Migration VMware vers OpenShift Virtualization : le retour des clients
Les entreprises abandonnent VMware à cause de ses nouveaux tarifs prohibitifs. OpenShift Virtualization est une alternative un peu moins chère, conforme aux réglementations, mais qui reste plus complexe, surtout quand on s’aventure à transformer les VM en containers.
Lors du Red Hat Summit qui s'est tenu mi-mai à Atlanta, plusieurs entreprises sont venues témoigner sur scène de leur migration vers la plateforme OpenShift Virtualization de Red Hat, suite à la flambée des prix de leur précédente solution de virtualisation : VMware.
OpenShift Virtualization a ceci de particulier que les machines virtuelles ne sont pas exécutées par un hyperviseur, mais par le logiciel Open source KubeVirt qui apporte des capacités de virtualisation à l’orchestrateur Kubernetes, lequel se charge simultanément de faire fonctionner des applications au format container. KubeVirt a démarré en 2017 et a été intégré à OpenShift en 2018, mais Red Hat n’a commencé à renforcer ses fonctionnalités qu’à partir de 2021.
Fin 2024 et début 2025, le fournisseur a élargi la feuille de route du produit de manière encore plus ambitieuse. Cette dernière vague de développement fait suite au mécontentement généralisé des clients de VMware après que Broadcom, repreneur de la marque, eut apporté de profondes modifications aux licences et aux tarifs de ses logiciels.
« Nous avions un renouvellement prévu en janvier 2025. Le coût était évidemment une préoccupation. Je suis sûr que tout le monde en est conscient », se souvient Steven Organiscak, ingénieur plateforme au centre médical américain Cleveland Clinic. « C’est alors que nous avons commencé à nous demander ce que nous pouvions faire d'autre, vers quoi d'autre nous pouvions nous tourner. »
Moins de matériel à acheter
Cleveland Clinic est un client de longue date d’IBM, la maison mère de Red Hat. Pour autant, le centre médical a examiné plusieurs fournisseurs avant de choisir OpenShift Virtualization.
« Nous sommes passés à Nutanix, un autre concurrent de VMware, pour remplacer nos serveurs de télécommunications qui fonctionnaient précédemment sur une infrastructure hyperconvergée de Cisco, basée sur VMware. Mais pour le reste de notre parc de VM, les exigences minimales de Nutanix impliquaient, au moment de notre choix, d’acheter un plus grand nombre de serveurs qu’avec OpenShift Virtualization », raconte Ian Willis, le DSI de Cleveland Clinic.
Précisons que ces serveurs supplémentaires étaient auparavant nécessaires pour héberger la partie stockage de données. Entretemps, sentant que cette condition était un frein, Nutanix a revu son modèle et permet aujourd’hui aux entreprises de continuer à utiliser les baies de disques qu’elles possèdent déjà.
Cleveland Clinic a fait d’autant plus attention à ses dépenses qu’il a entrepris de renouveler son contrat avec Broadcom pour trois années supplémentaires, afin de se laisser le temps de migrer ses plus de 10 000 machines virtuelles. À date, 450 VM ont été migrées vers OpenShift Virtualization. « Il nous reste 19 mois avant le prochain renouvellement. Nous allons tout mettre en œuvre pour migrer dans ce laps de temps chaque machine virtuelle, chaque application. Mais le plus difficile a été fait : nous avons prouvé que nous pouvions migrer », lance Ian Willis.
Toutefois, Ian Willis a tout de même pris certaines précautions pour le cas où son équipe ne parviendrait pas à tenir les délais. Il a acheté à Dell des systèmes VxRail, soit des clusters de serveurs désormais obsolètes, mais qui sont encore vendus avec des licences perpétuelles de VMware.
Car c’est l’une des nouvelles dispositions contractuelles qu’impose Broadcom : pour utiliser les logiciels de VMware, les clients doivent désormais souscrire un abonnement mensuel. Plus longtemps ils utilisent les logiciels, plus longtemps ils paient. Auparavant, ils pouvaient acheter une bonne fois pour toutes des licences au détail et les utiliser ad vitam aeternam, jusqu’à ce qu’ils considèrent que l’achat d’une version plus récente s’impose.
Une plateforme de virtualisation qui se conforme aux réglementations
L’ESN FedHive, qui est en contrat avec le secteur de la Défense aux USA, a également invoqué la forte augmentation des coûts pour justifier son choix d’abandonner VMware : « au moment du renouvellement de notre contrat, nous devions payer à Broadcom un prix neuf fois supérieur à celui de la licence précédente », se souvient son PDG Michael Cardaci.
Lui a préféré OpenShift Virtualization à ses concurrents en raison des certifications de conformité dont la solution de Red Hat pouvait se prévaloir. « Nous sommes une entreprise qui garantit la conformité des systèmes d’information. Nous sélectionnons donc des éditeurs de logiciels pour les intégrer à notre autorisation d'exploitation délivrée par le ministère de la Défense, de sorte qu’ils puissent vendre eux-mêmes des licences au gouvernement », contextualise Michael Cardaci.
Red Hat OpenShift et OpenShift Virtualization étaient conformes aux exigences FedRAMP et ATO du gouvernement américain et, ce, sur un large éventail d’environnements : sur site, en cloud privé externalisé, et même en cloud public.
« L’enrichissement des partenariats entre Red Hat et des fournisseurs tiers pour mieux prendre en charge la compatibilité d’OpenShift Virtualization avec le reste d’un datacenter a également pesé dans la balance », ajoute Derrick Sutherland, architecte Solutions chez Arctiq, l’intégrateur qui s’est occupé de la migration des machines virtuelles de FedHIVE.
