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T-Systems veut accélérer sur le marché français

La filiale de Deutsche Telekom veut entrer dans le Top 10 des SSII françaises. La société mise sur la transformation numérique des grands comptes, une offre Cloud complète et un datacenter localisé près de Paris.

Avec un chiffre d'affaires de 120 millions d'euros en France, T-Systems estime que sa filiale française est en-deçà du potentiel de l'Allemand dans l'Hexagone. Après le plan Engagement 2016 qui marquait la transformation de T-Systems en France, la filiale française se voit assignée un objectif extrêmement ambitieux : celui d'entrer dans le Top 10 des services IT en France.

Pour Jean-Paul Alibert, l'équation est simple : il doit dépasser la barre des 500 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'horizon 2020. Multiplier par 5 son chiffre d'affaires dans un contexte tendu relève de la gageure. Selon les derniers chiffres publiés par le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC), les grandes SSII françaises souffrent de la conjoncture économique morose. Les 10 premières ont vu leur CA baisser de 0,3% en 2013 ; la dixième place va être particulièrement âpre à décrocher.

Econocom, l'actuel numéro 10, réalisait en 2014 une croissance de 7,5%, soit 546 millions de chiffre d'affaires. Son impressionnante stratégie de croissance externe lui assure pour l'instant la meilleure croissance du Top 10. Tant que la bourse lui permettra de poursuivre cette stratégie agressive, T-Systems aura bien du mal à refaire le terrain perdu.

Interrogé sur la question de se livrer à son tour à des acquisitions, Jean-Paul Alibert n'a pas exclu l'idée d'une acquisition sur le marché français, mais il préfère pour l'instant développer sa stratégie de développement organique. "Notre cible, c'est le SBF 120 international et plus particulièrement les entreprises de ce classement qui veulent se transformer. Dans le CAC40, il y a encore des entreprises qui veulent continuer à travailler "comme avant", en s'appuyant sur des ressources internes. Nous voulons aller vers celles qui mènent leur transformation numérique, c'est à dire à la fois sur l'IT et le Business."

T-Systems défend une approche 100% industrialisée

Sur le papier, T-Systems a des arguments de poids. Deutsche Telekom est le n°2 européen de l'informatique et des télécoms avec un chiffre d'affaires de 60 milliards d'euros. "C'est 1,5 fois le poids d'Orange", souligne le directeur de T-Systems France. T-Systems représente 9 milliards d'euros de chiffres d'affaires et 50 000 personnes. La société de services a été profondément restructurée et son fonctionnement "industrialisé" à l'extrême. La société dispose de nombreux points de services, notamment 2 en Europe et des datacenters en Europe, en Amérique, Asie répartis selon une approche "follow the sun".

La rationalité allemande appliquée à la fourniture de services informatiques : "Tous nos savoir-faire "opération" ont été consolidés dans des centres d'excellence. Pour l'Europe, nous en avons un en Slovaquie, un autre en Hongrie, en Espagne et en Allemagne. Nous sommes dans un modèle complètement industrialisé que seuls quelques acteurs mondiaux sont capables de proposer aujourd'hui. Nous voulons amener le plus de valeur possible à nos clients en prenant le plus de complexité possible à notre charge. Nous avons ce double ADN en étant à la fois une société de services et une capacité d'opérateur à investir dans des infrastructures pour ensuite délivrer un service. Ce double ADN nous a permis de travailler sur la massification, puis la virtualisation et enfin la Cloudification de nos clients."

Une approche qui n'a pas encore délivré tous ses fruits dans l'Hexagone, c'est le moins qu'on puisse dire. Comparé aux parts de marché que détient T-Systems sur les autres marchés européens, excepté l'Allemagne où la SSII est très largement dominante, la filiale française devrait être cinq fois plus grosse qu'elle ne l'est. T-Systems espère donc rétablir l'équilibre au cours des 5 prochaines années.

"Pour Deutsche Telekom, la France est le levier de croissance numéro 1 pour T-Systems", argumente Jean-Paul Alibert. "En effet, notre cible est le top 100 des entreprises multinationales de chaque pays, or la France est bien pourvue en grandes entreprises. Bien que le marché français soit globalement plus petit que le marché allemand ou anglais, il est le plus gros marché européen sur ce segment des grands comptes."

