Les chiffres secrets d’Anthropic sonnent comme un avertissement pour les DSI
Les éléments financiers de pré-IPO d’Anthropic envoient un avertissement. Les prix vont monter. Et la stratégie commerciale de l’éditeur va changer de braquet. Raison de plus pour être le plus agnostique possible pour les entreprises.
Les chiffres du document financier qui précède la prochaine introduction en bourse (IPO) d’Anthropic – document qui a fuité chez nos confrères de Reuters – sont à la fois frappants et riches d’enseignements, ou en tout cas de confirmations, pour les DSI et les entreprises qui consomment de l’IA.
En reprenant les éléments dévoilés ce mardi 29 septembre, le compte de résultat du créateur de Claude ressemble peu ou prou à cela :
Compte de résultat d’Anthropic reconstitué à partir des informations de Reuters
Premiers chiffres qui retiennent l’attention, les revenus d’Anthropic ont été multipliés par 12 en une année, dépassant les 4,5 milliards $, mais dans le même temps, son résultat opérationnel s’est creusé pour dépasser les 8 milliards.
Ce sont à la fois les frais d’infrastructure qui se sont alourdis (en valeur pure) et les autres frais opérationnels, dont les salaires (la « chasse » aux talents) et la R&D.
Des prix subventionnés.
Ces 8 milliards sont un indicateur de l’amplitude avec laquelle Anthropic subventionne aujourd’hui ses prix
En 2025, pour 1 $ facturé, l’éditeur perd 1,75 $ (dont 1,6 $ rien qu’en infrastructure/compute). Certes, c’était pire en 2024, où chaque dollar payé par un client provoquait une perte de presque 8 dollars (dont 6,6 en infra). Mais le prix « réel » devrait être largement supérieur.
Cette situation ne peut évidemment pas durer. Anthropic ne peut pas lever indéfiniment des fonds de Private Equity pour subventionner ses prix.
Mais l’éditeur ne pourra pas non plus se permettre une hausse brutale de ses tarifs.
Car c’est un autre élément souligné dans son rapport. « Anthropic a averti que bon nombre de ses plus gros clients n’étaient pas liés par des contrats à long terme et pourraient réduire ou suspendre leurs dépenses », rapporte Reuters.
Il pourrait donc se retrouver avec une perte de revenus s’ils décidaient d’augmenter trop massivement ses prix. Cela ressemble à la quadrature du cercle.
Il y a donc fort à parier qu’il jouera sur plusieurs leviers : fin ou réduction des remises sur les volumes, tarification « premium » pour les modèles « premium », diminution des abonnements, augmentation progressive du prix des APIs, etc.
Il y a fort à parier également que la stratégie commerciale à long terme d’Anthropic visera à « fidéliser », si l’on parle en termes positifs, ou à rendre ses clients « captifs et prisonniers » de ses offres par différents moyens, si l’on est un peu moins positif.
Cette stratégie peut passer par l’enfermement technologique, par des contrats pluriannuels ou au travers des FDE, ces nouveaux consultants d’intelligence artificielle qui sont liés à un éditeur.
L’entrée en bourse marquera en tout cas « la fin de la récréation », si l’on peut dire, avec des prix plus proches de la structure de coûts d’Anthropic.
Derrière les 40 Md $ de pertes, surtout 520 Md $ de quasi-dettes
La perte nette d’Anthropic atteint la somme hallucinante de – 40 Md $. Ce chiffre fait les gros titres de la presse généraliste, mais il est en fait beaucoup moins pertinent pour les décideurs IT que les 8 milliards de pertes opérationnelles.
Ce sont en effet des écritures comptables qui plombent ces comptes – des provisions pour rémunérer les premiers investisseurs avec de futures actions de la future IPO. Comme la valorisation anticipée monte jusqu’à 2 000 milliards $, un record, cette provision a également atteint des sommets.
Plus intéressant, la trésorerie d’Anthropic s’élève à 20 milliards $, une somme énorme qui lui permet de voir venir… Sauf que dans le même temps, ses engagements hors-bilan atteignent la somme « délirante », diront certains, « pharaonique », dirons-nous de manière plus modérée, de 520 milliards $.
En clair, tout comme Oracle, Anthropic s’est engagé, de manière inconditionnelle, à acheter pour des centaines de milliards de dollars d’infrastructure à ses fournisseurs. En premier lieu, Google et Amazon Web Services.
Les agences de notation considèrent ce type d’engagement comme des « quasi-dettes ». Et les 20 milliards de trésorerie disponible (cash et actifs financiers courants) semblent d’un coup beaucoup plus modestes.
Une IPO qui plaide pour une stratégie agnostique
Cela implique plusieurs choses pour les DSI. D’abord, la vérité est qu’Antrhopic est pieds et poings liés avec ses créanciers et ses fournisseurs. Il dépend grandement, de ces hyperscalers. Aujourd’hui, Claude et Gemini cohabitent très bien, mais qu’en sera-t-il demain ? Et que déciderait Google dans ce cas de figure ?
Toujours selon le document Reuters, Antrhopic admet une autre dépendance. Deux clients réalisent à eux seuls 25 % de la totalité de son chiffre d’affaires.
Il existe donc, a minima, un risque de contrepartie à bien évaluer.
Tous ces « avertissements » mis bout à bout – coût en hausse, stratégie d’enfermement, risque de dépendance, risque de contrepartie – plaident en tout cas pour une approche agnostique de la part des entreprises. Et cette fois-ci ce ne sont pas des consultants ou des clients comme AG2R, la BPCE ou BNP-Paribas qui le disent. Ce sont les chiffres.
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