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Les entreprises les plus exposées à l’IA recrutent deux fois plus

Le Baromètre mondial des emplois liés à l’IA de PwC identifie l’émergence d’un marché du travail à deux vitesses et marqué par une redéfinition de la valeur de l’expertise humaine. L’étude souligne aussi l’inefficacité d’une simple automatisation des tâches existantes.

Selon le rapport « How AI reshapes work and skills in Europe » du McKinsey Global Institute, l’avenir du travail s’articule autour d’une collaboration entre l’humain, les agents IA et les robots physiques. La Direction générale du Trésor s’est, elle aussi, intéressée aux impacts de l’IA sur l’emploi, notant un risque pour l’intégration des juniors et écartant, à ce stade, tout phénomène de destruction ou création de postes. De son côté, dans le baromètre mondial des emplois à l’ère de l’IA, PwC explore « deux futurs » possibles, mais simultanés. Et plutôt que de se focaliser sur les pertes ou non d’emplois, l’étude s’attache à mesurer la manière dont l’IA les « transforme de manière fondamentalement différente. »

Un marché des emplois à deux vitesses : professionnalisation vs démocratisation

Dans la première, trajectoire « l’IA professionnalise le travail, en automatisant les tâches routinières et en valorisant l’expertise, le jugement et la créativité humaines. »

Dans la seconde, l’IA « démocratise le travail, en réduisant les barrières de compétences pour les tâches complexes et en réorientant les rôles vers des activités moins spécialisées. » La professionnalisation survient par exemple lorsque l’IA automatise des tâches comme le tri de CV pour les recruteurs.

La démocratisation, quant à elle, réduit la barrière des compétences en confiant à la technologie les volets les plus complexes d’un rôle, comme la gestion des stocks pour un gestionnaire d’inventaire. Dans cette configuration, l’humain est orienté vers des activités moins spécialisées.

22 % des emplois subissent une professionnalisation, tandis que 52 % entrent dans la catégorie de la démocratisation. Pour les salariés mieux vaut évoluer dans les métiers concernés par la professionnalisation.

Le phénomène de « séniorisation » des travailleurs

Les emplois professionnalisés affichent une croissance salariale supérieure de 42 % à celle des emplois démocratisés depuis 2021. De plus, le volume de postes pour ces rôles à haute expertise croît deux fois plus vite que celui des rôles dont l’expertise a été simplifiée.

PwC estime ainsi que l’IA élève l’importance de l’expertise humaine, du jugement et de la créativité. Mais la mutation en cours ne modifie pas seulement les postes existants. Elle redéfinit également les trajectoires d’entrée sur le marché du travail.

La direction du Trésor mettait la focale sur les juniors. PwC aussi, mais sous un angle différent. Oui, une baisse de 16 % des offres d’emploi junior est observée dans les secteurs exposés à l’IA. Mai spour le cabinet, ce chiffre occulterait cependant « un glissement qualitatif majeur. » Ne faudrait-il pas plutôt parler de hausse des exigences des employeurs ? Les rôles juniors les plus exposés, comme les Data analystes, exigent désormais des compétences historiquement réservées aux profils seniors.

Ces compétences sont notamment « le leadership motivationnel, la gestion des parties prenantes et la prise de décision stratégique. » Et donc, la moitié des nouvelles compétences requises pour les postes juniors fortement exposés à l’IA sont des capacités de niveau senior.

Les PDG veulent des seniors précoces

Parmi les rôles juniors les moins exposés, cette valeur est de seulement 7 %. C’est à ce titre que PwC parle de phénomène de séniorisation. Or, celui-ci « crée une ligne de fracture dans le volume d’embauches. »

Les rôles juniors ayant intégré ces exigences complexes connaissent une croissance de 35 %, contrairement aux postes juniors non transformés qui stagnent. Reste à définir comment un junior peut accéder à des compétences de seniors au début de sa carrière…

Les employeurs ne paraissent pas s’en préoccuper. 49 % des PDG prévoient une baisse des recrutements juniors classiques en raison de l’adoption de l’IA. Les juniors sont mis devant le fait accompli. Mais les juniors ne sont pas les seuls touchés.

« Cette exigence de compétences senior précoces est le corollaire d’une transformation profonde du référentiel de compétences, où l’accélération du cycle de vie du capital humain impose une adaptation rapide dès le premier échelon professionnel », prévient PwC.

