Reportage : Hitachi entend s'appuyer sur HDS pour son développement international

A Tokyo, Hitachi a profité de sa conférence uValue qui réunissait l'ensemble des activités de l'entreprise et près de 50 000 clients pour présenter l'ensemble de ses savoir-faire. L'occasion pour LeMagIT de faire le point avec les responsables de la marque sur l'activité IT du géant japonais et notamment sur son activité dans le stockage et ses projets dans les serveurs et les offres de convergence.

Autocommutateur Hitachi 1945

1945 : Hitachi fait son entrée dans l'IT  avec son premier autocommutateur

A l’occasion de son centième anniversaire, Hitachi organisait la semaine passé à Tokyo l’exposition uValue, une conférence qui a permis de découvrir les multiples facettes d’un géant (près de 360 000 employés, soit quasiment autant qu’IBM), dont le chiffre d’affaires approche les 100 Md$ et dont les activités vont des systèmes d’information et de communication (17% du CA, 1er contributeur au CA et aux bénéfices), à la fabrication de centrales nucléaires, en passant par les systèmes de transports publics (et notamment le TGV Japonais), l’électronique grand public, les ascenseurs à grande vitesse, les systèmes médicaux et les systèmes de chauffage et de climatisation

Si l’on excepte Hitachi Data Systems, la branche baies de stockage de la firme, l’activité IT d’Hitachi est peu connue hors des frontières du Japon. Pourtant elle a déjà une longue histoire. La firme a en effet commencé ses recherches sur les systèmes de communication en 1938. Elle a ensuite lancé ses premières recherches informatiques en 1959 sur son site de Totsuka Works à Tokyo et créé sa division informatique sur son site de Kanagawa, près de Yokahama, en 1962.

Sous l’impulsion de quelques chercheurs venus des laboratoires de recherche de l’université de Tokyo tels que Kayashima Kozo ou Takahashi Shigeru et de pionniers de l’informatique japonais tels que Takada Shohei, Hitachi a produit son premier ordinateur commercial, le HITAC5020 en 1965, une première qui donnera lieu à une longue série de systèmes de classe mainframe à commencer par la série des HITAC8x00, puis celle des systèmes M.

Hitac 8700

Hitac 8700, l'un des premiers mainframes de la marque fait ses débuts à la NHK

Le premier disque dur de la firme, le H-8564 - conçu pour fonctionner avec les HITAC 8000 - a quant à lui été livré en 1967, soit 11 ans après la livraison par IBM du premier disque dur, le RAMAC (à l'époque loué 32 000 $ par mois aux clients). La capacité du H-8564 était de 7,25 Mo et la vitesse de rotation de ses six plateaux de 14’’ de diamètres de 2400 tr/mn. Le disque était compatible avec les supports de stockage des lecteurs de disques durs IBM2311 - à l’époque les plateaux des disques étaient des supports amovibles -, lancés en 1964 avec les System/360. Pour la petite histoire, le temps d’accès moyen était à l’époque de 75ms et le débit à l’interface de 156 Ko/s...

Hitachi Data Systems : une histoire chahutée

Soucieux de développer les ventes de ses systèmes informatiques hors de l’archipel Nippon,  et fort du récent rachat de National Advanced Systems, la division informatique de National Semiconductors, Hitachi a noué en 1989 une alliance avec EDS - aujourd'hui intégré à HP - pour créer Hitachi Data Systems. Objectif, commercialiser les grands systèmes et les systèmes de stockage d’Hitachi aux Etats-Unis et en Europe.

H8564

1967 : Le H-8564, 1er disque dur Hitachi

Comme l’explique Shinjiro Iwata, le patron de l’activité Informatique et Télécom d’Hitachi (HISTS, Hitachi Information and Telecommunications Systems), l’alliance avec EDS faisait sens dans la mesure où elle a permis à Hitachi de s’appuyer sur une force de vente et de support déjà formées aux mainframes et consciente des besoins spécifiques des utilisateurs américains et européens. De plus le stockage était alors l’un des points forts de la firme, son unité de disque H6587 (lancée  en 1990) détenant le record du monde en matière de capacité (avec 22,7 Go) et de performance (4,2 Mo/s).