T-Systems compte lancer son Cloud public lors du Cebit 2016

La transformation numérique des grandes entreprises du CAC40 et le passage dans le Cloud d'une partie de leur SI seront des opportunités à saisir pour T-Systems dans les prochains mois. Le directeur de T-Systems France évoque une volonté d'aller vers une stratégie de co-innovation avec ces grands clients, notamment dans leurs projets liés à l'Internet des objets, à la maintenance prédictive, à la production "intelligente" dans le cadre de l'initiative allemande "Industry 4.0", ou encore de l'élaboration de nouveaux business models.

"Je ne suis pas du tout d'accord avec cette analogie entre le Cloud et une prise électrique", argumente, Jean-Paul Alibert. "Ce qu'on fournit, c'est bien plus riche que de la simple puissance informatique. Ce sont des solutions qui correspondent aux besoins IT ou business. C'est ça la richesse que l'on veut amener aux métiers." Sur le Cloud, T-Systems se classe, selon TSI, à la troisième place en Europe et selon PAC, il est le leader mondial des opérations sur SAP, soit environ 400 clients et 3,5 millions d'utilisateurs SAP.

Le catalogue de services Cloud proposés par T-Systems s'appuie sur l'offre DCP (Dynamic Cloud Platform) qui intègre de l'hébergement Office 365, SAP, SAP HANA et des offres partenaires. T-Systems héberge une quarantaine de solutions Saas sur ses plateformes. Ce catalogue va s'agrandir prochainement avec l'offre de Cloud public OTC (Open Telekom Cloud) qui sera officiellement lancée lors de la prochaine édition du Cebit. Celle-ci avait été dévoilée il y a quelques semaines en Asie où l'Allemand avait annoncé avoir choisi Huawei comme partenaire pour porter son offre Cloud en Chine.

Ce Cloud public va s'appuyer sur la technologie OpenStack et sera, selon Ingo Kaymer, Vice-Président Global Consumer Unit EMEA, tout à fait concurrentiel vis-à-vis d'Amazon ou de Microsoft Azure: "Nous avons beaucoup investi pour nous positionner sur la virtualisation. Nous nous sommes interrogés vis-à-vis du Cloud public. Nous nous sommes posé la question de soit laisser les autres se partager ce marché, soit investir nous-mêmes. Nous avons opté pour cette voie.  Ce marché est trop grand pour qu'il nous échappe et nous allons attaquer activement Amazon et Microsoft car nous avons une histoire européenne à raconter sur ce marché." Il promet des tarifs inférieurs à ceux pratiqués par ses grands concurrents américains et des délais de provisioning des ressources bien inférieurs.

Outre le fait de commercialiser ses propres services de Saas, Paas et Iaas hébergés dans ses datacenters, T-Systems compte jouer le rôle de courtier de services Cloud et de proposer au travers de son interface des services Cloud qui auront été négociés par son client dans la mise en place de son catalogue de services.

T-Systems va ouvrir un premier datacenter un France

Si le SBF 120 reste la priorité numéro 1 de T-Systems, OTC pourrait bien permettre à l'Allemand de conquérir des entreprises de taille plus petite et à la recherche de services Cloud performants et hébergés en Europe. T-Systems pourra leur proposer un hébergement à Magdebourg mais aussi, prochainement, en banlieue parisienne. T-Systems prépare en effet l'ouverture d'espaces d'hébergement de type Tier 3 dans les locaux d'Equinix à Patin et dans un second centre en banlieue parisienne, probablement à St Denis. Cette infrastructure d'hébergement aura une capacité de 5 000 Go de RAM et 450 To de stockage et sera taillée pour accueillir 1 250 machines virtuelles et 100 000 instances SAP. Les premières VM devraient démarrer en février, au plus tard.

Les nouvelles infrastructures françaises seront opérées depuis les centres d'excellence de T-Systems en Slovaquie et en Hongrie et c'est sans doute à la fois la force et la faiblesse de la stratégie de conquête du marché français imaginée par T-Systems. Son approche ultra-industrialisé permet de lancer de nouveaux services Cloud au niveau mondial très rapidement.

En revanche, l'Allemand se montre bien plus discret quant aux ressources humaines sur lesquelles il pourra s'appuyer en France pour porter son offre auprès des DSI. On connaît les entreprises françaises pour leur besoin chronique de personnalisation des offres et services et sur les rapports étroits et attentionnés qu'elles attendent de la part avec leurs prestataires. Jean-Paul Alibert a refusé de livrer toute information sur les effectifs actuels et futurs sur lesquels il compte s'appuyer pour mener sa campagne de France. L'approche ultra-industrialisé de T-Systems pourra-t-elle répondre aux attentes des très exigeants DSI du CAC40 ? 

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