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Data centers, entraînement, inférence, agents IA : les plans de Nebius pour devenir l’AWS de l’IA
Alors que ses clients faisaient principalement appel à ses services pour l’entraînement de leurs modèles, le neocloud néerlandais investit pour massifier son infrastructure, simplifier l’inférence des LLM et le déploiement des agents IA.
Lors de la GTC de Nvidia à Berlin, pour rencontrer les porte-parole de Nebius, point de rendez-vous sur le stand du neocloud. Il fallait se rendre à son QG éphémère. La « Nebius House » occupait tous les étages du grand espace de coworking Mindspace situé non loin du « Checkpoint Charlie » qui marquait autrefois la délimitation entre Berlin-Ouest et Est.
La débauche de moyens se comprend aisément. Le fournisseur néerlandais coté au NASDAQ est proche de Nvidia. En mars dernier, le géant fabless a promis d’investir 2 milliards de dollars dans Nebius, tandis qu’il déploiera l’équivalent de plus de 5 gigawatts de systèmes Nvidia d’ici à 2030.
« Nous aurons déployé près de 5 GW d’ici à 2026 et nous avons l’objectif d’ajouter près d’un gigawatt par an à partir de 2027 », déclare Alexis Dahan, directeur des ventes en France et en Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie).
Une précision s’impose. En août 2026, Nebius avait contractualisé un total de 5 GW de puissance électrique. En sus de sept sites existants, le neocloud a déployé ses infrastructures dans 16 data centers en 2026, dont neuf en Europe (trois autres y étaient déjà installés). Les autres sont installés aux États-Unis (sept) et en Israël (trois).
« Nous disposons d’une forte présence européenne. Nous avons un centre de données en région parisienne, à Madrid, etc. Un autre ouvrira prochainement à Béthune, à côté de Lille », indique Alexis Dahan. « Nos infrastructures sont faites sur mesure : nous concevons nous-mêmes nos racks, nos systèmes de refroidissement. Nous avons une véritable maîtrise de bout en bout ».
Dans les faits, Nebius s’appuie sur ses propres data centers et la colocation. Il proposera également des partenariats aux opérateurs de data centers prêts à déployer sa plateforme.
Tous sont exclusivement équipés de GPU Nvidia. Non pas que Nebius ne s’autorisera pas un jour à déployer d’autres puces. Celles de Nvidia sont simplement les plus réclamées par ses clients. Aussi, ses ingénieurs maîtrisent la pile technologique déclinée par le concepteur américain.
« Nous proposons toute la gamme, des RTX Pro 6000 jusqu’aux puces Vera Rubin bientôt disponibles, en passant par les B300, les B200, les H100, les H200 », assure le dirigeant français. Le fournisseur déploiera également les puces Nvdia Groq 3 LPX. « Mais nos clients ne viennent pas seulement chez nous pour l’accès aux puces Nvidia, ils viennent pour notre plateforme », insiste-t-il.
Comme beaucoup de neocloud, en sus des instances bare-metal, Nebius a commencé par proposer des instances Kubernetes managées, l’orchestrateur Slurm et « l’ensemble des briques technologiques open source qui permettent aujourd’hui d’entraîner un modèle ».
Du data center jusqu’à l’IA agentique
Il s’appuie désormais sur ces fondations pour fournir un service d’entraînement serverless et un autre d’inférence managée, la « Token Factory ». Elle permet d’accéder à 130 checkpoints réparties dans 17 familles de modèles open weight différentes, dont celles de Moonshot AI, Qwen – Alibaba, Reflection, Nvidia, DeepSeek, Mistral, OpenAI (GPT-OSS), Google, Meta, zAI, ou encore NousResearch.
Le 1er octobre dernier, le neocloud a acquis la startup israélienne Inferize, pour renforcer cette Token Factory. La quinzaine de personnes qui a rejoint Nebius s’est spécialisée dans la réduction du temps de repos des GPU. La technologie d’Inferize doit accélérer les démarrages à froid des instances et maximiser l’usage des puces lors de l’entraînement. Plus tôt en mai, il avait racheté Eigen AI pour 643 millions de dollars et intégré l’équipe d’ingénierie Clarifai pour optimiser l’inférence et les modèles eux-mêmes.
