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La « souveraineté » par les géants de la tech crée encore plus de dépendance (Stanford)
Une étude de Stanford HAI avertit sur les risques accrus de « vendor lock-in » qui seraient sous-jacents aux offres souveraines des grands fournisseurs IT. Comme l’exemple de Bercy qui a construit une IA souveraine avec Nvidia.
« Les outils que les grandes entreprises de la tech vendent sous la bannière de la “souveraineté” peuvent réellement améliorer le contrôle sur certains aspects du développement et du déploiement de l’IA. Mais ils leur garantissent aussi que les pays qui les achètent resteront structurellement dépendants d’eux à long terme ».
Cet avertissement est la conclusion cinglante d’une étude que le Stanford Institute for Human-Centered Artificial Intelligence a mené sur les solutions IA des principaux fournisseurs mondiaux (Microsoft, Google, AWS, Nvidia et OpenAI).
Elle constate par exemple que les offres souveraines de Nvidia rendent les clients captifs en rendant encore plus coûteux le passage à des alternatives comme Intel ou AMD. L’IA souveraine d’OpenAI donne certes un accès plus local à ses derniers modèles, mais elle ne donne pas de contrôle sur les systèmes sous-jacents. Enfin, les offres de clouds souverains de Google, de Microsoft ou d’AWS sont plus coûteuses et complexes à exploiter, selon Stanford HAI. Et elles ne répondent par ailleurs à aucune exigence stricte de souveraineté.
Un contexte pro-souveraineté
Les risques réglementaires et le contexte poussent les entreprises à mieux analyser les options d’infrastructure IA qui se présentent à elles, dont les offres souveraines.
Trois quarts des dirigeants d’entreprise craignent en effet que les risques géopolitiques n’affectent le stockage de leurs données dans le cloud, selon le rapport Cloud Readiness 2025 de Kyndryl. Dans le même temps, 65 % de ces dirigeants modifient leurs stratégies cloud, contraints par de nouvelles exigences qui leur sont imposées, comme le cloud de confiance en France.
Pour réduire la dépendance aux technologiques Américaines, l’Union européenne a également lancé des initiatives comme en juin son « Technological Sovereignty Package ». Face à cette volonté de l’Union d’investir dans des alternatives locales, Microsoft, AWS et Google renforcent leurs propres offres souveraines pour ne pas laisser ce marché leur échapper.
Les dépenses en cloud souverain devraient augmenter de 35,6 % cette année dans le monde, selon un rapport de Gartner.
Reste donc, que selon le Stanford HAI, ces clouds reconfigurent plutôt qu’ils éliminent les dépendances. Et ils pourraient même entraîner un « vendor locked-in » encore plus profond.
Bercy et l’usine IA de Nvidia
Ce dilemme est mis en évidence par la gamme AI Factory de Nvidia, selon Stanford HAI.
Nvidia décrit ses produits comme des clouds IA détenus et exploités localement pour l’entraînement et l’inférence. Ils s’appuient sur des partenariats public-privé pour l’infrastructure et pour répondre aux besoins d’innovation des pays et des entreprises.
Se faisant, le fondeur de GPU a commencé à se transformer en un fournisseur « tout-en-un », un « one stop shop », pour faire de l’IA souveraine, note Stanford HAI. Cette activité représente déjà 14 % du CA total de Nvidia, soit environ 30 milliards $.
Nvidia ajoute que son initiative AI Nations a aidé plusieurs pays à développer leurs écosystèmes d’IA.
Le ministère français de l’Économie et des Finances, par exemple, utilise des agents IA construits sur la plateforme Nvidia IA – via une infrastructure contrôlée en France – pour automatiser des processus complexes et traiter des millions de documents.
Une initiative souveraine donc, mais avec un risque réel de dépendance sur le long terme pour Bercy.
Article initialement publié dans la newsletter CIO Dive
