NoOps : face à la confusion des clients, Dynatrace se concentre sur l’observabilité

Dynatrace vante l’automatisation des opérations IT, mais les clients se posent encore des questions sur son outil AIOps de surveillance « intelligente ». Conscient de la situation, l’éditeur souhaite avancer prudemment.

Dynatrace Perform 2020Las Vegas. Dynatrace est un éditeur d’une plateforme de monitoring d’APM, de l’expérience utilisateur et maintenant des infrastructures cloud. Elle doit être capable de détecter des problèmes IT pouvant causer des arrêts de service et donc des pertes de revenus. Depuis 2005, la société fondée en Autriche a évolué et elle fournit une « vision unifiée » des environnements IT en production à ses utilisateurs. Elle convie ses clients à adopter l’approche NoOps. Pour cela, elle mise sur le moteur « d’intelligence artificielle » Davis AI.

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C’est le composant technologique au centre de la plateforme de Dynatrace. Celui-ci doit permettre d’analyser automatiquement l’ensemble des composants d’une infrastructure, des machines virtuelles (VM), des applications, et même des processus économiques d’une entreprise.

Et s’il considère que cette technologie la différencie de ses concurrents comme Splunk, AppDynamics, New Relic ou Datadog (qui eux aussi tendent à adopter l’approche NoOps), l’éditeur veut aller plus loin.

Dynatrace défend la vision de l’« autonomous cloud ». L’objectif est d’atteindre le sacro-saint stade de l’autoremédiation. Il s’agit non pas de remplacer les opérateurs ou les DevOps, mais « de leur donner la possibilité de mieux comprendre les problèmes et de réagir plus rapidement », vante John Van Siclen, PDG de Dynatrace.

Sur scène, les dirigeants expliquent volontiers avoir appliqué ce concept à leur propre organisation depuis 2014. Dynatrace utiliserait ses propres outils pour suivre les performances de ses services, remonter de possibles erreurs de codage, déployer des hôtes et corriger certaines erreurs automatiquement. Une équipe de 10 personnes a la charge de surveiller cette infrastructure.

Dynatrace rêve du NoOps, ses clients découvrent l’AIOps

Si l’éditeur affirme que 99 % des utilisateurs de la plateforme ont essayé Davis, Wolfgang Beer, Technical Product Manager, chez Dynatrace note que 67 % d’utilisateurs actifs l’utilisent tous les jours. « De toute manière, Davis s’exécute en back-end dans la plateforme », précise Alois Reitbauer, Chief technology Strategist de la société basée à Waltham.

Lors d’une session consacrée à Davis AI, les utilisateurs semblaient curieux, mais confus. Ils ont multiplié les questions sur le fonctionnement du service, le temps de réponse associé aux alertes, la pertinence de Smartscape (la visualisation automatisée des dépendances entre les composants d’un système), etc. Concrètement, ils veulent connaître le niveau d’automatisation de l’observabilité offerte par la solution. Cette « intelligence artificielle » dite explicable doit donner les réponses et trouver les causes profondes de problèmes IT.

L’un des plus gros clients de Dynatrace n’est autre que SAP. L’éditeur allemand a personnalisé son utilisation de la plateforme en ajoutant des couches de visualisation et d’IA supplémentaires pour gérer automatiquement SAP Cloud Platform et C/4HANA. Les clients présents sur scène comme Kroger (grande distribution), Carnival (une compagnie maritime spécialisée dans les croisières) ou Mckesson ( firme pharmaceutique) ont sauté le pas de l’observabilité automatisée et semblent en tirer des gains substantiels, mais n’ont pas encore embrassé l’approche NoOps.
AutoDesk et Citrix, eux, ont choisi d’automatiser une partie de la gestion de leurs workloads. Mais les deux éditeurs ont adopté cette stratégie récemment. D’ailleurs, ces deux acteurs ont été mis en avant pendant la conférence pour vanter les mérites de « l’Autonomous Cloud Enablement », l’automatisation des opérations de maintenance et de déploiement dans le cloud.

Pour cela, Dynatrace se repose sur un outil qu’il a rendu open source : Keptn. Il s’agit d’un control plane open source basé sur des événements qui peut automatiser des configurations de déploiements, de mises à jour et certaines réparations liées à Kubernetes. Citrix participe déjà à ce projet.