La primauté des aptitudes « humano-intensives »

Cette accélération impacte directement la pérennité des RH. Les compétences nécessaires pour les postes exposés à l’IA évoluent 2,2 fois plus vite que pour les autres fonctions.

Afin d’analyser cette mutation, l’étude mobilise le framework EPOCH, développé par des chercheurs du MIT. Celui-ci identifie les capacités « humano-intensives » les plus résistantes à l’automatisation. Car les nouvelles tâches ajoutées aux rôles exposés à l’IA sont 2,5 fois plus susceptibles de reposer sur ces aptitudes humaines que dans les secteurs non exposés.

EPOCH repose sur cinq piliers fondamentaux : l’intelligence émotionnelle et l’empathie, la présence physique et le réseautage, le jugement éthique et l’opinion en contexte ambigu, la créativité et l’imagination, ainsi que la vision stratégique et le leadership.

Ces aptitudes sont considérées comme complémentaires de la technologie. PwC estime que plus l’IA est déployée au sein d’une organisation, plus la réussite dépend de la mobilisation d’une expertise humaine distincte de la capacité de traitement machine. Cette dynamique associant expertise et capacité machine permet aux organisations de capturer la valeur économique là où l’IA atteint ses limites fonctionnelles.

Un effet « superstar » et l’expansion des effectifs

Pour le cabinet, les écarts de productivité entre les entreprises démontrent que l’adoption technologique seule ne garantit pas de rendement.

La croissance moyenne de la productivité est de 33,5 % pour les entreprises exposées. Des acteurs, qualifiés de « superstars », représentent le top 20 % avec une croissance de 163 %. Pour afficher un tel gain, les elles sont passées par une phase de réinvention des processus opérationnels.

A l’inverse, l’entreprise « moyenne » est restée à la simple automatisation de tâches isolées. Au redesign de process, les leaders ajouteraient l’adoption de l’IA agentique. Les entreprises superstars sont deux fois plus susceptibles de déployer des agents que celles obtenant un retour sur investissement plus faible.

Et « contrairement aux théories de contraction du marché, l’IA agit comme un moteur d’expansion des effectifs », réfute PwC dans son baromètre 2026. La croissance des recrutements dans les organisations exposées est le double de celle observée dans les autres structures. Cette dynamique s’accompagne d’une progression salariale marquée, atteignant 68 % chez les entreprises superstars.

Comment expliquer ce paradoxe ? La croissance est alimentée par une demande massive de profils hautement spécialisés, capables de piloter des systèmes agentiques et de transformer leur puissance de calcul en valeur ajoutée stratégique. La maîtrise de l’IA se traduirait donc par un impact financier direct sur le coût du travail. En 2025, les compétences spécifiques en IA, telles que le prompt engineering, généraient une prime salariale moyenne de 62 %.

Primes salariales, mais aussi pénurie de spécialistes

La prime n’est pas uniforme d’un secteur à l’autre. Elle atteint 118 % dans les marchés de consommation, 75 % dans l’énergie et 84 % dans le secteur des Technologies, Médias et Télécommunications (TMT).

L’inflation est amenée à se poursuivre. La rareté des profils capables d’intégrer l’IA dans des workflows complexes maintient ces primes à des niveaux élevés, signale PwC. Et la concurrence est rude entre les employeurs. C’est par exemple le cas des spécialistes de l’IA dotés de compétences avancées en apprentissage automatique (ML).

Pour ces profils, le volume de recrutement a augmenté huit fois plus rapidement que l’ensemble du marché de l’emploi en 2025. Le secteur des TMT domine cette tendance avec 11,4 % des offres d’emploi destinées à ces experts.

Impératifs stratégiques pour l’ère de l’IA

Pour les décideurs, le baromètre préconise d’utiliser le prisme professionnalisation/démocratisation pour orienter les investissements et migrer les compétences vers des rôles professionnalisés.

De manière plus générale, PwC juge que la menace découlant de la mutation de l’emploi ne réside pas dans la technologie elle-même. Le danger pour les travailleurs, ce serait la concurrence de ceux qui l’utilisent pour transformer leurs méthodes de travail.

Presque comme un slogan ou un refrain, est répétée la phrase suivante lors des grands salons de la Tech : les salariés ne seront pas remplacés par des IA, mais pas d’autres collaborateurs maîtrisant l’intelligence artificielle. Du FOMO à l’échelle individuelle ?

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