Ce 24 janvier, le Macintosh fêtera ses 25 ans, un quart de siècle d’une vie comparable à tout, sauf à un long fleuve tranquille, et notamment marquée par le désaveu des utilisateurs en entreprise, hormis quelques bastions tels que les arts graphiques.
Contre toute attente, le Mac semble néanmoins reprendre pied dans les entreprises. Selon l’analyste Laura Didio, du cabinet Itic, près de 80 % des entreprises nord américaines ont intégré des Mac à leur parc de postes de travail ; et 68 % prévoient d’étendre cette présence d’ici la fin 2009. Enfin 23 % de ceux qui utilisent des Mac dans un cadre professionnel en ont plus de 50 en production. En juillet dernier, sur le Vieux Continent, c’est l’éditeur allemand Axel Springer qui offrait à Apple un projet de vaste ampleur, idéal pour sa communication, en décidant de migrer sur Mac ses 10 000 collaborateurs.
Un écosystème dynamique
Le salon Macworld Expo, qui s’est déroulé début janvier à San
Francisco, illustrait bien cette tendance, avec un écosystème d’éditeurs au
dynamisme clairement retrouvé. Autour d’un Apple qui s’est contenté d’une petite
pensée pour les professionnels, se pressaient de nombreux éditeurs plus
concentrés que jamais sur une population longtemps délaissée. Parmi eux, on
pouvait relever notamment Cisco, avec la version iPhone de son service de
téléconférence WebEx, Callwave, avec
son service concurrent Fuze,
CHI Software, avec son outil de GED DocMoto, l’outil de comptabilité Connected, d’Accountek, mais aussi le PGI Open Source
xTuple, les outils de GRC de Ntractive, plusieurs solutions pour points
de vente… Mais aussi de nombreuses solutions d’administration de postes de
travail sous Mac OS X, y compris en environnement hétérogène, tels que celles
de FileWave, de Kace, de JAMF
Software, de Likewise, ou encore de LanDesk et de LanRev.
Un administrateur système, croisé dans les allées du salon, explique sa présence, sous couvert d’anonymat : « nous utilisons essentiellement des machines sous Windows 2000/XP, mais les équipes créatives et du marketing utilisent des Mac. Pour les PC sous Windows, on utilise SMS (Systems Management Server de Microsoft, ndlr). Pour les Mac, on connaît la solution d’Apple, Apple Remote Desktop, mais c’est tout. » Un autre raconte que, chez HSBC, où il a travaillé un temps, « les Mac étaient administrés par leur propre département informatique. » En dehors de toute administration centralisée et sans la moindre automatisation… Face à ce niveau d’artisanat élevé, tous deux regardaient avec intérêt les solutions centralisées d’administration de parcs hétérogènes présentées sur Macworld Expo.
D’autres éléments peuvent être vu comme des indicateurs de la bonne santé de l’écosystème Mac professionnel : VMware a par exemple édité, en novembre dernier, un guide pour les déploiements de Fusion (permettant d'exécuter des applications Windows sous Mac OS) de grande envergure ; surtout, des investisseurs flânaient de stand en stand à la recherche d’éditeurs de solutions d’administration de parcs Mac dans lesquels injecter quelques fonds.
Des éditeurs enthousiastes
Chez Kace, Kenneth Ross, chef de produit pour l’appliance
d’administration de parcs de postes de travail Kbox, l’affirme
ouvertement : « bien sûr, la majeur partie des postes de travail de
nos clients fonctionnent sous Windows, mais on vient de plus en plus nous voir
pour demander des solutions pour administrer des Mac. » Et même des
iPhone ! La Kbox vient d’ailleurs de s’enrichir d’un module de déploiement
et de configuration d’iPhone capable, aussi, d’en assurer le suivi et
l’inventaire. Kenneth Ross anticipe « une bonne croissance de
notre base installée […] Nous allons retourner voir des entreprises que nous
n’avions pas pu toucher jusqu’ici faute de compatibilité avec Mac OS X. »
Serguei Beloussov, PDG de l'éditeur Parallels, explique quant à lui percevoir une progression de la demande en environnement professionnel, dans le monde de l’éducation, « un marché traditionnel », des administrations publiques, des métiers de la création, mais aussi dans l’industrie SI – « développeurs, administrateurs système, prestataires de service, etc. » Chez VMware, Serge Robe, directeur marketing produits pour la plate-forme Mac OS X, assume pleinement un « focus entreprises : Fusion n’est pas qu’un produit grand public. »
Du grand public à l’entreprise
Mais, pour l’essentiel, le Mac reviendrait dans l’entreprise
un peu à l’insu des directeurs informatiques, voire contre leur volonté, un peu
à l’instar
de l’iPhone.
