Troisième trimestre en SSII : jusqu'ici, tout va bien

Première alerte pour les SSII, qui, ici ou là, laissent apparaître des signes de ralentissement dans leurs chiffres du troisième trimestre. Reste que, pour l'heure, les fleurons du service à la française se portent encore très bien. Certaines, comme Steria ou GFI, montrant même des signes d'amélioration.

Les trimestres se suivent et se ressemblent. En tout cas pour l'instant. Car, malgré les anticipations des marchés boursiers qui sanctionnent depuis la mi-septembre toutes les valeurs des services informatiques, les SSII continuent d'afficher des croissances très soutenues. Mieux, certaines sociétés convalescentes - comme GFI ou Steria - semblent aller mieux et avoir - au moins pour partie - aplani les difficultés qui freinaient leur progression.

Et il est peut être temps. Car, si les chiffres restent bons, quelques indices laissent augurer de trimestres plus difficiles pour les acteurs du service : ralentissement de la croissance pour tous les acteurs, stabilisation des effectifs (par exemple chez Devoteam), tassement du conseil (un indicateur classique lors d'une crise).

Reste que, si le marché semble plus tendu, il ne montre pas de signe d'effondrement brutal, contrairement à ce qui s'était passé en 2001. En l'état actuel des choses, les prévisions des principaux cabinets d'étude et du syndicat patronal Syntec Informatique semblent donc refléter l'évolution du marché. Mais l'heure de vérité se situera plutôt lors de l'annonce des chiffres du quatrième trimestre, la crise s'étant réellement enclenchée à la mi-septembre, lors de la faillite de Lehman Brothers. Trop tard pour réellement impacter le troisième trimestre.

1) Les locomotives

Sopra. Bien sûr, la croissance de la SSII dirigée par Pierre Pasquier se tasse un peu : 10,7 % (en organique), contre 12,3 % au premier semestre. Mais la progression en France reste impressionnante, avec une branche intégration de systèmes qui frôle encore les 15 % de croissance organique. L'éditeur Axway, lui aussi, connaît une forte progression, supérieure à 13 %, soit un niveau supérieur à celui enregistré au cours des six premiers mois de l'année.

Par contre, l'activité d'intégration européenne, qui stagne (+0,2 % contre +6,6 % au premier semestre), ainsi que le conseil en management (-1,1 % contre +8,8 %) enregistrent une dégradation rapide.

Malgré ce coup d'arrêt sur deux activités pesant un peu moins de 25 % des 258,5 millions engrangés par la société, Sopra se dit "confiant" dans sa capacité à dépasser sur l'ensemble de l'exercice la croissance moyenne du marché. Avec des objectifs de marge maintenus, même s'ils pourraient être "légèrement impactés par des reports de signatures " supérieurs au niveau habituel en matière de licences, prévient le groupe dans un communiqué.

Devoteam. Au troisième trimestre, la SSII réalise un CA de 106,2 M€ en progression de 17 %, là où la croissance sur les six premiers mois se montait à 37 %. La marge d’exploitation, elle, s'établit à 8 M€ (7,5 % du CA, en progression de 0,2 point). Dans un communiqué, Devoteam explique qu’avec une croissance de 28 %, dont 23 % en organique, l’activité à l’international (51 M€ de CA) est tirée par le Benelux et la Scandinavie. Le chiffre d’affaires en France s’établit à 55 M€ sur le trimestre, en croissance organique de 9 %.

Reste que les frères de Bentzmann, qui contrôlent la SSII, avancent avec prudence et expliquent que « dans un contexte macroéconomique plus incertain, Devoteam adopte une politique de recrutement plus prudente au deuxième semestre 2008 et stabilise son effectif à 4 250 collaborateurs ». Un signe clair que la SSII s'attend à des jours plus difficiles, même si Devoteam confirme pour ses objectifs pour 2008.

2) Dans la moyenne

Capgemini. Après un premier semestre de bonne facture - où l'activité en France a progressé de 7 % -, le première SSII hexagonale signe encore un troisième trimestre très satisfaisant. Avec une croissance dans l'Hexagone de 6,3 %. Globalement, le groupe, qui a engrangé environ 2,1 milliards de chiffre d'affaires sur ce trimestre, voit son activité progresser de 0,5 %. Mais cette croissance modeste dissimule les effets de change dont est victime Capgemini, qui facture 40 % de ses prestations en dollars ou en livre sterling. A taux de change constant, le progression s'établit à 6,1 %, avec quelques géographies en souffrance. Sans surprise, l'Amérique du Nord est ainsi à la peine avec tout de même une progression de 1,1 %.

Comme au premier semestre, Sogeti connaît la progression la plus soutenue (+10 %). L'externalisation est elle aussi en progrès rapide (+8,6 %), tandis que le conseil ralentit. Certainement le signe d'une modification de la demande des entreprises, conséquence de la crise. Sans pour autant que cette transformation se traduise sur le volume d'activité : la SSII affiche un carnet de commandes de 1,99 milliard d'euros, en progrès sur un an.

