Marseille, nouvelle porte de l’Internet occidental vers l’Afrique et l’Asie

La capitale phocéenne devient la plaque tournante de la bande passante pour Internet. La prochaine mise en service de deux nouveaux câbles d’interconnexion, ayant pour point de chute Marseille, pousse les opérateurs télécoms et les fournisseurs de Cloud, a y poser leurs serveurs pour toucher l’Asie et l’Afrique.

Deux milliards d’individus, c’est le nombre d’internautes que Marseille arrosera bientôt de contenus numériques. « Marseille est le point de chute pour la connexion des deux câbles sous-marins de nouvelle génération, capables à eux deux de faire transiter 78 Tbits/secondes (près d’un million de fois plus qu’une connexion fibre domestique haut de gamme, ndr). En clair, Marseille va ajouter à Internet une bande passante qui équivaut à 80% de la bande passante de tous les câbles sous-marins installés dans le monde depuis 20 ans », exulte Fabrice Coquio, le président d’Interxion France, la filiale hexagonale de l’un des trois grands acteurs pan-européens de colocation de datacenters.

Une position géographique stratégique

Long de 20 000 km, le câble SEA-ME-WE-5, relie Singapore à la France en passant par le nord de l’Océan Indien, la Mer Rouge, le Canal de Suez et la Méditerranée. Il est doublé du câble AAE-1, long de 25 000 km, qui suit à peu près le même chemin mais s’étend jusqu’à Hong Kong. Ces deux câbles succèdent au SEA-ME-WE-4 dont la bande passante est de 1,28 Tbits/seconde. Ensemble, ils délivrent Internet à l’Asie du Sud, à l’Afrique et à l’Europe de l’Ouest. La partie ouest du câble est fabriquée par Alcatel Lucent, tandis que Nec construit toute la partie située dans l’Océan Indien et au-delà. La technologie utilisée permet de faire circuler 100Gbits par brin. Le projet est financé par un consortium international d’opérateurs Télécom, dont Orange. Ces opérateurs sont copropriétaires des câbles et en louent l’usage aux autres opérateurs, voire aux grands fournisseurs de services Internet.

Selon différents experts, Marseille était l’extrémité occidentale la plus intéressante du fait de la géographie du sud de l’Europe. En Turquie, en Grèce et en Italie, il aurait fallu faire traverser des montagnes aux câbles terrestres pour qu’ils rejoignent l’un des principaux points de desserte intracontinentale d’Internet (Paris, Amsterdam, Francfort) ; ce qui aurait coûté très cher. Depuis Marseille, en revanche, il est possible de faire remonter un câble fluvial le long du Rhône jusqu’à Mâcon, puis terrestre de Mâcon jusqu’à Paris, soit un segment terrestre de seulement 400 km. Selon les spécialistes, la pose d’un câble terrestre coûte jusqu’à dix plus cher que celle d’un câble sous-marin, il est donc primordial d’en avoir le plus petit tronçon possible.

Plus de bande passante à partir de Marseille que depuis Paris

Les câbles SEA-ME-WE 5 et AAE-1, en chantier depuis septembre dernier, devraient être opérationnels en 2016. Mais déjà, tous les opérateurs télécoms, les hébergeurs de Cloud et les grands éditeurs de contenu sur Internet se précipitent pour installer des serveurs à Marseille. « Depuis le début de l’année, 50% de nos locations sont à Paris et 50% à Marseille. Après 15 ans de présence à Paris, nos datacenters accueillent 74 opérateurs. Après 6 mois d’existence à Marseille, notre datacenter héberge déjà 80 opérateurs », constate Fabrice Coquio.

La raison ? Jusqu’à présent, Marseille n’était qu’une énième passerelle en Méditerranée vers le reste du réseau mondial. Désormais, il est le point de chute du monde occidental duquel on peut le plus rapidement envoyer du contenu vers l’Afrique et l’Asie du sud. « Citons deux chiffres pour bien comprendre : il y a une latence de 8ms entre Paris et Marseille et une latence de 5 ms entre Marseille et le Caire. Cela signifie que si une entreprise américaine ou européenne veut délivrer le meilleur contenu possible à une clientèle africaine ou asiatique, ce n’est plus à Paris ou Amsterdam qu’elle doit installer ses serveurs de diffusion, mais à Marseille », explique Fabrice Coquio. Il ajoute que les acteurs occidentaux n’ont pas vocation pour l’heure à installer de tels sites stratégiques au-delà du sol européen.

Les géants d’Internet emménagent déjà près du Vieux Port

Si la liste des grands acteurs d’Internet qui ont réservé de l’espace sur le site d’Interxion à Marseille n’est pas connue, LeMagIT s’est laissé dire que les noms d’Amazon, de Microsoft Azure, de Salesforce, de Facebook ou encore de Twitter étaient évoqués en coulisse.

Le site Interxion de Marseille, dit MRS1, est situé derrière le port touristique. Il offre 6MW de puissance électrique et 14 000 m2 d’espace pour accueillir des rayons entiers de serveurs directement connectés aux câbles SEA-ME-WE-5 et AAE-1. Auparavant connu sous le nom de NetCenter, il a été racheté par Interxion à SFR en août dernier, lequel ne s’en servait que de relai pour connecter les réseaux télécoms africains et européens. Pour l’heure, les clients d’Interxion installent à Marseille des nœuds de cache. Fabrice Coquio s’attend à ce qu’ils déploient des nœuds de contenu d’ici à la fin de l’année et, lorsque les nouveaux câbles seront opérationnels, des nœuds de calcul pour héberger de véritables offres de Cloud.

Changer la donne sur le marché des centres de données

Sur le marché européen de la colocation de datacenters, Interxion fait partie du trio de tête avec Equinix et TelecityGroup, devant Telehouse, Deutsch Telekom ou encore Orange. Des pourparlers ont actuellement lieu pour savoir si TelecityGroup fusionnera bientôt avec Interxion ou Equinix. L’issue de ces pourparlers et l’implémentation à Marseille d’Interxion sont susceptibles de changer les rapports de force entre ces différents acteurs.

Des câbles de dernière génération devraient également équiper Stockholm pour desservir la Russie jusqu’aux confins asiatiques de l’ex-Union Soviétique et Vienne pour apporter un meilleur débit Internet à toute l’Europe de l’Est. Bien entendu, Londres sera également équipé, à la jonction entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Pour l’heure, personne ne prédit encore que Stockholm, Vienne et Marseille détrôneront Amsterdam, Francfort et Paris en matière de hub continentaux de l’économie numérique. Mais les acteurs du datacenters s’y installent.

 

 

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