Résultats : Thierry Breton assure le show mais laisse Atos-Origin dans le flou

Futur de l'informatique, nouvelle gouvernance et réforme en profondeur de l'organisation : le nouveau Pdg d'Atos-Origin a fait une offensive de charme pour sa première rencontre avec la presse. Sans réellement convaincre.

C'est entouré de ses deux lieutenants, Gilles Grapinet (son ex directeur de cabinet quand il était ministre) et Charles Dehelly (un ancien de Thomson, Bull et France Télécom), que le nouvel homme fort d'Atos-Origin, l'ex ministre de l'Economie Thierry Breton, a tenu sa première conférence de presse. L'occasion pour le président et directeur général de la seconde SSII hexagonale de livrer son diagnostic sur la société qu'il a prise en main en novembre dernier, après une bataille ayant opposé deux fonds activistes (Pardus et Centaurus) à la précédente direction.

Sans surprise, le discours du nouveau Pdg s'est centré sur les marges d'Atos-Origin. Avec 4,8 % de marge opérationnelle sur l'année 2008 (hors activités cédées durant l'année), Atos-Origin figure en effet dans le dernier wagon des grandes SSII hexagonales. Loin derrière Sopra (9,1 %), Capgemini (8,5 %) et Steria (7,5 %). A 23 millions d'euros, la SSII affiche un résultat net divisé par deux par rapport à 2007. Et a décidé de ne pas verser de dividende à ses actionnaires au titre de l'exercice 2008.

Une marge "au niveau des meilleurs en 2011"

Dès lors, comment améliorer les résultats du groupe sur une année 2009 qui s'annonce ardue pour les services informatiques, alors que le crû 2008 était, lui, exceptionnel ? Pour Thierry Breton, qui s'est fixé pour objectif de relever la marge de 50 à 100 points de base dès cette année, la réponse tient en trois lettres : TOP (Total Operational Performance), un programme comprenant une vingtaine de projets d'amélioration des performances piloté par Charles Dehelly, le nouveau directeur général adjoint. Lancé le 1er décembre dernier, le programme doit donner ses premiers résultats à la fin du premier semestre, et surtout au second semestre, selon la direction de la SSII. Qui précise que la marge opérationnelle au premier semestre devrait être comparable à celle des six premiers mois de 2008. "On assistera à une accélération au second semestre", a promis Charles Dehelly. Avec pour objectif, rappelé par Thierry Breton, d'amener la marge opérationnelle d'Atos "au niveau des meilleurs en 2011".

orgaatosAutre chantier : l'organisation. Si la gouvernance du groupe a déjà été alignée sur le modèle préconisé par Thierry Breton (qui cumule présidence du conseil d'administration et direction générale), et si ce dernier a déjà défini les grandes lignes de l'organigramme avec deux lieutenants qui se partagent les fonctions transversales et les opérations (voir schéma ci-dessus), reste à améliorer le fonctionnement des unités d'Atos-Origin. "La principale faiblesse du groupe, c'est qu'il n'est pas assez intégré, a expliqué Thierry Breton. Une des raisons du manque de profitabilité d'Atos-Origin réside dans le fait que la société est trop dirigée pays par pays."

orgaatosLa nouvelle organisation (voir ci-dessus) établit une autorité hiérarchique directe des équipes du groupe sur celles des pays, notamment pour l'ensemble des fonctions de support. De même, les lignes de métiers, jusqu'alors très diluées, gagnent une autorité directe sur les centres de services et unités de production partagés - notamment offshore - ainsi que sur les chantiers d'industrialisation et de standardisation des process. La division commerciale centrale sera, elle, chargée de piloter les contrats des grands clients de la SSII ; pour l'instant, elle se contentait d'un rôle de coordination. Enfin, une division de l'innovation groupe est créée et rattachée à Gilles Grapinet. Elle fait écho au discours tenu ce matin par Thierry Breton sur le cloud computing, présenté comme l'avenir de l'IT. Sans toutefois que cette "vision" technologique ne soit accompagnée d'annonces en la matière, au moins pour l'instant.

Un copier-coller du plan Germond ?

D'où, in fine, une certaine déception. "J'ai eu l'impression de revivre l'annonce du plan 3O3 par Philippe Germond il y a dix huit mois", s'étonne Brice Thébaud, analyste financier chez Aurel BGC. Plus largement, un sentiment de flou se dégage de la présentation de ce matin ". "J'étais surpris de constater qu'on repartait de zéro en matière d'intégration des filiales. Par exemple, je pensais qu'il existait déjà en interne une organisation transversale sur SAP. Or elle a été annoncée ce matin, abonde Dominique Raviart, analyste senior au cabinet NelsonHall. On ne sait plus très bien où en est Atos aujourd'hui. Ce qui nuit à sa crédibilité".

Une déception qui renvoie au bilan de Philippe Germond. De facto, un important cadre d'Atos-Origin expliquait récemment au MagIT sous couvert d'anonymat que le plan 3O3 était largement resté théorique, "sans mise en oeuvre et sans suivi". "Le point positif, c'est que Thierry Breton semble décider à mettre la boîte sous tension", souligne Dominique Raviart. De facto, le Pdg a annoncé que la société serait pilotée non plus à l'année, mais au semestre. "Nos budgets sont désormais à six mois et conditionnent le versement du variable des rémunérations de nos salariés", a expliqué Thierry Breton.

Offshore : Atos reste timide

Autre motif de déception pour les analystes : l'offshore, vu comme une réponse par Capgemini ou Steria à la pression des donneurs d'ordre sur les prix. En retard sur le sujet, Atos-Origin semble peiner à accélérer dans la transformation de son modèle. Thierry Breton a simplement promis 1 000 salariés de plus dans les pays low cost en 2009. Portant le total à 5 500, soit 11 % du total des effectifs. Contre des taux avoisinant ou dépassant les 30 % pour les prestataires les plus en pointe sur le sujet. "De même, je suis surpris que la nouvelle direction n'ait pas parlé d'outsourcing applicatif", remarque Dominique Raviart. Un domaine où les donneurs d'ordre sont en train de réduire le nombre de leurs prestataires et de déporter une part de l'activité grandissante dans les pays à bas coût.

Pour faire face à une activité que le groupe anticipe en légère baisse en 2009 - du fait du repli attendu du conseil et de l'intégration, comme le laissait déjà apparaître le dernier trimestre 2008 -, Atos-Origin prévoit de réduire ses effectifs de plus de 51 000 salariés à 49 000 personnes en 2009. Ce qui, si on intègre la croissance des forces offshore, signifie le départ de 3 000 personnes dans les différentes filiales du groupe. S'y ajoute l'arrêt des contrats pour un millier de sous-traitants (sur 3 700). Pour mener à bien cette réduction d'effectifs, Thierry Breton affirme compter sur le seul turnover, même si celui-ci se contracte très fortement du fait de la crise selon tous les analystes du secteur.

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