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Ces leçons que les premiers projets Blockchain nous murmurent à l’oreille

Cette année, Renault a dévoilé un PoC Blockchain réalisé en collaboration avec Viseo et Microsoft. Frédéric Panchaud, l’expert de cette technologie au sein de l’ESN, en révèle les enseignements clefs. Des règles qui peuvent - et doivent - être transposées à tous les projets Blockchain.

En juillet 2017, le Groupe Renault annonçait qu’il avait réalisé un carnet d’entretien unique et infalsifiable basé sur un protocole Blockchain. Ce carnet offrira demain au client la possibilité d’enregistrer et conserver toutes les informations concernant son véhicule. Au-delà de ses objectifs business propres, ce projet mené avec Viseo et Microsoft a - et continue - de susciter un très grand intérêt de la part de nombreux interlocuteurs. La plupart sont issus de l’automobile, mais beaucoup d’acteurs d’autres secteurs (retail, agroalimentaire, équipements, etc.) se montrent aussi intéressés. Le plus souvent, ils souhaitent savoir pourquoi et comment (et combien) ?

Notons également que ces questionnements proviennent du monde entier : France, Europe, Asie et USA - ce qui tend à prouver que la France est une zone « observée » dans le domaine Blockchain.

Pour des raisons de confidentialité, je ne peux pas rentrer dans des détails stratégiques ou dans les choix de réalisation de ce projet en cours. Mais ce que je peux en dire sans trahir de secret, c’est qu’il fait apparaitre des grandes règles qui – me semble-t-il - s’appliquent à tous les projets Blockchain (ou tout au moins ceux que j’ai vu se réaliser chez Viseo).

Pourquoi faire un projet blockchain ?

Le premier enseignement est de savoir – avant toute chose - dans quel cas faire appel de la Blockchain. Cette question n’est pas innocente.

Trois grandes réponses peuvent y être apportées.

1 - Pour être à la mode. Après tout, pourquoi pas ? Buzzword toujours aussi puissant, Blockchain permet de faire de la communication et est une source de motivation. Principal écueil de cette stratégie, elle va produire un « truc » qui va marcher (normalement) et puis plus rien.

2 - Pour tester la technologie : la blockchain c’est beaucoup de nouveautés. Pour les techniciens, il y a moyen d’expérimenter pendant des jours. Mais quel bénéfice pour l’entreprise ?

3 - Pour améliorer, compléter ou changer mon business. C’est une question de bon sens : seul va compter le cas d’usage dans votre business.

Avec un bon cas d’usage, vous pourrez cumuler les trois et être à la fois à la mode, tester la technologie et chercher à gagner de l’argent avec la Blockchain.

« Les phases d’idéation montrent que la Blockchain n’a d’intérêt que dans 50% des cas »
Frédéric Panchaud, VISEO

Lors des phases d’idéation,  il ressort que le recours à la Blockchain n’a d’intérêt que dans 50% des cas par rapport à une autre solution technologique. Il faut également garder les pieds sur terre. Attendez-vous à des « ruptures réalistes ». Certaines promesses de "révolutions" dans des secteurs à multiples acteurs ont plutôt tendances décrédibiliser ceux qui les font.

Dans le cas spécifique de Renault, les chefs de projets avaient fait un choix fort, à savoir mettre la Blockchain au service du client.

La concrétisation vaut compréhension

Pour autant, entre la demande initiale et le prototype final dévoilé par Renault et Viseo, le périmètre a assez largement évolué. Ce qui révèle un autre principe fort des projets Blockchain.

Petite mise en situation. On nous demande régulièrement une « punchline » qui permette d’appréhender aisément l’écosystème Blockchain. Ma réponse à cette question est que la Blockchain est « l’internet de la valeur et de la transaction ». Mais maintenant, replacez-vous en l’an 2.000 et demandez-vous si vous seriez capable d’expliquer en trois mots le potentiel énorme d’Internet à des interlocuteurs qui ne le connaitraient pas.

