d’APIs, aux côtés de différentes versions de Llama, de Gemma, d’OpenAI (gpt-oss) et Mistral. OVH articule son offre autour de Qwen (8 déclinaisons de celui-ci sur les 20 modèles disponibles sur AI Endpoints).
Tout comme sur le neocloud de Mistral, l’idée est d’héberger es modèles chinois, de les faire tourner sur les données des clients, tout en leur assurant que celles-ci resteront sur une infrastructure souveraine et qu’aucun prompt ne sera stocké par l’hébergeur.
Des modèles chinois décensurés en Espagne
Autre signe de cette adoption « silencieuse », l’Espagnol Multiverse Computing, qui compresse les LLM en s’inspirant de méthodes mathématiques issues du quantique, va un pas plus loin. Il a lui aussi mis DeepSeek et Qwen au cœur de son offre d’une vingtaine de modèles. Mais « nous avons réussi à enlever la censure politique présente dans la plupart des modèles chinois », assure au MagIT Michel Kurek, CEO France de l’éditeur.
Plus de la moitié des tokens passent par les modèles chinois
Ces modèles – en particulier Qwen et ses variantes – trustent également le top 10 des modèles les plus populaires de Hugging Face.
Et aujourd’hui, la part des tokens attribuée aux éditeurs chinois sur la plateforme de suivi OpenRouter est passée de 14 % à 56 % en douze mois, entre août 2025 et juillet 2026. Un début d’une prise de pouvoir ?
Pour approfondir sur IA appliquée, GenAI, IA infusée