Résultats des SSII : dolce vita en pleine crise des subprimes

Une croissance de 5 à 7 % du marché des logiciels et services, avait promis le Syntec Informatique en début d'année, alors que les nuages noirs des "subprimes" commençaient à obscurcir le ciel hexagonal. A mi-parcours, c'est déjà pratiquement acquis. D'autant que les SSII françaises ont fait mieux au deuxième trimestre qu'au premier.

On a beau scruter le moindre accident de parcours, on a beau guetter le moindre signe de pessimisme, les analystes ont beau bombarder de questions les patrons de SSII : la crise ne se manifeste pas. Paradoxe même : le deuxième trimestre 2008 aura été meilleur pour la plupart des grands noms du service français que le premier. Preuve qu'il n'y a pas aujourd'hui de réduction de l'investissement IT chez les grands comptes. Même si bien sûr quelques grands noms - on pense par exemple à Natixis et, dans une moindre mesure, à la Société Générale - ont serré ce budget là... comme tous les autres.

Alors que s'engage déjà la dernière ligne droite de l'année, avec l'échéance de l'exercice budgétaire dont les arbitrages seront connus quelque part en octobre, on sait déjà que la cible donnée par Syntec Informatique en début d'année - 5 à 7 % de croissance - sera atteinte. Très certainement, le marché des logiciels et services tutoiera même la barre supérieure. D'autant que les carnets de commandes sont bien garnis.

1) Les locomotives

Sopra. La SSII dirigée par Pierre Pasquier tourne à plein régime. La croissance atteint 13,7 % sur le semestre (12,3 % en organique) et s'est encore accélérée au second trimestre. Le groupe a réalisé sur six mois un chiffre d'affaires tout proche des 550 millions d'euros, pour un résultat net de 24,7 millions. La marge progresse elle de 7 à 7,4 % en un an.  Toutes les activités - l'éditeur Axway y compris - enregistrent de fortes progressions. A commencer par le pôle le plus important du groupe, ISS France (intégration de systèmes, outsourcing applicatif, solutions logicielles), qui, avec 338,8 millions d’euros, voit son activité bondir de 17,5 % (15,6 % en organique). "Sur la base des éléments connus à cette date, Sopra Group se montre confiant dans sa capacité à soutenir une croissance organique supérieure à celle du marché sur l’ensemble de l’exercice 2008", commente Sopra. On voit effectivement mal comment le contraire serait possible...

Devoteam. La SSII des frères de Bentzmann a dégagé, sur le premier semestre, un chiffre d'affaires de 228,4 millions d'euros (+ 37 %). Avec là encore une croissance organique qui s'est renforcée entre le premier et le deuxième trimestre. La marge d'exploitation s'établit elle à 8,2 %, contre 7,3 % un an plus tôt. Celle-ci reste toutefois largement perfectible, puisque, en France (un peu plus de la moitié de l'activité), elle ne dépasse pas les 5 %, "impactée notamment par la hausse des investissements commerciaux et un recours plus important à la sous-traitance". Devoteam a relevé son objectif de chiffre d'affaire de l'année (de 430 à 450 millions) et confirme celui concernant sa marge (proche de 9 % fin 2008).

Bull. Bien sûr, globalement, l'activité du groupe reste des plus stables : une croissance de 0,1 % en un an (à 550,6 millions au premier semestre 2008). Mais cet encéphalogramme plat masque la progression rapide des activités de services, qui ont bondi de près de 20 % sur la période, compensant le désengagement du groupe d'autres activités (comme la revente). Avec, de nouveau, une croissance plus forte au deuxième trimestre qu'au premier. A 240 millions d'euros sur la période, cette activité pèse désormais 44 % de l'activité de Bull.

2) Dans la moyenne

Capgemini. Comme ses homologues, la première SSII hexagonale émet des signaux rassurants. A commencer par une accélération de la croissance en France entre le premier et le deuxième trimestre. Globalement, sur les six premiers mois de l'année, elle s'établit à 7 %. Au niveau du groupe, l'analyse des résultats est faussé par les effets de change, Cap facturant 40 % de ses prestations en dollars ou en livre sterling. La SSII publie ainsi un chiffre d'affaires en baisse de 0,5 %, à 4,374 milliards d'euros. Mais, à taux de change et périmètre constants, l'activité progresse de 5,3 %. Par ligne d'activité, c'est encore Sogeti qui se distingue, avec une croissance de plus de 11 % et une marge opérationnelle de 11,5 %. Le conseil (+ 7,6 %) tire également les résultats du groupe.

