Cet article fait partie de notre guide: Comment l’IT révolutionne la gestion des Ressources Humaines

Saas et numérique : les SIRH changent de dimension

A l’image de ce qu’à connu le CRM il y a quelques années, le monde des SIRH connait ces derniers mois une brutale accélération, à la fois porté par l’action des grands éditeurs Saas mais aussi par un écosystème de startups qui développent de nouvelles pratiques.

Le salon HR Tech vient de fermer ses portes à Paris. Il a vu des grandes entreprises témoigner sur leur adoption quasi unanime du Cloud et des services Saas. La bataille est gagnée pour les pure-players venus du Saas et les grands éditeurs qui se sont ralliés à eux. Néanmoins, si les directions des ressources humaines ont certainement gagné en efficacité, se pose à elles un enjeu de taille : rendre l’organisation plus efficace et surtout relancer une course à la productivité que les entreprises actuelles sont en train de perdre.

Yves Morieux, senior partner et directeur de l’institut des organisations au sein du Boston Consulting Group a résumé la problématique à laquelle font face les directions : les gains de productivité sont de plus en plus difficiles à obtenir. « Si on prend les 15 plus grandes économies en Europe, la productivité du travail a progressé de 5% par an dans les années 50, les années 60 et le début des années 70. De 1973 à 1983, la progression est passée à 3% par an et de 1983 à 1995 de 2% seulement et de 1% seulement depuis 1995. En Allemagne, l’économie la plus solide du continent, depuis 1992, la productivité n’a progressé que de 0,8% par an. Au Royaume-Uni, depuis 2006, la productivité s’est accrue de… 0%. »

Le consultant a notamment pris comme exemple un article publié par Robert Solow en 1997 dans le New York Times. Le futur prix Nobel d’économie par la suite, soulignait que si l’ordinateur était partout, depuis les bureaux, les agences de voyage, les usines de production, il était notoirement absent des statistiques de productivité. Alors on pouvait s’attendre à voir les gains de productivité accélérer grâce à l’IT….ceux-ci ont ralenti !

« Aujourd’hui, tout le monde parle de transformation numérique, du Big Data, de l’analytique, mais que va faire aujourd’hui l’IT de différent et qui n’a pas été fait depuis 40 ans. Arpanet a été créé en 1969, le premier microprocesseur Intel en 1971, l’Apple II en 1976. Ce que mon équipe a découvert, c’est que la productivité s’accroit seulement au moment où se combinent un progrès technique et une innovation organisationnelle. L’un sans l’autre et l’impact sur la productivité peut même être négatif. A l’intersection de ces deux domaines, la gestion des ressources humaines, la manière dont les ressources humaines de l’entreprise agissent, collaborent, s’informent, décident, c’est le rôle de la direction des ressources humaines. »

D’abord se méfier des technologies

Le consultant a clairement milité auprès des DRH présents à Paris afin que ceux-ci revoient leur approche. Il les a notamment appelés à se méfier de la technologie. Citant l’exemple d’un constructeur automobile cherchant à raccourcir son cycle de conception produit, il rapporte : « Ils ont utilisé l’IT afin d’automatiser leur désordre et non pas pour gérer la complexité. C’est tout le piège du numérique et du Big Data. Il devient encore plus simple de digérer une complexité encore plus grande. Or l’enjeu, c’est automatiser le désordre, aider les entreprises à gérer la complexité. »

Yves Morieux tance notamment les entreprises qui se sont dotées de Chief Digital Officer et de comités numériques à tous les étages, ajoutant ainsi une nouvelle couche de complexité à des organisations déjà pléthoriques. Il critique aussi les approches fondées sur un recours systématique à des KPI et autres métriques qui privilégient bien plus la performance personnelle ou de tel ou tel service, bien souvent aux dépends de l’ensemble. Il prône l’application de règles simples pour améliorer la collaboration et l’efficacité des équipes.

Les DRH définitivement séduites par le Cloud

Si la technologie n’est pas tout, force est de constater qu’un vent d’innovation souffle sur le secteur des solutions RH. De nombreux éditeurs de solutions RH était présents à Paris cette semaine, depuis les géants du secteur tels que Oracle, SAP SuccessFactors, Workday, ADP, Cornerstone, CrossKnowledge, IBM et Infor, mais aussi bon nombre de petits acteurs.

