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Agents, robots et humain : comment l’IA va changer toute l’organisation du travail ?
Selon McKinsey Global Institute, l’avenir du travail s’articule autour d’une collaboration tripartite entre le capital humain, les agents IA et les robots physiques. Le leadership va devoir s’adapter.
La question du remplacement de l’humain par les robots et l’IA se pose depuis des années, sinon depuis les débuts de la révolution industrielle. Et elle continue de se poser après chaque rupture technologique. Le cycle le plus récent est celui enclenché par les LLM, puis par les agents IA et à présent par l’IA physique.
Mais plus d’automatisation est-elle souhaitable ? Sur un plan strictement financier, la réponse est oui en Europe, selon le McKinsey Global Institute (son étude « How AI reshapes work and skills in Europe »), qui en explore les effets pour ses États membres, dont la France.
Qui veut gagner 1 900 milliards de dollars ?
L’automatisation au travers de l’IA et de la robotique pourrait ainsi générer jusqu’à 1900 milliards de dollars de valeur d’ici 2030. Ce montant correspond même à un « scénario intermédiaire ».
« Dans un scénario plus progressif, cette valeur avoisine les 1100 milliards de dollars – un écart considérable, qui montre à quel point les résultats dépendent de la rapidité d’adoption », commente le cabinet.
Côté emplois, pour McKinsey, plus d’automatisation en Europe « n’augure pas une disparition des métiers ».
Les auteurs anticipent à la place « une mutation profonde de la répartition des tâches et des compétences requises pour maintenir la compétitivité régionale. » L’automatisation est aussi présentée comme une réponse au vieillissement démographique et aux pénuries chroniques de main-d’œuvre.
Un potentiel technique et non une prévision d’adoption
Dès lors, « l’intégration technologique » constituerait « un impératif pour soutenir la croissance de la productivité » dans un contexte de contraction de l’offre de travail.
L’idée est d’autant plus crédible que 58 % des heures travaillées en Europe seraient, toujours d’après McKInsey, automatisables grâce aux agents logiciels (44 %) et aux robots (14 %). En France, le potentiel d’automatisation s’élèverait à 57 %. McKinsey Global Institute insiste : ces taux reflètent une « faisabilité technique et non une prévision de l’adoption réelle ou des pertes d’emplois. »
Typologie des rôles : la fragmentation en sept archétypes professionnels
McKinsey segmente la force de travail en sept archétypes professionnels. En France, par exemple, le paysage est dominé par les rôles « People-centric ». Ils représentent 32 % des actifs avec une rémunération annuelle moyenne de 36 000 dollars.
Ils sont suivis par les métiers « Agent-centric », qui concernent 31 % de la population active pour un salaire s’établissant à 39 000 dollars. Les modèles hybrides ou spécialisés complètent cette structure, notamment les profils « People-agent » (20 %) et les métiers « Robot-centric » (8 %).
Cette typologie souligne une corrélation entre le type d’automatisation et la structure des salaires. Les fonctions centrées sur les agents logiciels bénéficient des niveaux de rémunération les plus élevés. Au contraire, les rôles centrés sur les robots ou hybrides robots (Agent-robot) figurent parmi les moins rémunérés.
À chaque archétype correspondent des compétences. Et ce socle de compétences humaines est directement dicté par la nature de la collaboration entre l’homme et la machine.
86 % des compétences humaines préservées en France
En France, McKinsey estime que 86 % des compétences humaines devraient perdurer malgré l’automatisation, car automatisable ne rime pas nécessairement avec obsolescence.
En parallèle, de nouvelles compétences émergent, comme l’AI fluency ou la maîtrise de l’IA qui progressent rapidement. En France, la demande a été multipliée par 4 depuis 2023, par 5 à l’échelle européenne.
La demande émane principalement des secteurs de l’informatique, des mathématiques et du management, qui concentrent 75 % des besoins. L’étude précise que la mutation des compétences est intrinsèquement liée à l’impératif de productivité et de création de valeur sectorielle.
238 milliards de dollars pour la France
Pour la France, le scénario médian de McKinsey prévoit une création de valeur de 238 milliards. L’industrie manufacturière, avec 31 milliards de dollars, et le commerce de gros et de détail, avec 30 milliards, constituent les principaux moteurs sectoriels. Ils représentent ensemble un quart du potentiel français.
L’analyse des domaines d’activité montre que les opérations centrales (« Core operations »), définies comme les fonctions directement impliquées dans la livraison de produits ou de services, captent la majorité de cette valeur (139 milliards).
Le poids des fonctions opérationnelles est particulièrement marqué dans les secteurs IT et du support administratif.
Pas de suppressions massives, mais des transformations profondes
D’après McKinsey, la concrétisation dépendra de la vitesse d’adoption des technologies et de la capacité des organisations à accompagner les travailleurs dans cette transition.
Les dirigeants européens et français sont donc appelés à des investissements ciblés dans la formation continue.
Il leur faut également repenser leurs workflows, mais plus seulement autour des humains qu’ils emploient. Un « redesign » des flux de travail doit surtout penser l’orchestration de la collaboration entre les humains, les agents et les robots physiques. C’est de cette répartition des rôles que dépendrait la transformation du potentiel technique en gains de productivité réels.
La réussite de l’intégration technologique découlera dès lors des capacités du leadership « à adapter les organisations au rythme de l’innovation et à l’évolution des compétences » qui deviendront à « 75 % des hybrides, utilisés aux côtés de l’IA. »
