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La méthode Roche diffuse l’IA auprès de 100 000 collaborateurs
Le groupe pharmaceutique Roche s’est fixé comme objectif de former l’ensemble de ses collaborateurs à l’Intelligence artificielle pour tirer l’adoption de cette technologie dans les métiers. Il a mis en place une approche méthodologique et stratégique rigoureuse pour cette acculturation et cette formation.
Entreprise pharmaceutique fondée en 1896, Roche emploie 100 000 salariés dans le monde. Comme de nombreux acteurs de son secteur, le groupe s’intéresse aujourd’hui aux applications possibles de l’IA dans ses activités.
Acteur régulé, Roche doit cependant garantir que ses usages respectent des impératifs en matière de conformité et de sécurité des données. Un cadre de gouvernance encadre donc les initiatives du groupe dans le domaine de l’IA.
Du comité stratégique à la conformité opérationnelle
Roche a instauré une structure de pilotage à deux niveaux. Un comité stratégique bimensuel, incluant des membres du comité de direction, arbitre les décisions complexes liées aux ressources et anticipe les impacts organisationnels.
En parallèle, un comité opérationnel mensuel réunit le Data Privacy Officer et les responsables de la gouvernance des données pour valider l’alignement de la roadmap avec les cadres réglementaires de l’industrie pharmaceutique.
Cette double organisation permet de piloter ce que le directeur IT et responsable innovation de Roche, Vincent Levasseur qualifie de « Shadow IT accompagné ». En clair, il s’agit d’encadrer les initiatives individuelles pour les intégrer dans les procédures opérationnelles standards.
Tous les projets d’IA ne poursuivent pas les mêmes ambitions de transformation. Roche les répartit en trois grandes catégories : les cas d’usage transformateurs (Transform), la réorganisation de processus (Reshape) et l’usage quotidien (Everyday AI).
La méthode du « Sprint d’Adoption »
Le passage à l’échelle au sein de la filiale française a reposé sur un « sprint d’adoption ». Au niveau groupe, l’ambition était d’acculturer les 100 000 employés au 1er décembre 2025. Au sein de la filiale française, le projet de formation associé au programme Everyday AI s’est construit sur 6 mois.
Cette période, visant en France à acculturer 600 salariés, comprenait la formation des formateurs eux-mêmes. Elle devait tenir compte également du quotidien des collaborateurs, dont un tiers sont en déplacement auprès des professionnels de santé.
Initialement, les équipes locales tablaient sur huit semaines de période de formation et un objectif de 90 % des collaborateurs. Cependant, une injonction de la direction groupe est venue imposer mi-septembre 2025 un taux de complétion de 100 %.
Pour atteindre cette cible, Roche a mobilisé des « champions » issus de divers métiers. Chacun d’eux avait la responsabilité de former trois cohortes d’une vingtaine de personnes, soit soixante collaborateurs environ par ambassadeur.
Comme l’explique Alexandra Charbit, chargée des contenus et ambassadrice IA interne, l’exemplarité du management a été un facteur clé de succès. En effet, les membres du Comex étaient intégrés aux cohortes, au même titre que les opérationnels.
Cette horizontalité a permis de surmonter les frictions logistiques, particulièrement pour les équipes terrain en contact régulier avec les milieux hospitaliers. L’approche aurait en outre favorisé « une dynamique de compétition saine » entre les différents pays du groupe.
Un module permettait de suivre le taux de participation aux sessions au niveau de l’ensemble des filiales. Les données étaient ensuite consolidées pour mesurer l’avancement de la démarche dans chaque pays.
Former aux outils, aux limites de l’IA et à la conformité
La formation par des représentants métiers d’une soixantaine de collaborateurs s’est échelonnée sur six semaines. A chaque semaine correspondaient des thématiques spécifiques allant de la prise en main d’outils à des enjeux éthiques et d’usages raisonnés de l’IA.
Les sessions étaient hybrides, avec des formations en présentiel par les champions, ainsi que des séances d’e-learning.
Les formateurs disposaient « d’un kit » fourni par le groupe avec des slides, bien sûr, mais aussi des emails pour rappeler chaque semaine aux salariés les attendus et les échéances.
Les kits n’étaient toutefois pas totalement prêts à l’emploi. « L’enjeu pour les formateurs était de s’approprier ces kits pour les rendre vraiment concrets pour nos collègues », explique Alexandra Charbit. « L’idée était d’arriver avec du matériel qui leur soit utile. »
Les cohortes étaient hétérogènes et il a donc fallu pour chacune trouver des cas d’usage adaptés aux populations à former, et « extrêmement concrets. » Au terme des 6 semaines du parcours, les salariés obtenaient une certification.
La formation pour favoriser l’adoption
D’après l’AI Radar 2026 du BCG, la formation à l’IA présente des bénéfices tangibles en termes d’adoption. Pour le mesurer, la filiale française de Roche a retenu plusieurs KPI. Une mesure avant-après traduit un gain de 1 point sur « la sensibilité des salariés aux mécanismes et capacités de l’IA », indique Vincent Levasseur.
Pour suivre l’évolution de l’adoption, Roche mesure également les interactions avec les services d’IA de Google Workspace. L’entreprise pharmaceutique est utilisatrice de Gemini, ainsi que d’outils comme NotebookLM pour la gestion documentaire complexe.
Roche comptabilise en moyenne 110 sollicitations sur quatre semaines glissantes. Vincent Levasseur se félicite « surtout » du retour « très positif » des collaborateurs sur les cas d’usage de l’IA dans l’environnement de travail collaboratif.
Sur les usages justement, Alexandra Charbit cite en exemple la création d’une bibliothèque dédiée à la revue mensuelle de la littérature médicale sur plusieurs domaines thérapeutiques. L’automatisation par l’IA visait ici à concilier exhaustivité et gain de temps.
Des bibliothèques de prompts
Pour poursuivre la « dynamique » enclenchée par le programme de formation de 2025, l’entreprise a également mis en place des bibliothèques de prompts partagées afin d’éviter que chacun ne recrée les mêmes requêtes dans son silo métier.
Les équipes partagent également régulièrement des « Gems » (des usages de l’IA) lors de réunions hebdomadaires en petit comité. Ces rendez-vous servent à diffuser des applications et à encourager l’adoption au quotidien.
Vincent Levasseur cite l’exemple d’un collaborateur qui utilise l’IA afin de planifier sa semaine de travail en intégrant des règles métiers. Pour le responsable IT, ces usages constituent « des accélérateurs d’adoption ».
« Nous allons continuer à faire du “power up » sur Everyday AI dans les différents outils. Au quotidien, nous allons surtout poursuivre le partage auprès des métiers de Gems utilisés tous les jours et avec de vrais gains ».