« Nous voulons aider nos clients à configurer ou post-entraîner des modèles open weight sur leurs données et à privatiser un point de terminaison pour leur permettre de consommer des tokens », résume Alexis Dahan. « Par ce moyen, vous pouvez obtenir de meilleurs résultats d’un modèle open weight de taille moyenne qu’avec un modèle frontière “vanille”. Et nous constatons que toute l’industrie prend cette direction ». Des résultats équivalents ou meilleurs et moins chers, précise-t-il. Là, Nvidia et Mistral AI sont tout à fait d’accord.
Oui, Nebius cherche à étendre son infrastructure et à proposer un haut niveau de performance. Mais il ne s’arrêtera pas là. Nebius continue de monter en abstraction. En février dernier, il a annoncé l’acquisition de Tavily pour 275 millions de dollars. La startup développe un agent IA de recherche profonde et Web.
« Nous allons améliorer nos capacités agentiques en 2027 », anticipe Alexis Dahan. Des ajouts qui passeront sans doute par des acquisitions, indique-t-il, sans en dévoiler davantage. Les équipes du neocloud ont développé Echo, un agent pour opérer et gérer des charges de travail IA.
Nebius marche dans les pas d’AWS
« L’objectif est de devenir l’acteur principal du cloud de l’IA au même titre qu’AWS a été le premier fournisseur de cloud généraliste il y a vingt ans », traduit-il.
Il n’est pas le seul à vouloir s’emparer de cette couronne. CoreWeave, Lambda, Nscale, Crusoe, IREN ou encore Firmus sont quelques-uns des neoclouds à disposer d’infrastructures en propre. Sans compter les GPU brokers et les plateformes de plateforme, comme Baseten ou Firework.
« La demande demeure plus forte que l’offre. Ce marché est relativement nouveau, je pense donc qu’il y a de la place pour plusieurs acteurs », affirme Alexis Dahan. « Nous essayons de nous différencier par la performance, la quantité de ressources disponibles et la simplicité d’usage », note-t-il.
Pour l’heure, les clients de Nebius sont avant tout des fournisseurs de modèles –, Cohere, Black Forest Labs, Reflection, AMI Labs ou Basecamp Research – et des acteurs du numérique comme Revolut, Photoroom, Brave, Sword Health, Bending Spoons, ou Shopify. Sans oublier Microsoft et Meta.
« Depuis le début de l’année, nous voyons un changement s’opérer : nos clients majeurs, les laboratoires d’IA, passe de l’entraînement à l’inférence », remarque Alexis Dahan. « Nous avons jusqu’alors attiré des “digital natives”, dont des éditeurs américains, mais nous observons également que les grandes entreprises de l’industrie manufacturière s’intéressent à nos services pour déployer des cas d’usage très concrets dans leurs usines ».
Ces acteurs n’accaparent pas l’ensemble des ressources disponibles. Du moins, pas tout le temps. Nebius a profité de la GTC pour présenter son modèle de tarification dynamique, à l’heure, pour des instances Spot, c’est-à-dire des VM éphémères, disponibles pour de courtes périodes. Le fournisseur permet également de consulter l’historique de la tarification par type d’instance et par région. La tarification évolue toutes les 15 minutes.
Reste que pour renforcer son infrastructure, son architecture et terminer la construction de data centers aux États-Unis, Nebius doit s’endetter. L’entreprise vient d’obtenir un prêt financé par la dette de 3,5 milliards de dollars auprès de Citi. Le neocloud rassure ses créanciers en mentionnant un total de 40 milliards de dollars de contrats à long terme. Or, selon Reuters, ceux-là proviennent avant tout de deux clients : Microsoft et Meta.
En juin 2026, Nebius affichait une dette totale comptable d’environ 8,55 milliards de dollars, plus du double par rapport à l’année précédente (4,12 milliards de dollars). Son concurrent CoreWeave présentait au même moment 35,6 milliards de dollars de dette et un « backlog » de 104 milliards de dollars.
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