Le bénéfice s'établit à 231 millions d'euros (+ 37,5 %). Une amélioration qui découle de la progression de la marge opérationnelle, à 7,6 %, soit 0,2 point de mieux que la moyenne constatée en 2007. La direction du groupe a profité de ces résultats pour relever ses objectifs de chiffre d'affaires et confirmer son ambition de réaliser une marge opérationnelle de 8,5 % sur l'ensemble de l'année... tout en se montrant circonspecte sur l'année 2009.

Atos. Dans la moyenne uniquement du fait de l'inertie du premier trimestre. Après avoir progressé de 5,9 % au premier trimestre, la SSII dirigée par Philippe Germond - et à l'actionnariat stabilisé par l'entrée au capital du fonds PAI Partners en juin - a confirmé son retour en forme, avec une croissance de 7,7 % (sur le périmètre excluant les activités en cours de cession). Sur l'ensemble du premier semestre, la SSII voit son activité progresser de 6,4 % (6,8 % sur le futur périmètre), pour un chiffre d'affaires total de 2,86 milliards d'euros. La marge reste en dessous de celle des concurrents, à 4,5 %. Le résultat net atteint 125 millions d'euros.

Logica. Avec 444,6 millions d'euros, Logica France, l'ex Unilog, enregistre une solide croissance de 7 % de son activité au cours du premier semestre. Ce qui témoigne d'une accélération sérieuse au deuxième trimestre ; lors des trois premiers mois de l'année l'ex Unilog s'étant contenté d'un poussif 4 %. Au cours de ce semestre, la marge opérationnelle s'établit à 7,3 %, contre 7,7 % un an plus tôt. Un recul qui s'explique par le recours accru à la sous-traitance. Un choix assumé, qui amènerait de la flexibilité à la SSII en cas de retournement de marché. Au niveau du groupe dans son ensemble, le chiffre d'affaires semestriel ressort à 2,22 milliards d'euros, en hausse de 6 % à périmètre comparable.

3) Les convalescents

GFI. Là encore, GFI a fait mieux en France au second trimestre qu'au premier : la progression des ventes ayant atteint 8,3 % (contre 7,1 % au premier trimestre). Toutefois, au niveau du groupe, la SSII reste pénalisée par des déconvenues rencontrées en Espagne, en Europe du Nord et surtout en Italie. Sur le premier semestre 2008, GFI a dégagé un chiffre d'affaires de 377,9 millions, en hausse de 13,8 %. Mais la croissance organique n'est que de 3,2 %, du fait du recul des activités à l'international (- 3,6 %). Le bénéfice s'élève à 10,5 millions d'euros, en hausse de près de 8 % sur un an. Par contre, la marge opérationnelle retombe à 6 %, contre 6,3 % un an plus tôt. Le groupe maintient les objectifs de son plan 2010 : un milliard d'euros de chiffre d'affaires et une rentabilité au-delà de 9 %.

Steria. Décroissance des activités en France, revers en Angleterre : Steria a connu une semestre "de transition" du fait des transformations induites par l'absorption de Xansa, mais la direction promet que cet épisode appartient désormais au passé. Au niveau du groupe, le chiffre d'affaires s'établit à 878,7 millions d'euros, en croissance de 35,6 %. Une progression qui résulte entièrement de l'intégration de Xansa, SSII britannique très présente en Inde rachetée en octobre 2007. A périmètre constant, le chiffre d'affaires recule de 0,5 %. La marge atteint 7,1 %, en progression de 0,8 points. François Enaud, le Pdg, se dit "serein pour la fin 2008 et le début 2009", avec, en France, une croissance de l'activité au moins égale au marché. Et une marge voisine de 8 % sur l'ensemble de l'année.

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