SUSE entre enfin dans la course au remplacement de VMware
L’éditeur continue d’affirmer qu’il ne sera jamais une alternative à VMware. Mais la dernière version de SUSE Virtualization a suffisamment de fonctions similaires pour que les entreprises puissent encore utiliser leurs VM en attendant de passer à Kubernetes.
Contre toute attente, l’éditeur SUSE rentre finalement dans la compétition pour récupérer les clients motivés par l’abandon de VMware. Mais pas n’importe lesquels : uniquement ceux qui ont le projet de maintenir le moins longtemps possible des applications au format machine virtuelle (VM) au profit d’une migration vers le format container.
Lors de la conférence KubeCON qui se tenait la semaine dernière à Amsterdam, le fournisseur du Linux SLES, souvent utilisé pour exécuter SAP, et de la plateforme Rancher, qui sert à administrer des clusters Kubernetes, est ainsi venu présenter une toute nouvelle version de SUSE Virtualization, alias Harvester, enfin capable de gérer la virtualisation des GPU, la migration à chaud d’un volume de stockage entre deux serveurs, la répartition de charge dynamique ou encore la microsegmentation, soit le fait de mettre un firewall devant chaque machine virtuelle.
Cette dernière fonctionnalité a longtemps été exclusive à VMware, au grand dam de ses concurrents qui ont sué sang et eau ces deux dernières années pour l’implémenter. Mais elle n’est véritablement utile que dans les clusters supportant des utilisateurs et des trafics très hétérogènes. Exactement ce pour quoi les containers sont faits. Selon SUSE et Red Hat, les entreprises qui l’utilisent pour des raisons valables auraient donc tout intérêt à changer d’architecture plutôt que changer de fournisseur pour rester dans la virtualisation.
Évidemment, passer du format VM au format container nécessite des mois d’adaptations dans le code des applications. Et, dans l’intervalle, il faut bien une plateforme pour continuer à exécuter les VM.
« Pour que ce soit clair : nous avons précédemment affirmé que nous n’avions pas vocation à nous présenter comme une alternative à VMware et cela n’a absolument pas changé. En revanche, nous affirmons désormais que Linux Virtualization est la meilleure évolution technique possible après l’échéance d’un contrat VMware », lance Peter Smails, le patron de la division Cloud Native chez SUSE (en photo en haut de cet article).
Et d’argumenter : « d’abord parce que nous avons une plateforme de virtualisation véritablement Open source. Ensuite parce que notre offre est pensée pour unifier l’administration des machines virtuelles historiques et celle des containers, ce que le public que nous visons recherche ! »
En filigrane, il suggère, d’une part, que Red Hat OpenShift serait bien trop figé pour se prétendre encore une solution Open source. Et d’autre part, que Nutanix, Hyper-V ou autres Proxmox feraient fausse route en promettant aux entreprises qu’elles garderont leurs machines virtuelles.
Succéder à VMware sans en être une alternative
Pour mémoire, lorsque, début 2024, Broadcom a racheté VMware, le No 1 de la virtualisation, et a sévèrement augmenté ses tarifs, nombre d’éditeurs ont souhaité profiter du mécontentement de ses clients pour leur proposer une alternative moins chère. Mais pas SUSE, alors qu’il avait lui aussi au catalogue l’hyperviseur KVM (l’orchestrateur de VM intégré à Linux). Convaincu que l’abandon de VMware par sa maison-mère Dell avait signé l’arrêt de mort du format VM dès 2021, SUSE avait depuis lors préféré mettre toutes ses ressources dans le développement de Rancher.
« Les gens venaient nous voir en nous disant qu’il leur fallait d’urgence un remplaçant à VMware. Cela n’a jamais été notre plan. Notre plan est de proposer une solution aux entreprises qui ont une stratégie de transformation de leurs applications », raconte Peter Smails. Selon lui, il manquait à SUSE Virtualization au moins sept fonctions pour être interchangeable avec VMware. Celles qui viennent d’être ajoutées en faisaient partie. D’autres devraient être dévoilées d’ici à fin avril, notamment concernant la migration, quand SUSE tiendra sa conférence annuelle à Prague.
« Donc, nous ajoutons les fonctions qui manquaient à SUSE Virtualization pour accompagner les entreprises durant les deux, trois ou cinq ans que durera la transformation de leurs applications après la fin de leur contrat avec VMware », ajoute notre interlocuteur.
Techniquement, SUSE Virtualization exécute les machines virtuelles par-dessus Kubernetes, via le module KubeVirt. C’est aussi l’approche de Red Hat qui milite tout autant pour l’abandon des VM au profit des containers. Ce n’est en revanche pas l’approche des autres alternatives à VMware : Nutanix, Proxmox, Ubuntu, Microsoft Hyper-V et consorts exécutent plutôt un cluster Kubernetes au-dessus de l’hyperviseur qui orchestre les VM.
Rancher Prime, l’outil d’administration qui unifie VM et containers
Cette transformation des machines virtuelles vers le format container est surtout portée chez SUSE par le logiciel Rancher Prime, la console d’administration de clusters de SUSE qui gère indifféremment les machines virtuelles et les containers. La promesse de ce logiciel est que le passage d’une application du format virtuel au format container ne changera strictement rien à son déploiement et son administration. Le stockage sera le même, les règles de répartition de charges entre utilisateurs ne changeront pas.
Rancher Prime était l’autre vedette du stand de SUSE lors de la conférence KubeCON. L’éditeur annonçait que son assistant d’IA intégré, baptisé Liz et lancé en novembre dernier, allait désormais prendre une dimension agentique.
Jusqu’à présent, Liz n’était qu’un simple chatbot capable de résumer ce que les logs disaient. Il est maintenant capable d’aller se renseigner ailleurs. « Par exemple, vous pouvez lui demander ce qu’il pense de l’état de sécurité de, disons, une paire d’applications. Liz va découvrir sur Internet que les binaires installés ont des failles, il vous dit lesquelles, puis regarde si des mises à jour existent dans les dépôts de packages existent. Si oui, il indique quelles différences existent avec vos versions, puis si vous validez, il les installe et les déploie pour vous dans vos clusters », illustre Peter Smails.
Au-delà des considérations système, Liz est aussi capable de se connecter aux agents tiers qui pourraient être livrés avec des applications et, de fait, remplacer leur propre chatbot.
Dans le but de faire gagner encore plus d’heures de travail aux administrateurs, la prochaine version de Liz deviendra même proactive. Déjà en démonstration sur le stand de SUSE, elle suivra les actions de l’administrateur sur la console de Rancher Prime et fera surgir des fenêtres pour proposer de l'aide. « Par exemple, Liz va voir que vous êtes en train de provisionner un nouveau cluster ou que vous vérifiez l’état de votre stockage et va intervenir pour vous demander si vous souhaitez qu’il lance telle ou telle opération » assure Peter Smails.
Liz n’est qu’un système agentique. Il n’intègre pas lui-même le LLM qui analyse les données contextuelles qu’il prélève. Les utilisateurs devront le connecter soit à une IA générative en ligne, soit en installer une localement. Il peut s’agir d’un LLM commercial (SUSE est partenaire de Nvidia) ou d’un LLM ouvert gratuitement téléchargeable depuis Hugging Face.