Parmi ces solutions tierces, il cite les systèmes de stockage Portworx et HashiCorp Vault. Selon lui, il s’agit des systèmes les plus adaptés pour succéder à vSAN, le système de stockage de VMware. Permettant d’utiliser n’importe quelle baie de disques, l’un assure la réplication des volumes entre les nœuds d’un cluster, l’autre garantit un chiffrement au plus bas niveau.
Virtualisation ? Oui. Containerisation ? Toujours pas
Red Hat milite moins pour la migration de VMware vers Openshift Virtualization que pour l’abandon du format VM au profit du format container, lequel est au cœur du fonctionnement d’OpenShift. Problème, d’autres entreprises témoignent que cette approche complique davantage la migration.
C’est le cas de l'Emirates National Bank of Dubai (NBD). En un an, cette banque a réussi à migrer plus de 9 000 machines virtuelles VMware vers OpenShift, à un rythme pouvant atteindre 200 VM par nuit. Mais cela ne s’est pas fait sans mal.
« Je conseille aux autres entreprises envisageant de changer de plateforme de bien réfléchir à l’architecture de destination avant de franchir le pas », lance, sur scène, Ali Rey, responsable des plateformes technologiques du groupe bancaire.
« Clients de Red Hat Enterprise Linux (RHEL) depuis 2016, nous avions déjà appris à utiliser OpenShift. Cependant, lorsque vous passez aux containers, il s’agit d’un changement profond de conception. Vous devez vous demander ‘comment je gère mon stockage ? Comment je gère mon réseau ?’ Et puis, si vous mixez des containers avec des machines virtuelles, comment faire en sorte qu’ils communiquent entre eux ? C’est une tout autre affaire. La réflexion à mener est tout à fait différente d’un cluster qui n’exécute que des machines virtuelles », raconte-t-il.
Même son de cloche du côté de Morgan Stanley, qui avait envisagé de passer du format VM sous VMware au format container sous OpenShift dès 2021, bien avant que Broadcom rachète VMware. « Hé bien cette migration est toujours en cours », se désole Oscar Sumano, responsable de l’ingénierie Kubernetes pour la société de services financiers.
« Nous essayons de mieux maîtriser les architectures sur Kubernetes, mais elles sont excessivement complexes », raconte-t-il. « C’est très difficile de reproduire ce que VMware a accompli dans ses produits. Nous essayons de progresser en matière d’automatisation, de formation des utilisateurs de monitoring. Mais voilà : nous sommes toujours en phase d’apprentissage », ajoute-t-il.
Le problème est que cette difficulté à migrer vers des containers sous OpenShift tout court impacte in fine l’image de marque d’OpenShift Virtualization qui, pourtant, permet de conserver ses machines virtuelles. La réalité est qu’OpenShift, en version Virtualization ou non, doit encore progresser pour atteindre le niveau de fonctionnalité et de facilité de VMware.
Au cours de l’année écoulée, Red Hat s’est ainsi efforcé d’apporter de nouvelles fonctionnalités qui simplifient OpenShift Virtualization. L’une d’elles est le déplacement à chaud des machines virtuelles entre les serveurs, avec la prise en compte de ces déplacements depuis les baies de stockage plutôt qu’en l’annonçant depuis les serveurs. Ce sont des fonctionnalités qui existaient déjà sous VMware et Kubernetes et qui sont essentielles pour faciliter l’élasticité d’un cluster.
Citons également, une administration plus simple des machines virtuelles, notamment via un assistant pour la création des réseaux virtuels entre les VM. Ou encore le suivi de la modification des blocs sur le stockage (alias CBT, pour Changed Block Tracking), ce qui autorise des sauvegardes plus rapides.
Red Hat lance des ateliers gratuits pour la migration
Red Hat a aussi profité de sa conférence pour lancer des ateliers gratuits et en libre-service qui permettent aux entreprises d'évaluer leur migration vers OpenShift, sans même nécessiter d’être déjà client d’un produit Red Hat.
« Cette stratégie vise vraisemblablement à atténuer un autre défaut d’OpenShift Virtualization : la solution est perçue comme coûteuse, pas autant que VMware, mais pratiquement autant que Nutanix », observe Rob Strechay, consultant pour les cabinets TheCube Research et Smuget Consulting.
Et Ian Willis de confirmer : les licences d’OpenShift Virtualization lui reviennent 50% moins cher que celles de VMware... En considérant les tarifs actuels de VMware, pas ceux qui précédaient le rachat par Broadcom.
« Or, les efforts de migration nécessitent généralement le recours à des services professionnels, auprès de Red Hat ou d'un partenaire, et cela contribue davantage à cette perception. Donc éliminer du devis le coût de l’évaluation est une bonne chose, même s’il ne s’agit en aucun cas d’éliminer le coût de la migration elle-même », estime-t-il.
En ce qui le concerne, Michael Cardaci considère qu’avoir fait appel à l’intégrateur Arctiq avait largement valu l'investissement. « Arctiq a migré 100 machines virtuelles en environ six semaines et a formé nos employés à OpenShift Virtualization afin qu'ils puissent prendre en charge eux-mêmes son administration. À la fin, cela a raccourci le délai de mise en œuvre, ce qui nous a permis d’obtenir un retour sur investissement plus rapidement », témoigne-t-il.