Le lancement de l’unité de disque H-6587 a d’ailleurs coincidé avec la décision d’Hitachi d’établir un site de production en France à Orléans, un site qui, aujourd’hui, assemble toujours les systèmes de stockage d’HDS pour l’Europe (mais qui a récemment perdu la fabrication des cartes électroniques, recentralisée au Japon, et ne réalise plus ue l’assemblage final et le test des baies).

Le plan a fonctionné comme prévu, jusqu’à ce que Big Blue ne reprenne un avantage technologique décisif avec la bascule de ses grands systèmes sur technologie CMOS. Comme l’explique Shinjiro Iwata, "lorsque la technologie CMOS a pris le dessus sur la technologie ECL -Emitter-Coupled Logic-, historiquement utilisée sur les System/390 et  ES/9000 de Big Blue et par les compatibles mainframes japonais], IBM a repris le dessus sur nous. Nous ne pouvions plus continuer la commercialisation de nos mainframes». Hitachi a tenté alors de se développer dans les systèmes Unix, mais sans succès - depuis la marque distribue au Japon les serveurs Power 7 de Big Blue ainsi que les Superdome 2 d’HP dans le cadre d’accords OEM. Mais pour HDS, il ne restait plus que le stockage, ce que Iwata qualifie de «chance».

Superdome2

Hitachi revend en OEM les serveurs Superdome 2 d'HP au Japon (ci-dessus) ainsi que la gamme Power 7 d'IBM

« Nous sommes devenus pour l’essentiel un spécialiste du stockage, il n’y avait de toute façon pas d’autre voie pour HDS». Et puis, confie Iwata, «le stockage est différent des serveurs», en cela qu’il est possible pour un constructeur de se différencier. « Un serveur est motorisé par des puces Intel et par un OS Microsoft, ce qui signifie que ce que nous contrôlons - en clair la marge d’innovation, NDLR - tend à se réduire. Il en va autrement dans le stockage». Avec la ferme intention de se développer dans le secteur, Hitachi décide finalement de racheter à EDS ses parts dans la co-entreprise HDS en décembre 1998 (Dans la foulée, la firme réalisera l’une de ses plus importantes acquisitions en mettant la main sur la division disques durs d’IBM en 2002, division qui sera intégrée à Hitachi Global Storage Technologies).

Un constructeur éclaté entre le Japon et les Etats-Unis

Historiquement, l’essentiel du développement technologique des baies d’Hitachi Data Systems a été le fait des divisions «japonaises». Hitachi Data Systems de son côté assurant la commercialisation et le support des clients hors du Japon. Ce schéma tend à devenir plus complexe. Le succès d’Hitachi Data Systems a en effet été tel au cours des dernières années, que la firme réalise aujourd’hui plus de chiffre d’affaires à l’international qu’Hitachi Limited au Japon. L’influence d’HDS dans le design des systèmes de stockage devient donc plus importante, ce qui se traduit, entre autres, par la présence croissante d’ingénieurs européens et américains sur les sites japonais d’Hitachi.

Officiellement, la mission d’HDS est de faire remonter la parole et les besoins des clients occidentaux vers le Japon afin que les systèmes conçus au Japon répondent mieux à leurs attentes. HDS sert ainsi «d’incubateur» pour les ingénieurs japonais d’Hitachi qui de plus en plus fréquemment vont aussi faire leurs classes internationales dans la filiale. « Nous tentons de mettre les ingénieurs japonais de plus en plus en contact avec les utilisateurs afin qu’ils comprennent leurs besoins et leurs challenges et ne travaillent pas dans une bulle. (...) Les décisions sont ainsi prises en fonction du besoin des utilisateurs», explique Michael Hay, le directeur de la stratégie d’HDS, un Américain basé au Japon.

Takashi Oeda

Takashi Oeda, lors d'une présentation à Tokyo

Mais comment Hitachi concilie-t-il les demandes exprimées par HDS avec les développements menés au Japon et qui a la décision finale en cas de désaccord ? La question fait sourire Takashi Oeda, en charge de la planification produit des baies de disques d’Hitachi et Michael Hay, tous deux réunis autour d’une table lors d’un entretien avec LeMagIT au sein du centre de recherche stockage de la firme à Odawara, dans la banlieue de Tokyo. «Les ingénieurs des deux côtés ont de francs débats et chacun exprime ses vues» explique Oeda San, «au final nous parvenons toujours à nous entendre».  Visiblement, les deux responsables semblent s’entendre cordialement et doivent avoir l’habitude de désamorcer les désaccords entre ingénieurs de deux cultures différentes.

