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Oracle arrive à revendre des capacités de GPU vieilles de 4 ans 20 % plus cher qu’à leur lancement

Dans un contexte de pénurie de compute GPU pour l’IA, Oracle est en position de force pour imposer des hausses de prix et des avances à ses clients, et continuer ainsi à investir dans ses infrastructures. Mais les financiers restent inquiets face aux dettes « cachées » et à un Larry Ellison qui a décidé de « parier la ferme ».

S’il n’y avait qu’un seul chiffre à retenir des résultats d’Oracle de ce trimestre, ce serait celui-ci : 20 %.

« Tous les contrats de GPU arrivés à terme au T1 ont été reconduits ou revendus 20 % plus cher », se félicite Clay Magouyrk, Co-Chief Executive Officer devant les analystes financiers. « La plupart de ces puces ont au moins quatre ans d’ancienneté. C’est la preuve que les infrastructures IA que nous installons […] voient leur valeur financière augmenter ».

À lui seul, ce chiffre prouve, s’il en était encore besoin, que la pénurie de compute frappe de plein fouet les entreprises qui sont prêtes à payer plus pour du vieux. Pas d’obsolescence dans le hardware IA donc.

Les prix vont (encore) monter

Et pas de baisses des prix à espérer. « Dans un monde où la demande excède l’offre, en général, les prix ne baissent pas, ils montent », lance Clay Magouyrk. « Évidemment, nos coûts progressent, mais nous ajustons nos tarifs en conséquence pour préserver nos marges. C’est exactement ce que nous faisons sur toutes nos lignes de métier ».

Le taux d’utilisation de la capacité en GPU du cloud d’Oracle (OCI) va dans le même sens d’une pénurie de l’offre avec 97,9 % sur le trimestre.

Oracle est donc en position de force. Ses résultats s’en ressentent.

CA en hausse (19,35 milliards), qui dépasse les attentes. Résultat opérationnel à 6,7 milliards $ (soit une marge opérationnelle de 35% contre 29% un an plus tôt) qui explose les compteurs. Peut-être plus impressionnant, un RPO (le carnet de commandes) qui atteint des sommets avec un backlog de 664 milliards $. Et bien sûr la performance du cloud, avec les revenus d’OCI qui ont plus que doublé en un an (+121 %) pour s’établir à 7,4 milliards $ et qui imposent Oracle dans le paysage des neoclouds.

Bref, tous les voyants sont au vert pour Big Red.

La course au cash

Tous ? Pas si vite. Car ces résultats ne mettent pas Oracle dans une situation idyllique pour autant. Cette transition vers le neocloud – voulue et imposée à marche forcée par son fondateur Larry Ellison – implique des masses de capitaux pharaoniques.

Sur le trimestre, Oracle a encore investi 28,5 milliards $. Sur la même période, Oracle a mis en ligne 850 mégawatts de capacité informatique supplémentaire (le triple du trimestre précédent) et livré plus de 300 000 GPU.

Sur l’année, ce sont pas moins de 90 à 95 milliards qui seront engloutis. À titre de comparaison, c’est plus que le ministère de l’Éducation, plus gros poste de dépenses ministériel de la France.

Le cash-flow d’Oracle est donc logiquement dans le rouge, - 5,4 milliards $ sur le trimestre, grevé par ces besoins financiers gigantesques. Et ce ne serait qu’un début timide, car le flux de trésorerie négatif devrait grimper à 45 milliards $ sur l’année fiscale, selon plusieurs estimations indépendantes.

Pour trouver de nouvelles ressources financières, Oracle joue de plusieurs leviers. Sa trésorerie, qui fond comme neige au soleil. Les avances qu’il impose à ses clients (environ 20 milliards sur 2027). L’augmentation de capital (20 autres milliards cette année), qui dilue l’actionnariat et qu’il ne pourra pas refaire plusieurs fois. Et la dette.

Oracle, pas loin du « junk bound » avec la dette de la Grèce

Mais la note de la dette d’Oracle, BBB –, si elle n’a pas été dégradée ce trimestre, n’est pas aussi bonne que celles de ses concurrents. Et de loin.

Alors que Microsoft affiche un AAA (note la plus élevée), Google peut se targuer d’un AA+ et AWS d’un AA. La note d’Oracle, en plus affublée d’une « perspective négative » chez Moody’s, est à peine supérieure à celle des « junk bonds ».

Et ce n’est pas tout. Car la dette d’Oracle de 125 milliards $ ne prend pas en compte d’autres « contrats » hors bilan que les agences, elles, regardent de près.

Oracle s’est engagé sur 288 milliards de baux de datacenters, non démarrés (horizon de remboursement, 15 à 19 ans). Et pour les faire tourner, sur des obligations d’achats de 34 milliards $ en énergie et différentes capacités.

La dette totale réelle d’Oracle avoisinerait donc plus les 450 milliards. Soit plus que la dette publique de la Grèce.

Larry Ellison parie sa ferme

Le cours de l’action d’Oracle ne cesse lui aussi de se dégrader. Il a dégringolé de 50 % en un an – il est vrai que la valorisation du groupe était alors à son plus haut historique.

Face à ces nuages de l’endettement, Oracle est-il en danger ? Certains le pensent. Mais la solidité de ses relations commerciales lui assure une forme de pérennité.

Et de toute façon, Oracle ne déviera pas. Ce virage stratégique, le dernier de sa carrière et de sa vie, a été voulu par le « patriarche ». À plus de 80 ans, Larry Ellison a assuré l’avenir de ses enfants – dont son fils, David Ellison, qui a racheté Paramount avec son aide, et peut-être demain, Warner Bros.

Il est prêt à « parier la ferme » pour reprendre l’expression de l’analyste Brian Gilmartin.

« Pour avoir suivi Oracle depuis la fin des années 1990, je peux vous dire qu’il y a une constante. Larry Ellison est prêt à “parier la ferme” pour donner à sa société un produit compétitif sur le long terme à chaque nouvelle transition technologique », avance-t-il.

L’avantage des paris pour c’est qu’ils peuvent faire gagner beaucoup. Le problème, c’est qu’il ne faut pas les perdre. Mais à plus de 80 ans, Larry Ellison a-t-il vraiment peur de perdre ?

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