Une stratégie Saas prudente : SAP emboîte le pas à Microsoft

Un complément de son ERP traditionnel. SAP voit dans le Saas une façon d'enrichir son offre existante, pas de la supplanter. Volonté de protéger son modèle économique ? John Wookey, le transfuge d'Oracle qui supervise la stratégie Saas de l'Allemand pour les grands comptes, assure que ce choix répond plutôt aux réelles attentes des entreprises.

Lors d'une conférence à Amsterdam, SAP a levé le voile sur sa stratégie Software as a service (Saas) pour les grands comptes. Une stratégie qui rappelle le fameux "S+S" (Software + Service) de Microsoft. En effet, comme l'a expliqué John Wookey, un transfuge d'Oracle aujourd'hui à la tête de la stratégie Saas de l'éditeur allemand en direction des grands comptes, l'offre de SAP en la matière se concentrera sur des modules spécifiques, disponibles sur abonnement, qui viendront se greffer au progiciel maison, l'ERP Business Suite. Des modules qui seront proposés sur une architecture "multitenant", où plusieurs comptes partagent la même instance logicielle.

Si ce modus operandi ne constitue pas une surprise, John Wookey a expliqué que ces modules seraient rendus disponibles par vagues regroupant plusieurs logiciels. Trois des quatre produits de la première vague (CRM, gestion des achats et gestion des émissions de carbone) sont déjà commercialisés, le dernier (gestion des dépenses) devant sortir avant la fin de l’année. Si l'éditeur entend compléter son offre traditionnelle par des modules hébergés dans le nuage, il a assuré ne pas vouloir entrer en concurrence frontale, via des offres dédiées, avec des spécialistes du Saas, comme Salesforce.com (CRM), Concur (gestion des frais professionnels) ou Ariba (gestion des achats).

Une plate-forme technologique héritée d'un rachat

Selon John Wookey, SAP mise sur le développement via les méthodes agiles pour lancer rapidement ces modules et s'adapter aux remarques des premiers utilisateurs. L'éditeur allemand peut également compter sur les rachats qu'il a opérés ces derniers mois pour accélérer la mise en œuvre de sa stratégie Saas pour grands comptes. Particulièrement sur les acquisitions de Frictionless Commerce (gestion des achats), Clear Standards (gestion des émissions de gaz à effet de serre) et SkyData Systems (CRM pour téléphone mobile racheté la semaine dernière). C'est d'ailleurs sur les technologies du premier que repose l'architecture multitenant déployée par SAP. A nos confrères d'InformationWeek, John Wookey décrit ainsi les technologies de cette société comme la fondation de la plate-forme à la demande de SAP, une plate-forme basée sur Java. C'est d'ailleurs un ancien de Frictionless (Mark Ellis) qui dirige les développements de cette plate-forme.

L'équipe réunie par John Wookey comprend également des dirigeants de SkyData, passés auparavant chez Siebel (éditeur de CRM aujourd'hui absorbé par Oracle). Une maison que connaît bien John Wookey, dont le transfert d'Oracle vers SAP avait fait sensation en novembre dernier. Le dirigeant était en effet considéré comme un des proches de Larry Ellison.

En temps de crise, travailler la base clients

Le choix de SAP de faire du Saas un complément de son ERP peut, à l'instar du S+S microsoftien, être interprété comme une façon de protéger le cœur de l'activité, notamment le volet maintenance. Mais, selon John Wookey, la démarche répond surtout à trois attentes des donneurs d'ordres : donner aux utilisateurs une interface unifiée à travers tous les systèmes, se doter d'un système central pour définir et suivre les processus métiers (avec une gestion cohérente des workflows et des approbations) et limiter l'intégration et les problématiques de partage de données que soulève l'agrégation de solutions Saas de différents fournisseurs. Selon Brice Thébaud, analyste financier chez Aurel BGC et spécialiste du marché des logiciels et services, l'approche développée par SAP paraît pertinente, car "elle permet de se concentrer sur la base de clients existants, stratégie payante en période de crise, et évitera vraisemblablement la création de silos d’information dans les grandes entreprises. En effet, un des problèmes majeurs du Saas réside dans la complexité de relier ce type d’applications au système d’information existant". Même si l'analyste attend de juger sur pièce les modules Saas de SAP, pour vérifier qu'il ne s'agit pas uniquement "d’ersatz de solutions on-demand".

Rappelons que l'éditeur allemand a aussi mis en place une stratégie Saas pour conquérir les comptes plus modestes, un pan de marché où SAP mise là sur le tout hébergé. En mai, l'Allemand a dévoilé Business ByDesign 2.0, seconde version de son ERP pour PME distribué en mode Saas. Après avoir mis la pédale douce sur le lancement de ce produit il y a un an - en prolongeant la période de commercialisation de la version 1.0 auprès de quelques dizaines de clients dans six pays, dont la France -, SAP espère désormais doubler avant la fin de l'année le nombre de clients de ByDesign, puis passer à un marché de volume en 2010 via le recrutement d'un réseau de partenaires distributeurs et intégrateurs. Ce pan de l'activité de l'éditeur ne dépend pas de John Wookey, mais d'un autre dirigeant de la société, Peter Lorenz.

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