Les efforts menés par Hitachi semblent peu à peu payer. La seule vente de baies de disques et des logiciels et services associés est une activité qui a généré près de 3,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour Hitachi en 2009, un chiffre auquel il convient d’ajouter les 4,8 Md$ de CA réalisés par Hitachi GST, la division en charge de la fabrication des disques durs et SSD. Bref au total c’est pas moins de 8,1 Md$ de CA qu’Hitachi a réalisé dans le stockage en 2009. Petit bémol, avec la reprise de l’activité économique, le couple Hitachi/HDS a certes vue son activité rebondir au cours du dernier trimestre 2009 et du premier trimestre 2010, mais il est désormais devancé par Dell et Netapp sur le marché du stockage (selon les chiffres en dollars de Gartner - NDLR : il faut toutefois noter que les chiffres d'Hitachi sont pénalisés par la chute du Yen) . Ces deux constructeurs ont bien mieux profité de la reprise notamment du fait de leur dynamisme en entrée/milieu de gamme, un secteur qui n’est pas le point fort d’HDS. Le constructeur est toutefois conscient de ce point et indique travailler sur des offres adaptées. Une première illustration est la baie AMS2010 conçue spécialement pour Acer/Gateway.

Une offre de stockage qui mise sur la virtualisation

Le fer de lance de l’offre du Japonais reste toutefois son offre de baie haut de gamme, l’USP-V, dont les fonctions de virtualisation avancées n’ont à ce jour qu’un véritable concurrent, le SAN Volume Controller (SVC) d’IBM. Selon Hitachi, les ventes de contrôleurs virtualisés USP-V sont toutefois bien supérieures à celle d’IBM et à des années lumière devant celles d’EMC, dont l’appliance de virtualisation Invista a été un large échec commercial. Pourquoi Hitachi a-t-il choisi cette voie de la virtualisation ? «Nous avons annoncé la virtualisation du stockage en 2004» explique Shinjiro Iwata, le patron de la division IT d’Hitachi, qui a présidé aux destinées d’HDS au début des années 2000. «Ce n’était pas un concept unique, mais à la différence d’autres, nous avons réussi à le faire marcher. Nous avions la bonne personne («we had a good Guy»)» ajoute Iwata, sans toutefois préciser le nom de celui qui a rédigé les quelque 10000 lignes de code, qui font le coeur du moteur de virtualisation de l’USP-V.

Le résultat est un contrôleur de stockage embarqué dans la baie qui non seulement virtualise la capacité de la baie USP-V, mais sait aussi virtualiser les capacités exposées par des baies tierces pour les présenter aux différents serveurs. Une fois la déconnexion opérées entre les serveurs physiques et le stockage physique, il devient simplissime de déplacer des volumes d’une baie à une autre (et par exemple d’un datacenter à un autre), mais aussi d’appliquer de nouvelles fonctions comme le Thin provisionning, sans que les serveurs ne soient impactés. Gageons qu’à l’avenir d’autres fonction devrait s’ajouter à la boite à outils du constructeu,  telles que la gestion avancée des classes de service ou la déduplication.

Alors qu’il ne fait guère de doute qu’Hitachi devrait prochainement renouveler son offre de baie haut de gamme, Iwata explique que l’USP-V « est toujours en avance sur la concurrence d’un point de vue technique». «Bien sûr quelqu’un pourrait arriver sur le marché et faire mieux que nous» explique-t-il. Mais Iwata ne semble guère craindre IBM et EMC. Sa seule vraie inquiétude serait une innovation vraiment disruptive : il pourrait dans le stockage y avoir l’équivalent de l’invention du CD pour la musique, indique Iwata, ajoutant qu’Hitachi pourrait se retrouver alors dans la position des fabricants d’aiguilles des platines disques, qui ont vu leur marché disparaitre. Mais comme il l’explique, il est impossible de voir venir de telle disruptions.