Pour Serguei Beloussov, « la majorité de nos clients achètent Parallels Desktop à titre personnel, pour des besoins professionnels, afin de pouvoir continuer d’utiliser leurs applications métier avec un seul ordinateur. » Serge Robe (VMware) ne le contredira pas : « beaucoup de personnes sont passées du PC au Mac […] La première étape, pour nous, était d’offrir une solution leur permettant d’accéder aux applications métiers de l’entreprise. » Et assurément, « le Mac rentre en entreprise […] Mais la poussée vient essentiellement de la base. » Même s'il existe bien sûr quelques contre-exemples : « Je peux prendre le cas du Cern, à Genève, où beaucoup de physiciens utilisent VMware Fusion. Nous avons des projets en cours, sur lesquels il m’est impossible de communiquer pour l’instant […] Ce sont des déploiements qui se comptent en plusieurs centaines de postes […] En Amérique du Nord, en Europe, dans les Emirats Arabes, etc. » De quoi permettre en tout aux ventes de Fusion de s’inscrire dans une tendance de « croissance à deux chiffres. En Europe, on attaque aussi les marchés verticaux, comme la santé, les architectes. Là, la demande est énorme. »
Peter Frankl, fondateur et directeur exécutif de Lanrev (administration de postes de travail),
explique, de son côté, que la création de l’Enterprise
Desktop Alliance (consortium de promotion du Mac en entreprise), répond d’abord à une demande d’utilisateurs :
« sur un salon, un PDG est venu nous voir pour nous expliquer qu’il
utilisait nos outils pour gérer un parc hétérogène, avec des Mac, et que nous
devrions faire savoir que ça marche. » Et d’évoquer à son tour l’exemple d’une
entreprise dont le Top 4 de la direction a décidé de passer au Mac, imposant à
sa direction informatique de trouver une solution pour les gérer de manière
intégrée avec le reste des postes de travail, sous Windows. Mais existe-t-il des
chiffres permettant de valider ces expériences ? « Si vous en avez, nous sommes preneurs ! »…
Un image négative bien ancrée
En France, 44 % de nos lecteurs considèrent désormais que le
Mac est prêt
à revenir en entreprise. Mais, sur le terrain, la machine continue de souffrir
d’une image plutôt négative. Certains mythes relatifs à la compatibilité ont
encore la vie dure. Mike Tedesco, chef de produit à la division Macintosh de
Microsoft, le reconnaît lui-même : « la question de la compatibilité
entre Office:Mac et Office pour Windows reste une question largement
posée. » Un intégrateur de l’ouest parisien explique qu’on lui oppose les arguments classiques : « c’est trop cher » ; « le coût d’achat prime sur le
TCO » ; « la logithèque n’est pas assez importante ». La
virtualisation aide, « notamment pour l’accès aux applications verticales
ou à certains outils d’administration », mais les PME restent
prudentes : « on trouve quelques achats personnels. » Dans les
grands comptes, « ça s’étend ; j’en ai déjà installé à un directeur
général et à son assistante. » Et puis le Mac traine l’image d’une machine
à l’utilisateur indépendant, auto-géré, imperméable à l’administration
industrialisée du poste de travail. Certaines initiatives, telles que les
conférences Mac@Work, sont tout de même l’occasion de faire une certaine
éducation.
Apple montré du doigt
Pour Serguei Beloussov (Parallels), « l’un des gros défis tient au fait
qu’Apple ne s’intéresse pas, officiellement, aux entreprises. […] On en parle
avec eux, mais Apple est une entreprise parfois têtue. » Le son de cloche est plus positif chez VMware où
Serge Robe estime que « oui, Apple aide. » Les revendeurs
hexagonaux que nous avons pu interroger sur le sujet sont bien loin de partager
cet optimisme. Très critiques, certains n’hésitent à pointer du doigt une
organisation de la firme, en France, inadaptée au marché des entreprises :
« à partir du moment où l’on a été confronté à Apple France, on sait à
quoi s’en tenir », lâche l’un, avant de préciser que « Apple est une
boîte noire, qui n’offre aucune visibilité sur ses projets, alors que les entreprises
ont besoin de confiance pour leurs investissements. » Pour lui, chez
Apple, à Paris, « on trouve quelques commerciaux, quelques artistes,
quelques communicants, mais c’est tout. » Et c’est
sans compter avec une presse professionnelle qui, selon un autre partenaire de
la firme à la pomme en France, « ne connaît pas le Mac. » Dommage,
s’attriste alors l’éditeur indépendant de PGI multi-plateformes EquaPRO, car « l’essentiel de notre
nouveau chiffre d’affaires se fait sur Mac. »