Malgré ces premiers signes, Capgemini confirme ses objectifs annuels, soit un chiffre d'affaires en hausse de 4 à 5 % et surtout une marge opérationnelle de 8,5 %.

GFI. Une croissance organique de 5,5 %, et même de 6,5 % en France. Avec 180,6 millions d'euros, GFI signe un troisième trimestre solide, montrant même une amélioration de la situation dans des pays où le groupe a connu des difficultés, comme l'Italie ou l'Espagne. Jacques Tordjman, le Pdg, se dit donc « confiant dans notre capacité à atteindre nos objectifs de croissance du chiffre d'affaires et d'amélioration du résultat opérationnel sur l'année 2008 ». Rappelons que la SSII vise, pour 2010, un milliard d'euros de chiffre d'affaires et une rentabilité au-delà de 9 %. Toutefois, dans son communiqué, GFI souligne les incertitudes entourant la demande en provenance de secteurs comme la banque, l'industrie et le tourisme.

Logica. 6 % de croissance en France. Au troisième trimestre, l'ex Unilog fait un peu moins bien qu'au premier semestre. Et reste en deçà du niveau enregistré par le groupe (+ 7 %). La filiale hexagonale totalise sur les trois mois un chiffre d'affaires très proche de 200 millions d'euros. Une bonne partie de la progression de ce dernier (90 %) provient de la mise en route du contrat d'outsourcing applicatif de Michelin. Logica souligne la bonne résistance de secteurs dits défensifs, comme l'énergie ou les services publics.

Atos-Origin. Une croissance qui ralentit (à 5,3 % contre 6,4 % au premier semestre), pour un chiffre d'affaires de 1 329 millions d'euros. Les chiffres annoncés par Atos-Origin confirme le redressement du conseil (+ 11,2 %) et la bonne tenue de l'intégration de systèmes (+ 5,2 %). Par contre, le groupe enregistre quelques difficultés dans son activité infogérance, notamment aux Pays-Bas et en Allemagne. En France, la croissance globale dépasse les 6 %.

Le groupe a confirmé son objectif de croissance du chiffre d'affaires 2008 (+ 5 %). Par contre, les objectifs de marge ne seront tenus que sur 95 % du périmètre du groupe "excluant les géographies non stratégiques en cours de cession", a révélé la société. "Les géographies non stratégiques connaîtront une légère perte opérationnelle en 2008", précise Atos-Origin dans son communiqué.

Ces premières difficultés - encore circonscrites - ont suffi à justifier le départ du président du directoire, Philippe Germond, remplacé par l'ex ministre Thierry Breton. Une façon pour les fonds d'investissement présents dans le capital de la SSII de régler leurs différends avec Philippe Germond après la rocambolesque assemblée générale de mai dernier.

3) Les convalescents

Steria. Après avoir tardé à digérer Xansa (avec notamment des reports de contrat en Grande-Bretagne) et avoir peiné à transformer ses activités en France, Steria se porte mieux. Juste à temps pour affronter la crise. Pour son troisième trimestre 2008, la SSII a enregistré un chiffre d'affaires de 427,7 millions d'euros ainsi qu'une croissance organique de 3,9 %. Là où au trimestre précédent, elle affichait un recul de 0,6%. Ce léger mieux suit une série de mauvaises nouvelles : recul du chiffre d'affaires, avertissement sur résultat en octobre (avec une marge opérationnelle revue à 7,5 % contre 7,8 % auparavant).

Dans un communiqué, la SSII explique que « ce rebond touche aussi bien les activités de conseil et d’intégration de systèmes (+ 4,9 % à comparer à - 0,4 % sur le premier semestre) que les activités d’infogérance et de Business Process Outsourcing (+ 2,3 % à comparer à - 0,7 % sur le premier semestre) ». Les activités en France connaissent elles aussi le retour à la croissance, avec un bond de + 5,1 %.

Groupe Open. En passe d'intégrer le top 10 des SSII en France, via le rachat des minoritaires de Teamlog et celui du nordiste Sylis, Groupe Open se trouve confronté à la mutation rapide de la demande des entreprises, comme le confirmait récemment dans nos colonnes le co-président du groupe, Guy Mamou-Mani. Principal point à surveiller pour le nouveau groupe : la décroissance rapide de la régie, au coeur des offres des trois structures qui constitueront le groupe. De facto, au troisième trimestre, sur son ancien périmètre, Groupe Open voit sa croissance chuter : avec 45,7 millions d'euros, la SSII ne progresse que de 0,6 %, contre plus de 4 % lors des deux premiers trimestres de l'année.

Une fois Teamlog et Sylis consolidés, Groupe Open pèsera environ 325 millions d'euros annuels et emploiera plus de 4 000 personnes.

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