Iwata évite au passage de mentionner la rivalité avec EMC et avec IBM qui ont tous deux refondus leurs offres haut de gamme. Si les autres responsables d’Hitachi et d’HDS avec lesquels nous avons pu discuter semblent accorder quelque crédit aux baies XIV de Big Blue, il n’en va pas de même des récents Symmetrix V-Max d’EMC. En cause, des performances qui ne serait pas si stellaires que cela et une absence persistante de fonctions de virtualisation. C'est de toute façon peu dire qu'il n'y a guère d'amour entre ces deux là qui se livrent une bataille à couteaux tirés sur le haut de gamme.

L'affrontement s'intensifie aussi sur le milieu de gamme où Hitachi se développe aussi peu à peu avec sa ligne de baies AMS - directement concurrente des Clariion CX4. Selon le constructeur, les ventes de cette ligne progressent régulièrement (ce qui semble vrai en France, les ventes mid-range d’HDS ayant bondi de 25% entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009, puis progressé de 23% entre le premier trimestre 2009 et le premier trimestre 2010). Hitachi utilise les AMS en complément de ses contrôleurs USP-V pour fournir un tiers de stockage économique. Il les vend aussi de façon autonome aux PME, mais dans ce cas, sans le parapluie de virtualisation que fournit l’USP-V. Certes une grosse PME pourrait virtualiser de multiples AMS avec un contrôleur USP-VM (basiquement un USP-V sans disques), mais la facture reste encore relativement hors de portée d’entreprises de taille moyenne. En revanche, les AMS sont des compléments parfaits pour l’offre de contrôleurs NAS de la marque (HNAS, une offre OEMisée de BlueARC) et pour la solution d’archivage de contenus HCP (Hitachi Content Platform).

HDS va commercialiser l’offre serveur x86 d’Hitachi à l’international

BladeSymphony

Le châssis lâmes BladeSymphony d'Hitach

Les prochains mois pourraient aussi marquer un retour aux sources pour HDS, qui s'est vu confier la commercialisation à l’international des serveurs d’Hitachi. Objectif : fournir une alternative aux offres de convergence proposées par HP ou Cisco. D’ici le printemps 2011, HDS devrait ainsi débuter la commercialisation en Europe et aux Etats-Unis de l’offre de serveurs lames BladeSymphony d’Hitachi, une offre qui se compose notamment de deux châssis l’un pour des serveurs ultradenses et un autre pour des lames plus traditionnelles.

Ces châssis offrent plusieurs caractéristiques séduisantes et notamment la technologie de partitionnement Virtage embarquée dans le firmware. Virtage permet de partitionner logiquement les ressources d’un serveur mais aussi d’agréger plusieurs lames au sein d’un ensemble unique. Selon Michael Hay, la technologie n’a pas pour but de concurrencer les hyperviseurs traditionnels, mais elle est complémentaire. Hay a également confirmé qu’Hitachi devrait avoir un partenaire sur la partie commutation réseau pour son offre de convergence, mais le nom de ce dernier reste pour l’instant un secret.

Dans une discussion avec LeMagIT à Tokyo, le patron de la stratégie d’Hitachi, a indiqué que la firme devrait être prudente dans son approche du marché des serveurs. «L’objectif n’est pas d’attaquer HP et IBM de front» explique-t-il. Hitachi devrait en fait utiliser sa pile d’infrastructure intégrée pour pousser des offres logicielle prêtes à l’emploi et à même de tirer parti des caractéristiques des futures baies de la marque. L’une des indications données par Hitachi est que les futures baies disposeront d’un système de profils permettant d’offrir un stockage dont la qualité de service  sera adaptée en fonction du type d’application.

On peut ainsi imaginer un profil pour Exchange, un autre pour Sharepoint, un troisième pour le stockage de fichiers... Et en parallèle, on peut imaginer des packages serveurs préconfigurés avec les applications requises afin d’accélérer les temps de déploiements. Naturellement, les applications développées par Hitachi, et notamment la plate-forme de gestion de contenu et de stockage objet HCP, sont des candidates naturelles pour être installées sur les serveurs de la marque. Avec l’avantage additionnel que les clients HCP n’auront plus qu’un contact pour le support logiciel, serveur et stockage.

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