Cependant, le marché est sceptique. L’éditeur semble avoir conscience de ce phénomène. « Nous sommes tout à fait au courant que beaucoup d’entreprises ne sont pas prêtes pour l’autoremédiation des erreurs dans leur système », assure Mike Maciag, Chief Marketing Officer chez Dynatrace. « Nous savons que cette forme d’autonomisation prendra le pas sur l’observabilité manuelle. Ce que nous ne savons pas, c’est le temps que cela va prendre, peut-être 10 ans. Il est encore très tôt, mais nous, nous sommes prêts et nous voulons aider nos clients dans cette démarche ». Le responsable considère qu’il faut d’abord convaincre les utilisateurs de l’efficacité de Davis AI.

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Des niveaux d’adoption très différents

Avant d’en arriver là, Dynatrace a dû se « transformer », comme l’explique John Van Siclen. L’éditeur a lui-même revu sa plateforme pour la proposer en mode SaaS depuis la PaaS Dynatrace Cloud hébergée sur AWS ou derrière le pare-feu des clients.

Bien qu’il mette en avant cette « plateforme » dans le cloud, cette transition n’est pas terminée. Selon les chiffres introduits par le PDG, environ 1 000 clients ont adopté Dynatrace dans le cloud, dont 46 % des clients existants. Pour rappel, l’éditeur a annoncé lors des résultats du deuxième trimestre fiscal 2020 servir plus de 2 208 clients. Au premier trimestre fiscal de la même année, l’éditeur comptabilisait 1 578 clients.

Selon Mike Maciag, les clients déploieraient la solution pas à pas.

« Quand les entreprises adoptent Dynatrace, elles ont tendance à augmenter les usages de la plateforme dans les années qui suivent. Typiquement, elles commencent à utiliser les outils APM, souvent dans le cloud d’abord. Dans la licence associée, les outils de monitoring de l’infrastructure sont inclus. Les clients vont alors petit à petit les adopter, puis elles accèdent aux fonctionnalités AIOps », explique le directeur marketing.

Dynatrace dispose en réalité de trois modules combinables. La première combinaison, APM « Full Stack » comprend les outils de mesure de performances applicatives, de l’infrastructure associée, l’outil d’indexation des métriques OneAgent et Davis AI.
La deuxième ne comprend pas les outils APM. Enfin la troisième ajoute le suivi des indicateurs de performance économique et faire le lien entre l’attrition des clients et les performances d’une application.

Pour attirer de nouveaux clients, l’éditeur mise sur essai gratuit de 15 jours qui, selon le directeur marketing, permet d’entamer les discussions avec les clients.

Un modèle économique « Premium »

Dynatrace tirerait 87 % de ses revenus de la solution SaaS, proposée depuis 6 ans. Évidemment, tous ces chiffres sont disponibles pour une raison. Dynatrace a réalisé une IPO le premier août 2019. L’opération lui a permis de lever 590 millions de dollars, mais ses pertes ont atteint 417 millions de dollars au deuxième trimestre fiscal 2020, dont 249 millions imputables aux taxes sur les revenus. Le chiffre d’affaires de l’éditeur a atteint 534,5 millions de dollars à la fin de l’exercice le 31 décembre 2019.  

Dans son Magic Quadrant 2019 consacré aux solutions de gestion d’APM disponibles sur le marché, Gartner remarque que les clients de Dynatrace sont satisfaits des services et du support. Le cabinet d’études signalait que la solution manquait certaines fonctionnalités de suivi d’indicateurs de performances économiques et d’analytiques. L’éditeur semble avoir suivi les recommandations du cabinet, puisqu’il a profité de son événement Perform pour présenter des ajouts de ce type.

En revanche, ce support a un prix. Gartner considère que la solution de Dynatrace est « Premium », en tout cas plus cher que celles de ses compétiteurs. Interrogé à ce sujet, John Van Siclen répond que Dynatrace veut principalement cibler les 15 000 entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de 750 millions de dollars ou plus. « Ce sont les grands groupes qui comprennent et profitent le plus de la plateforme à cause de l’importance de leurs ressources IT », assure le PDG au MagIT.

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