Dans les smart grids, Atos-Origin tente un copier-coller de sa très rentable filiale Worldline

Répliquer le succès de Worldline, la filiale d'Atos-Origin spécialisée dans les paiements, sur de nouveaux segments. C'est le pari de Thierry Breton, le Pdg de la SSII, qui crée une nouvelle filiale dédiée à la gestion des énergies. Un segment où Atos peut s'appuyer sur sa longue relation avec EDF, dans la gestion des centrales nucléaires ou dans la mise à disposition de compteurs électriques "intelligents".

Des traitements en temps réel. Une filiale dédiée. Atos-Origin réessaye le coup de Worldline, sa filiale spécialisée dans le traitement des paiements électroniques, en créant une nouvelle entité baptisée WorldGrid et dédiée aux nouveaux modes de gestion des énergies, ce qu'en anglais on appelle souvent "smart grids". Basée sur l'expérience de la SSII en matière de systèmes de gestion des centrales nucléaires - Atos étant le partenaire historique de EDF sur ce segment -, l'offre portée par cette structure vise à s'étendre au-delà des seuls producteurs d'énergie. Comme l'explique Thierry Breton, le Pdg, "nous étions jusqu'alors concentrés sur l'amont (la production donc), mais de plus en plus la production d'électricité concernera aussi les clients finaux. Il va donc falloir gérer cette nouvelle donne". Sans oublier de cibler le volet distribution d'énergie lui-même, un domaine où Atos-Origin dispose là aussi d'une référence solide, puisque la SSII a remporté le contrat de modernisation des compteurs électriques en France, projet mené par ERDF (Electricité Réseau Distribution France).

Aujourd'hui en phase pilote, avec une première vague de 300 000 compteurs dits intelligents en cours d'installation, le projet de déploiement de ces modèles, baptisés Linky, a pour but le remplacement des 35 millions de compteurs électriques français à l'horizon 2016. Pour s'imposer sur ce marché - face à Logica, Cap et IBM -, Atos avait pu s'appuyer sur l'expérience de Sema, une SSII digérée par le groupe et qui avait bâti le précédent système de compteurs et en avait assuré la maintenance. Reste que ce projet est avant tout centré sur les télé-relevés de consommation.

Voie de retour : le réseau électrique interdit en France
Surprise : le modèle de boîtier intelligent présenté ce matin par Atos-Origin, qui se connecte à une simple prise, nécessite une connexion réseau Ethernet pour renvoyer des données aux systèmes d'information des distributeurs. Un facteur de complexité pour un déploiement chez des particuliers. Comme l'explique la SSII, il serait techniquement tout à fait possible d'exploiter le réseau électrique pour faire remonter ces données, mais cette possibilité est pour l'instant interdite par la réglementation française.
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Eviter les black-out en donnant la main aux distributeurs

Ce matin, lors d'une conférence de presse, c'est une vision bien plus large qu'a présentée Atos-Origin, par la voix de Jerôme de Parscau, l'ex-reponsable des marchés relevant du nucléaire au sein de la SSII appelé à prendre la direction de WorldGrid. Basée sur une boîte (en fait un ordinateur ultra-compact se branchant simplement sur une prise), la solution d'Atos-Origin doit offrir classiquement des éléments de gestion domotique aux consommateurs finaux, mais surtout des moyens de prévoir et d'encaisser les pics de consommation, phénomène qui fait chaque hiver craindre des black-out. "Ces boîtiers renvoient des données aux systèmes d'information centraux des distributeurs, qui ont donc l'information en temps réel ou en quasi temps réel", explique Jerôme de Parscau. Et Atos de prôner une nouvelle relation contractuelle entre distributeurs et consommateurs permettant aux premiers de désactiver à distance certains types d'appareils (comme les chauffages) à distance pendant une durée donnée, afin d'éviter un black-out total du à une surconsommation. "Ces solutions, on va commencer par les appliquer à notre propre siège à Bezons", ajoute Jerôme de Parscau, en faisant référence aux nouveaux locaux franciliens de la SSII dans lesquels les équipes de la société doivent emménager prochainement.

Une nouvelle machine ultra-rentable ?

Au total, Thierry Breton estime que sa nouvelle filiale, dont la constitution sera achevée fin juin, rapportera sur sa première année pleine environ 150 M€ de chiffre d'affaires. La société cible une croissance organique à deux chiffres, qui doit amener WorldGrid aux environs de 300 M€ en 2014. "Avec cette filiale, nous poursuivons notre stratégie de développement d'offres spécifiques à très haute valeur ajoutée, sur le schéma de Worldline. Nous pensons qu'aujourd'hui le marché est mûr sur les smart grids", plaide Thierry Breton. Une stratégie qui vise aussi à donner un peu d'oxygène à la marge de la SSII, dont le relèvement est le principal objectif de l'ex-ministre. En 2009, la filiale spécialisée dans les transactions électroniques, Worldline, a ainsi dégagé une marge opérationnelle de plus de 15 %, soit plus en valeur absolue que l'infogérance ou l'intégration, alors que ces deux entités affichent un chiffre d'affaires plus de deux fois supérieur à la filiale spécialisée dans les paiements. On comprend mieux pourquoi Thierry Breton a fait de l'internationalisation de Worldline une de ses priorités. Le Pdg prévoit d'ailleurs une implantation internationale de WorldGrid, évoquant notamment des contacts avancés avec des clients en Chine.

Signalons que la SSII n'est pas seule à cibler les smart grids, vus comme un marché en devenir par les acteurs du service. Capgemini a récemment lancé une offre sur ce sujet, après avoir remporté un projet en Suède. Un segment où IBM et Cisco ont également avancé leurs pions, prenant quelques positions en Europe. Jerôme de Parscau voit également en Google un de ses futurs concurrents (le moteur de recherche a lancé son logiciel PowerMeter, et l'a déjà testé avec plusieurs fournisseurs d'électricité et de compteurs).

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