La situation actuelle est assez similaire pour les Blockchains (car on devrait parler « des » Blockchains et non de « la » Blockchain).

Dès lors, dans la réalisation de votre projet, il est particulièrement pertinent de prévoir des présentations régulières avec des « opérationnels métiers » qui, au fur et à mesure de l’avancement, vont mieux comprendre ce qu’il est possible de faire, mieux se projeter dans leur quotidien et in fine faire des propositions.

Besoin pertinent et UI cohérente : les deux bases d’un bon projet Blockchain

Outre une organisation projet adaptée, cela induit deux « obligations ».

Au risque de me répéter, la première exigence est d’avoir un cas d’usage pertinent de base. Il constituera le socle de votre projet que vous pourrez enrichir. Par expérience, je déconseille fortement l’exploration à la « on verra bien ce que l’on aura » sous couvert de méthode agile.

La deuxième exigence que les PoCs ont révélée, c’est qu’il faut prévoir un investissement cohérent dans les interfaces utilisateurs. Certes, ce n’est pas une spécificité propre aux projets Blockchain : pour qu’un utilisateur – d’application ou autre - se projette, il lui faut des interfaces adéquates. Mais ne l’oubliez pas. Vous pouvez penser que vos collègues (les premiers clients à convaincre) n’auront pas de difficultés à utiliser vos prototypes en mode console ou que le skyblog proposé par votre partenaire est largement suffisant, mais - a minima - vous aurez un problème de crédibilité interne.

Dans le cas du projet Renault, tout en intervenant avec pragmatisme, une UX et un graphiste (entre autres personnes) sont intervenues pour concevoir et livrer un Front professionnel, qui soit convaincant pour tous les interlocuteurs et les clients.

Peut-être vous demandez vous pourquoi investir dans le Front d’une technologie dont vous avez compris qu’elle allait surtout vous permettre de fluidifier et d’automatiser vos processus de backoffice ?Il est vrai que les études des différents cabinets promettant une baisse de 40, 50 ou 60 % des coûts de ces procédures.

La réponse est simple : « Parce que vous ne pouvez pas faire de projet Blockchain tout seul ! »

Point de Blockchain sans écosystème ni gouvernance

Il ressort des premiers prototypes de déploiements de Blockchain que deux autres mots clés de vos projets doivent être « écosystème » et « gouvernance ».

Ecosystème, car si vous avez la maitrise sur tous les sujets dans votre projet Blockchain, c’est probablement que vous pouvez faire la même chose avec une autre technologie plus adaptée.

Pour exploiter la Blockchain au maximum, il faut constituer un écosystème - souvent avec des co-opétiteurs

Pour que vos projets exploitent au maximum les possibilités d’une Blockchain, il va falloir que vous constituiez un écosystème cohérent, souvent avec des co-opétiteurs. De fait, la question de la gouvernance va devenir primordiale.

Le groupe Renault a parfaitement compris cette dimension. « A terme, cette technologie pourrait nous permettre d’apporter de nouveaux services à nos clients dans un nouvel écosystème (assureurs, concessionnaires, commerciaux) », témoigne Elie Elbaz, Directeur Digital & Véhicule Connecté du constructeur.

Le projet de carnet d'entretien dématérialisé de Renault, basé sur la Blockchain

Conclusion : Blockchain est avant tout une opportunité métier

On le voit, les projets blockchain nécessitent – encore plus que d’autres - de la motivation et de la réflexion. Mais ces exigences sont la contrepartie d’un potentiel énorme, en particulier dès lors que l’on se focalise sur le client final et non pas sur son interne.

Enfin, il ne vous aura pas échappé – en lisant cette analyse - que l’on peut parfaitement témoigner d’un projet Blockchain « reconnu » sans nécessairement adresser de considérations technologiques. Là encore la raison en est simple : Blockchain est une opportunité métier, pas une contrainte SI.

Dernière mise à jour de cet article : novembre 2017

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