François Enaud, Steria : "la crise accélère le recours à l'offshore"

A l'image d'un Capgemini, Steria voit l'offshore comme une façon de traverser la crise tout en protégeant ses marges. Comme Cap encore, l'Inde sera le premier pays pour la SSII dès la mi-2009. François Enaud, le PDG, revient sur les résultats annuels de Steria et commente la transformation du groupe qu'il dirige depuis 1997.

Tout en se déclarant sans visibilité sur la seconde moitié de l'année 2009, Steria affirme disposer des armes pour passer sans dommage majeur la crise. Une relative confiance qui vient notamment de l'intégration dans le groupe de Xansa, une SSII britannique rachetée en 2007 et fortement déployée en Inde. Pour la direction de Steria, l'arrivée du britannique dans le giron de la SSII hexagonale lui a amené une expertise sur l'offshore - où Xansa dispose d'une douzaine d'années d'expérience - et sur le BPO (Business Process Outsourcing, ou externalisation de processus métier), segment de marché très développé outre-Manche, mais encore en friche dans l'Hexagone.

Fin 2008, le groupe possèdait déjà 29,5 % de ses effectifs en Inde (près de 5 700 personnes), soit une progression de 11 % sur un an. Et affirme sa volonté d'accélérer encore ses recrutements sur le sous-continent, tandis que les effectifs en France resteront stables, selon François Enaud, le PDG. A tel point que, dès cet été, l'Inde sera le premier pays en termes d'effectifs pour la SSII, devant la France. Après Capgemini, ce sera le second acteur majeur des services à la française à adopter un modèle résolument axé sur les pays low cost. Pour François Enaud, il s'agit d'un mouvement inévitable, qu'accentue encore la crise : "Nous augmentons la part d'offshore dans nos contrats pour répondre aux demandes de baisse des coûts des donneurs d'ordre. Ce modèle, qui vise à augmenter la part d'activités offshore pour améliorer les marges, a un effet négatif possible : la cannibalisation du chiffre d'affaires, ce qui se produisait chez Xansa avant notre rachat". Selon lui, la taille de Steria le protège contre cet effet négatif. Même si, au premier semestre 2009, le groupe se met en ordre de marche pour avant tout protéger ses marges dans un environnement économique défavorable, tout en tablant sur un chiffre d'affaires stable.

A l'occasion de la publication des résultats 2008 de sa société, François Enaud répond aux questions du MagIT sur la transformation en cours d'un acteur hexagonal en SSII plus globale.

fenaudUne des clefs de votre modèle - et du succès du rachat de Xansa - réside dans votre faculté à importer le modèle de cette SSII en France ou en Allemagne. Où en êtes-vous du déploiement de vos offres offshore sur ces pays ?

François Enaud : En Allemagne, en France et en Scandinavie, nous avons signé pour l'équivalent de 120 000 jours.homme de prestations offshore en 2008. Notamment sur des secteurs comme les télécoms, mais aussi dans la banque-assurance ou l'administration. Bien sûr, la proportion d'activités délocalisées varie beaucoup. En France, un taux de 10 % d'offshore constitue une bonne performance, parce que les donneurs d'ordre restent prudents et veulent tester cette option sur un périmètre restreint. En Grande-Bretagne, à titre de comparaison, on atteint fréquemment les 70 %.
Mais, si l'offshore est un vecteur de conquête pour Steria, il s'agit d'une modalité de production, pas d'une offre que nous vendons. Nous travaillons dans un modèle intégré, où les activités d'un même projet sont consolidées dans un compte de résultat unique. Toutefois, notre modèle consiste à augmenter graduellement la part d'offshore au fur et à mesure de l'exécution du contrat.

La crise est-elle un accélérateur pour l'offshore ?

F.E. : C'est un facteur d'accélération évident. Même si, pour l'instant, seuls quelques acteurs des services poussent ce recours à l'offshore. Ce qui peut contraindre les donneurs d'ordre à réviser leurs choix en matière de prestataires. D'où des délais.

Pourquoi ce mouvement vous profiterait-il plutôt qu'aux SSII indiennes, qui voient désormais la France comme un marché à développer ?

F.E. : Parce que nous apportons aux donneurs d'ordre le meilleur des deux mondes : une bonne connaissance des problématiques des clients et une exécution sur un mode très industrialisé. Le tout avec une vraie sécurité, puisque les donneurs d'ordre n'ont pas à gérer les problèmes de différences culturelles ou linguistiques. Même s'il est clair que les Indiens prendront des parts de marché, notamment sur les activités peu différentiantes.

A l'automne dernier, vous avez décidé de remplacer le directeur général de la filiale française, en raison de la dégradation des marges dans l'Hexagone. Pourquoi ce choix ?

F.E. : La France avait en tête le modèle du groupe, mais l'a mis en oeuvre de façon éclatée, avec des entités expertise, solutions et conseil trop séparées. Ce qui a abouti à démultiplier les structures et les canaux de vente. En s'appuyant sur ce qui avait été fait - notamment la mise en place d'une structure de conseil -, nous avons donc poussé l'intégration des différentes entités, par exemple en réaffectant les forces de conseil dans nos unités dédiées à des marchés verticaux.

Quel est votre bilan pour ce premier trimestre 2009 en passe de s'achever ?

F.E. : Nous avons assisté à un démarrage plus lent de l'activité que sur la même période de 2008. Le taux d'intercontrat est ainsi passé de 3 à 4 %. En même temps, nous avons connu une bonne activité commerciale et les prises de commandes sont solides. Nous anticipons donc un premier trimestre 2009 inférieur à son homologue de 2008 en termes de niveau d'activité, ce qui s'explique aussi par un nombre de jours facturables moindre. Mais nous pensons être en mesure de revenir en ligne avec nos objectifs sur l'ensemble du premier semestre (soit un maintien du CA entre 2008 et 2009, ndlr).

Offshore, quasi gel des salaires (moins de 1 % de progression de la masse salariale de Steria France en 2008) : est-ce que les SSII, qui il y a quelques mois seulement parlaient de guerre des talents, n'envoient pas un message très déprimant aux jeunes qui pourraient être tentés par ces métiers ?

F.E. : Je crois au contraire que nous envoyons un message très positif. Au fil de cette crise, les services vont démontrer que l'IT est devenu un secteur vital pour l'économie. Un investissement essentiel pour les entreprises, y compris en période de crise. Je pense que vous n'assisterez à aucune faillite dans les SSII ; tous les secteurs ne pourront pas en dire autant.

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