Som Mittal, Nasscom : «L'Inde est devenue plus qu'une base arrière offshore»

Rencontré en exclusivité à l'occasion d'un passage à Paris, le président de la chambre syndicale des SSII indiennes, explique que l'Europe continentale, dont la France, fait aujourd'hui figure de priorité pour les prestataires indiens. Même si ces derniers doivent privilégier, selon lui, le partenariat avec des acteurs locaux pour accéder aux grands comptes hexagonaux.

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En France, les grands comptes utilisent moins l'offshore que leurs homologues anglo-saxons. Constatez-vous un rattrapage?

Som Mittal : L'offshore en Inde était plus naturel pour les entreprises américaines et anglaises. Mais nous voyons le changement s'opérer aujourd'hui dans des pays comme la France. Mais je dirai qu'il ne s'agit plus tant d'offshore, où la réduction des coûts est le moteur principal, mais de bâtir une chaîne globale de fourniture de services. Dans ce schéma, c'est plutôt l'accès aux talents qui guide les investissements. Si les entreprises veulent réduire la temps de mise sur le marché de leurs produits, elles doivent utiliser des ressources situées partout dans le monde.

Aujourd'hui, l'Europe continentale représente 12 % des exportations indiennes de services informatiques (BPO inclus, ndlr) ; la France à elle seule pesant 2 à 3 %, en incluant les activités des SSII françaises dans notre pays. Et cette part de notre activité croit plus vite que nos exportations à destination des pays anglo-saxons, avec une croissance de 55 %, contre 30 % pour les Etats-Unis. Des SSII comme Capgemini, Steria, Sopra et même Atos-Origin investissent beaucoup en Inde. Leur présence sur place s'élargit rapidement.

Pensez-vous que les grands acteurs indiens puissent sortir du rôle de sous-traitant pour traiter en direct avec de grands comptes hexagonaux?

S.M. : Chaque pays doit développer son propre modèle. Je crois qu'en France, le modèle dominant sera le partenariat. Comme on l'a vu récemment chez ArcelorMittal. N'oublions pas également que l'Inde est en train d'émerger comme un marché à part entière, un marché qui intéresse les sociétés françaises.

Voir l'intégralité de l'interview sur la présence des SSII indiennes sur les marchés européens (Som Mittal, à droite, est accompagné de Mukesh Aghi, Pdg de Steria Inde):
 

Quel est l'impact de la crise financière sur l'activité du secteur IT indien?

S.M. : En fait, il y a eux ou trois facteurs simultanés qui se conjuguent : la crise du crédit, l'envolée des prix du pétrole, l'inflation des denrées alimentaires. Ce qui crée des incertitudes sur le marché. Tout changement dans le monde a un impact sur notre activité. Car, comme je l'ai déjà dit, nous ne sommes plus une base arrière offshore, mais un maillon d'une chaîne globale. Nous nous attendons à une réduction de notre croissance, de 28 à 29 % en 2007, celle-ci devrait tomber dans un fourchette comprise entre 22 et 24 % en 2008.
Reste que la tendance de fond est bonne : dans le monde, nous assistons à une pénurie de compétences techniques et, dans le même temps, la durée de vie des produits et des modèles économiques se réduit. Toutes les organisations ont donc besoin de davantage de compétences techniques. La pyramide des âges en Inde reste très favorable : 60 % de notre population a moins de 30 ans.

Voir, en intégralité, les commentaires de Som Mittal sur les perspectives économiques:

Pouvez-vous former plus d'ingénieurs qu'aujourd'hui?

S.M. : L'éducation est fondamentale pour la famille indienne, qui est prête à y consacrer beaucoup de moyens. Mais le problème que nous rencontrons tient davantage à l'inadéquation des formations aux attentes de nos entreprises, qui doivent consacrer d'important moyens à l'adaptation des compétences. Notre objectif est d'adapter notre système éducatif, pour former des personnes directement employables.

Quelle est la croissance des salaires dans l'IT en Inde? Avec cette croissance, ne craignez-vous pas que le moteur principal de votre croissance - le différentiel de salaires - ne s'éteigne?

S.M. : Pour les employés en place, la croissance des rémunérations peut atteindre 30 %. En prenant en compte l'intégration de nouvelles recrues, on aboutit à une croissance de 12 à 15% au cours des années passées. Cette année, les augmentations ont été plus modérées, avec une croissance à un chiffre. Le ratio entre les salaires indiens et américains est de 1 à 5. Même si les rémunérations outre Atlantique ne progressent que de 3 %, en dollars bruts, c'est plus que la hausse en Inde.

Quels sont les pays capables de concurrencer l'Inde sur les services IT et le BPO?

S.M. : Beaucoup de pays, comme les Philippines, la Chine ou la Russie, ont des ambitions, et celles-ci grandissent. A l'Inde de continuer à travailler pour conserver son avantage en remontant dans la chaîne de valeur. Dans cette course, l'éducation sera la clef.

Voir Som Mittal sur la mondialisation de l'économie et ses conséquences sur le marché des services IT:

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