Microsoft / Yahoo : silence et scénarios de sortie de bluff

Le silence est assourdissant. Après avoir défrayé la chronique durant deux mois d’un jeu de dupes dont personne ne peut, pour l’instant, se proclamer vainqueur, Microsoft et Yahoo se murent dans un silence qui n'est certainement pas synonyme d'inaction. Revue des hypothèses possibles de dénouement du feuilleton.

Quelques jours après la fin de l’ultimatum fixé par le sanguin Steve Ballmer – patron de Microsoft - au très résistant Jerry Yang – patron et cofondateur de Yahoo -, le projet de rachat du premier sur le groupe créé par le second est au point mort et trois scénarios sont désormais possibles : les deux parties – cette fois en discutant plus directement et plus discrètement – aboutissent à un compromis et les conseils d’administration se mettent d’accord ; Microsoft joue la carte du « proxy fight » et parie sur la pression de l’actionnariat de Yahoo sur son conseil d’administration et plus précisément sur un isolement de Jerry Yang pour emporter l’affaire ; l’éditeur de Redmond renonce et cherche un autre moyen de refaire son retard sur le web et sur Google, tandis que Yahoo s’isole au risque de se morfondre.

A l'amiable : le scénario le plus difficile

Si l’accord amiable n’est pas le plus probable des scénarios, les dernières informations concernant les relations entre les conseils des deux sociétés montrent, qu’au moins du point de vue des avocats, il reste une petite chance. La semaine précédent l’ultimatum, les échanges ont été importants de sources proches du dossier.

Pour qu’un accord soit trouvé, il faudrait sans doute que Microsoft accepte de rehausser son offre. D’abord parce que l’annonce de ses velléités de rachat a déjà fait faire un saut à l’action Yahoo, rendant la prime à la vente finalement un peu moindre. Ensuite parce que les résultats trimestriels de Yahoo se sont avérés plutôt meilleurs que prévu par les analystes, confortant ceux qui plaident pour une valorisation supérieure du portail. Enfin parce que, justement, une partie du conseil d’administration semble prête à calmer un peu les ardeurs résistantes de Jerry Yang, pour peu que l’opération devienne un peu plus lucrative.

Reste que Microsoft a plusieurs fois expliqué que le prix proposé était le bon et qu’il ne reviendrait pas dessus. Au contraire, ce jeu sur la valorisation pourrait bien favoriser l’émergence d’un deuxième scénario.

Le verdict des actionnaires : le scénario le plus probable

Lobbyiste habile, Microsoft peut choisir de jouer la montre et d’attendre une assemblée générale qui finira bien par arriver pour déstabiliser Jerry Yang et son conseil d’administration. La dernière réunion de l’ensemble des actionnaires de Yahoo s’est déroulée en juin 2007. Normalement une nouvelle assemblée doit donc être réunie sous moins de deux mois. Et Microsoft pourrait se saisir de l’occasion pour communiquer sur son offre et sur le risque qu’un échec ferait encourir à Yahoo et surtout à son cours en bourse. Depuis le début des opérations, à aucun moment, Yahoo n’a paru en effet en mesure de proposer une stratégie totalement autonome, voire alternative.

Le portail a cherché par tous les moyens à prendre langue avec quiconque pourrait s’avérer un contrepoids à Microsoft. Sans succès. News Corp a renoncé et, au contraire, s’est rapproché de Microsoft. Time Warner est empêtré dans AOL et si un montage entre les deux structures a - semble-t-il - été envisagé, rien de concret n’en est jamais sorti.

Enfin, Yahoo a très vite reçu un soutien appuyé de la part d’un Google néanmoins impuissant. Le moteur de recherche monstre – en fait véritable cible de l'offensive de Microsoft – vient d’achever le rachat de la régie publicitaire Doubleclick. Un rapprochement avec Yahoo attirerait sans doute sur l’ensemble les foudres des autorités antitrust de la planète. Déjà, le partenariat actuellement à l’essai entre Yahoo et Google (consistant à confier au second la vente d’espace sur le moteur du premier) est jugé comme suspect et fait l’objet d’une enquête aux Etats-Unis.
Du coup, Yahoo isolé pourrait bien tomber comme un fruit mûr au début de l’été.

Le renoncement : la conclusion toujours possible

Reste l’hypothèse de l’échec. Au fur et à mesure que la tension montait et que l’échéance fixée par Ballmer approchait, c’est celle qui a commencé à circuler à l'instigation même de Microsoft, sans que l’on sache bien s’il s’agissait d’un repositionnement stratégique ou d’un ultime coup de bluff. Dans ce cas là, pour Yahoo il pourrait s’agir d’une victoire à la Pyrrhus.

Une stratégie resterait encore à inventer, certainement du côté de l’ouverture de sa plate-forme et des réseaux sociaux comme les mouvements continus des dernières semaines le laissent à penser. Mais le portail n’est pas en avance et la compétitivité de son activité publicitaire est mise à mal par la rentabilité toujours plus solide de Google, le leader incontesté sur ce modèle économique. Celui-ci l’optimise au mieux comme le montrent ses derniers résultats trimestriels, enregistrés alors que la croissance du taux de clics sur les publicités a sévèrement ralentie, selon Comcast.

Côté Microsoft, la semaine passée a permis d’entrevoir plus précisément l’avenir. L’éditeur à fait feu de tous bois autour de Software Plus Services, le SaaS à la sauce de Redmond, cher à Ray Ozzie, son architecte logiciel en chef.

Des journalistes ont été reçus en grande pompe pour un tour d’horizon sur le sujet qui est réellement apparu comme « la manière d’arriver à nos fins sans problèmes et sans avoir à racheter Yahoo ». Et, par conséquent, de contrer la menace Google. Au moment où sortait l’offre autour de Dynamics CRM et où débutaient les tests sur Office en mode hébergé, Kevin Turner, directeur général du groupe, a évoqué trois options de diffusion des futurs outils de Microsoft, au choix de l’utilisateur : soit le déploiement classique d’un logiciel ; soit l’accès en mode abonné à une plate-forme d’hébergement administrée par Microsoft ; soit, enfin, l’accès à ce même type de plate-forme mais cette fois via l’un des dizaines de milliers de tiers partenaires Microsoft. Yahoo ou pas Yahoo, le monde est censé entendre pas mal de bruit à ce sujet « dans les 12 prochains mois ».

Reste que Microsoft continue de payer son ratage initial sur les technologies web puis web 2.0 et court toujours derrière Google, Salesforce.com et peut-être demain les services fondés sur la sociabilisation. La manière dont Yahoo – quoi qu’il advienne – aura pu se refuser ouvertement au numéro un de l’édition pendant plusieurs semaines montre, s’il en était besoin, l’incapacité de Redmond à imposer sur la toile et les services en ligne le niveau d’influence qu’il a pu avoir dans un monde de disquettes d’installation de logiciels propriétaires.

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