A l’image de l’ensemble des témoignages de grandes entreprises qui se sont succédées sur scène pendant ces deux jours, à l’image d’Alcatel-Lucent, Air Liquide ou Engie, le modèle Saas est en train de s’imposer tant auprès des DRH soumis à de fortes contraintes économiques qu’auprès de celle qui doivent rénover des SIRH vieillissants. Le Cloud s’impose comme un modèle de déploiement et l’analytique devient omniprésent dans ces solutions. Enfin, les fonctions self-service RH à destination des salariés sont de plus en plus déployées par les DRH, ouvrant ainsi des fonctions plus où moins avancées du SIRH à des dizaines de milliers de salariés.

De multiples startups innovent aujourd’hui dans les pratiques RH

A côté de ces plateformes Saas poids-lourds du marché dont la couverture fonctionnelle est de plus en plus large, de nombreuses start-ups innovent. Elles cherchent bien souvent à se montrer complémentaires et à créer des ruptures ou plutôt une « disruption » pour reprendre un terme à la mode, dans les pratiques RH actuelles.

De nombreux fournisseurs se sont ainsi positionnés avec des services de visioconférence orienté recrutement : Cammio, Hire&View, VisoCon proposent des services de visio Cloud aux recruteurs afin de mener leurs entretiens à distance. Le Belge Skeeled propose un service Saas qui permet aux candidats de saisir un CV standardisé, de réaliser des évaluations de personnalité en ligne et de réaliser une interview vidéo. Autant de données que les algorithmes de la start-up vont analyser afin de réaliser un « screening », une recherche automatisée pour les entreprises clientes du service.

Cet essor des algorithmes dans les RH sera sans nul doute une tendance forte dans les années à venir. Avec sa start-up Pratidus, Yohan Ruso, l’ancien directeur d’eBay en France, cherche à apporter à tous les employés des services d’évaluation et de coaching généralement réservés aux seuls hauts potentiels dans les entreprises. A l’aide d’une batterie de tests psychométriques en ligne, ce service Saas analyse le profil des employés. Outre un classement par profils types, ce dispositif va permettre à la DRH d’évaluer l’adéquation de ses salariés à la culture d’entreprise et d’évaluer aussi le niveau de stress.

L’arrivée de technologies telles que l’analytique, le Big Data, le prédictif dans les ressources humaines, des technologies toutes issues du marketing, trouve sa consécration dans l’offre de l’Allemand Softfactors AG qui propose un véritable CRM dédié au recrutement. Le client est remplacé par le candidat et les recruteurs peuvent évaluer leurs candidats comme on évalue des profils clients pour faire la meilleure offre commerciale.

Relancer l’engagement des salariés dans leur entreprise

Enfin, le leitmotiv de nombreux acteurs lors de ce HR Tech était le problème de l’engagement des salariés dans leur entreprise. Devant des organisations parfois archaïques, les jeunes salariés font preuve d’une démotivation ou tout du moins d’un intérêt très limité pour leur travail.

Selon les chiffres avancés par Yves Morieux du BCG, seulement  de 11% à 23% des employés européens s’estiment « engagés » dans leur travail. Pire, la notion « d’Active disengagement » est apparue : il s’agit des gens qui se montrent actifs dans la démotivation de leurs collègues de travail… un fléau pour les DRH. Les stages de motivation et autres week-ends d’intégration ne suffisent plus à créer un esprit d’équipe. Quelques acteurs, dont Cabaana ou GamEffective se sont positionnés sur la gamification pour capter l’attention des générations Y.

Le Slovaque Firminside veut quant à lui attirer ces jeunes générations via la production de contenus photos et vidéos pour attirer des candidats abreuvés à Facebook et Youtube depuis le lycée. La DRH doit communiquer sur les réseaux sociaux pour pouvoir attirer les candidats.

Tant du côté des grands éditeurs que des startups, le monde des RH n’a jamais connu une telle effervescence.

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