Télétravail : l’équipement réseau des salariés, ce nouveau défi

Une étude récente révèle que les entreprises veulent à présent équiper leurs télétravailleurs en solutions réseau dont elles maîtrisent la fiabilité et la sécurité. Un défi financier et technique.

Parmi les nouveaux projets que la crise pandémique a apportés, il y a celui de réorganiser le réseau pour mieux prendre en charge les salariés travaillant à domicile. Selon une enquête menée par Enterprise Management Associates (EMA) en Europe et aux USA et publiée en juillet 2021, les équipes réseau des entreprises prennent en ce moment même des mesures pour formaliser l’architecture réseau du télétravail. Et, ce, malgré des inquiétudes liées aux contraintes budgétaires et à la complexité de l’infrastructure. L’enjeu de fournir à domicile une expérience utilisateur comparable à celle du travail dans les locaux de l’entreprise préoccupe 90,7 % des 312 DSI interrogés.

L’une des approches les plus discutées consiste à déployer une solution pour chaque travailleur distant – assimilé dans l’étude à une « succursale mono-employé » – afin de fournir diverses fonctions de réseau et de sécurité, typiquement un point d’accès et une passerelle de sécurité.

Les personnes interrogées ont indiqué des priorités : elles doivent d’abord fournir un dispositif de sécurité, idéalement une borne Wifi dédiée, éventuellement un routeur qui accapare une liaison Internet ou privée (mobile ou fibre/cuivre dédiée), voire un routeur SD-WAN (qui prend en compte les types de flux transportés, maintient leur qualité et les route éventuellement entre plusieurs connexions). De nombreuses entreprises remboursent également à leurs salariés le coût d’un abonnement sans fil 4G ou 5G, pour les connexions principales ou de secours.

De nouveaux investissements, portés par les économies sur la surface locative

Alors que les coûts initiaux de ces mises à niveau du réseau pourraient dissuader certaines entreprises, une mauvaise performance des collaborateurs ou une diminution de la satisfaction des clients en contact avec ces collaborateurs constituent un risque davantage pénalisant pour l’activité.

« Le télétravail permet à de nombreuses entreprises de réaliser des économies sur leurs surfaces locatives, qui complètent largement les coûts de mise en place d’équipements réseau au domicile des salariés. »
Shamus McGillicuddyDirecteur des études, EMA

« Beaucoup d’entreprises essaient de déterminer qui a besoin et qui n’a pas besoin d’un tel équipement et quel sera le budget nécessaire », commente Shamus McGillicuddy, le directeur des études chez EMA. « Ces mises en place peuvent paraître coûteuses de prime abord, mais le télétravail permet à de nombreuses entreprises de réaliser par ailleurs des économies sur leurs surfaces locatives. Ces économies complètent largement les coûts de mise en place d’équipements réseau au domicile des salariés. »

Selon Shamus McGillicuddy, la plupart des entreprises ne prévoient pas de déployer du matériel réseau pour chacun de leurs employés. Les équipes réseau identifient les groupes d’utilisateurs qui ont besoin d’une meilleure expérience et d’un support plus complet : ce sont typiquement les agents des centres d’appels, les ingénieurs, la R&D et les cadres supérieurs.

« Toute personne en contact avec la clientèle a besoin de performances fiables et d’une meilleure sécurité pour des raisons de confidentialité », dit l’analyste. « Les personnes qui utilisent des données sensibles à domicile doivent être protégées. »

Sur le terrain, les équipes réseau personnalisent idéalement des packages en fonction des rôles et des fonctions. Elles peuvent envoyer de petites passerelles SD-WAN pour fiabiliser les connexions de certains salariés et proposer à d’autres de leur rembourser un abonnement supplémentaire à Internet, fixe ou mobile. Cela dit, 42 % des entreprises interrogées déclarent que leurs équipes réseau adoptent pour l’heure une approche unique pour tous leurs télétravailleurs, quel que soit leur poste.

Une simple extension du BYOD

Alors que les entreprises ont ralenti depuis des mois leurs dépenses informatiques en raison des incertitudes liées à la crise pandémique, elles s’apprêtent à présent à réinvestir dans des équipements modernes jusqu’en 2023, indique Shamus McGillicuddy. Il est prévu qu’une part importante de ces investissements concerne les infrastructures LAN et Wi-Fi. Mais manifestement pas pour déployer de nouvelles prises Ethernet et de nouveaux points d’accès sans fil dans les bureaux. Ces dépenses iront en majorité chez les télétravailleurs. 

« Désormais, les entreprises font plus qu’enrôler ces appareils dans leur SI. Elles doivent leur attribuer davantage de bande passante, de conformité et de sécurité. »
Shamus McGillicuddyDirecteur des études, EMA

Comptablement, ces investissements concernent d’abord une extension des programmes BYOD, qui consistaient à sécuriser les appareils des utilisateurs, qu’ils soient personnels ou, d’une manière plus générale, nomades. « Désormais, les entreprises font plus qu’enrôler ces appareils dans leur SI. Elles doivent leur attribuer davantage de bande passante, de conformité et de sécurité », explique l’analyste.

Les autres investissements concernent les outils de monitoring et de NetOps. Ces derniers sont de nouveaux logiciels d’administration dans des environnements plus virtualisés, avec des consoles qui fonctionnent plus souvent depuis le cloud. Avant la pandémie, les entreprises concentraient la surveillance sur un certain nombre d’appareils, sur leurs sites. Aujourd’hui, elles doivent relever des données télémétriques produites par les équipements chez les télétravailleurs.

« La tâche est doublement compliquée, car les équipements du télétravailleur produisent des métriques inédites, très hétéroclites, et il est difficile d’expliquer à toutes les catégories de salariés que l’on va installer un mouchard chez eux pour faire des relevés à distance », note Shamus McGillicuddy.

La solution serait d’opter pour des solutions modernes : 95,5 % des personnes interrogées investissent leur budget dans des outils de surveillance qui ne font pas partie de l’outillage traditionnel des administrateurs réseau. Ces outils NetOps, capables de détecter à distance les anomalies sur des équipements dits de Edge computing, sans pour autant nécessiter l’installation de mouchards, rapprochent en amont les équipes réseau et sécurité, car leurs consoles et leurs informations sont communes aux deux disciplines.

Le phénomène SASE

Le SASE (Secure Access Service Edge) est un nouveau venu dans le secteur des réseaux qui a gagné en popularité pendant la pandémie. Il s’agit de déporter en ligne les règles de routage, afin que celles-ci soient toujours à jour face aux nouvelles menaces de cybersécurité et qu’elles appliquent en temps réel à chaque salarié les modifications de topologie effectuées par l’entreprise. Selon Shamus McGillicuddy, 81 % des entreprises ont déclaré avoir accéléré leur engagement envers une solution SASE ces derniers mois.

Dans de nombreux cas, le télétravail a brouillé les lignes entre le SD-WAN – qui s’intéresse à la qualité des communications – et le SASE – qui les sécurise, car de nombreux équipementiers ont repackagé leurs solutions SD-WAN avec des services en cloud, pour répondre au besoin de sécuriser le domicile des télétravailleurs.

« Les entreprises s’étaient engagées auprès de fournisseurs réseau qui leur promettaient d’améliorer la connexion aux sites distants. Mais du fait de l’explosion du télétravail, la problématique s’est transformée en cours de route en une amélioration de la connexion aux personnes. Nous traversons donc une période de flottement, durant laquelle les entreprises et leurs fournisseurs doivent déployer des solutions qui ne sont plus celles prévues au départ », conclut Shamus McGillicuddy.

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