IBM : 1 Md$ dans le stockage Flash, pour quoi faire ?

Suite à l'intégration des offres Flash de TMS dans son catalogue, IBM a annoncé la semaine dernière un investissement de 1 milliard dans la Flash. Une annonce qui en rappelle une autre, en 2008, qui avait vu Big Blue investir 2 milliards dans le stockage pour un résultat contestable...

La semaine dernière, IBM a annoncé son intention d’investir 1 Md$ dans le stockage Flash, une déclaration qui intervient après le rachat à l’automne dernier de Texas Memory Systems, un spécialiste du stockage sur Flash et DRAM, dont l’offre vient d’être formellement intégrée au catalogue de Big Blue. La plupart de nos confrères ont fait leurs gros titres de l’annonce, sans doute du fait du milliard d’investissement annoncé par Big Blue. 

Ces grandes déclarations d’intention par IBM sont en général à relativiser. D’abord L’annonce d’un ou plusieurs milliards d’investissement est en général une pratique rituelle chez Big Blue, qui exprime ainsi ses priorités stratégiques (il a fait de même par le passé pour Linux, pour les mainframes, pour OpenStack, pour le Big Data…). Mais pour ce qui est spécifiquement du stockage, nos lecteurs les plus anciens se souviendront qu’en septembre 2008, à Montpellier, Jim Stallings, à l'époque patron de l'activité systèmes d'entreprises de Big Blue - il a quitté la firme en 2012- avait aussi annoncé en grande pompe l'intention de la firme d’investir 2 milliards de dollars dans le stockage. Le constructeur sortait alors tout juste de l’acquisition de XIV et de Diligent, deux start-up cofondées par Moshe Yanai, le créateur des systèmes Symmetrix chez EMC - contre lequel IBM se préparait justement à livrer bataille. Et le moins que l’on puisse dire est que tout ne s’est pas passé comme prévu… 

2008 : IBM annonce 2 milliards d’investissements dans le stockage... pour passer du 2e rang mondial au 3e rang mondial 

Sur l’ensemble de l’année 2008, Big Blue avait, selon ses propres chiffres, réalisé 3,6 Md$ de CA dans le stockage et il affichait de solides ambitions. Il faut dire que le portefeuille technologique de XIV semblait prometteur, que Diligent était l’un des leaders émergents de la déduplication et qu’IBM venait de jeter les bases de son offre NAS en cluster SONAS avec le lancement de l’offre SOFS (Scale-out File System). De plus, la firme pouvait compter avec la solide performance de ses systèmes DS 8000 ainsi que sur son portefeuille de stockage milieu de gamme issu d’un accord OEM avec Engenio. Sur le papier, les fondations étaient donc solides pour construire une offensive de masse contre EMC. 

Mais rien ne s’est vraiment déroulé comme IBM l’imaginait. Ainsi, les revenus stockage reconnus par Big Blue ont reculé de 200 M$ entre 2008 et 2012 pour passer à 3,4 Md$ de CA. Dans le même temps, les revenus d’EMC progressaient de 8,2 Md$ à 10,3 Md$, tandis que ceux de NetApp passaient de 2,8 Md$ à 4,9 Md$. En fait de tous les géants du secteur, seul HP a fait pire, passant de 4,16 Md$ à 3,69 Md$. 

Au cours de la période, on peut faire plusieurs constats : tout d’abord, le haut de gamme de l’offre IBM n’a pas su tenir le rythme avec la concurrence. Hitachi comme EMC ont régulièrement apporté des évolutions fortes à leurs offres Symmetrix et VSP, tandis que le DS 8800 restait largement une baie monolithique traditionnelle. Ensuite, XIV a certes vu ses ventes se développer, mais à un rythme sans doute inférieur à ce que Big Blue espérait. Fin 2011, IBM revendiquait ainsi 5000 systèmes installés chez environ 1100 clients. Il est vrai que la roadmap présentée fin 2008 n’a pas été tenue et qu’il a fallu à Big Blue une solide refonte technologique pour que la baie tienne ses promesses (la 3 e génération de systèmes XIV a rompu avec son backend Gigabit Ethernet pour un backend Infiniband et a introduit un étage de cache SSD pour doper la performance). Le problème est que pendant qu’IBM « réparait » XIV, ses concurrents progressaient et surtout misaient sur les baies unifiées pour le milieu de gamme, là ou XIV persistait à n’être qu’une baie en mode bloc (ce n’est qu’un détail marketing puisqu’il est possible d’ajouter un cluster SONAS en frontal d’une baie XIV, mais les détails marketing ont parfois leur importance). 

IBM a aussi refondu intégralement son offre d’entrée et de milieu de gamme. Exit les contrôleurs OEM d’Engenio (aujourd’hui chez NetApp), c’est désormais le logiciel du SVC (Storage Volume Controler) qui motorise les baies Storwize V7000 et V3700 du constructeur. Et IBM a commencé à s’intéresser à l’argument de l’unifié puisqu’il a récemment lancé le StorWize V7000 Unified (en fait une baie V7000 couplée à deux contrôleurs en cluster SONAS). 

Notons enfin que la gamme d’appliances Protectier issue du rachat de Diligent n’a absolument pas décollé face aux solutions Data Domain et Avamar d’EMC et qu’elle a même perdu son second rang mondial au trimestre dernier en faveur de Symantec. Au vu de la croissance du marché de la sauvegarde sur disque, c’est sans doute l’un des pires échecs d’IBM au cours des cinq dernières années, d’autant que l’activité sauvegarde sur bande a sans doute continué de reculer (au moins en valeur) comme chez l’ensemble des concurrents. 

2013 : Big Blue lance ses premières baies 100% Flash et affiche ses ambitions dans la Flash 

Comme il y a cinq ans, c’est une acquisition qui a précédé l’annonce par IBM d’un investissement de 1 milliard dans la Flash. A l’automne dernier la compagnie a acheté le Texan TMS, un spécialiste historique du stockage mémoire. TMS a commencé par produire des baies de stockage à base de mémoire vive, les RamSan, avant de s’intéresser plus récemment au stockage Flash. Avant le rachat, la société travaillait à la fois sur des baies de stockage 100% Flash et sur une offre de carte Flash PCIe. Avec son milliard d’investissement en R&D, IBM entend non seulement faire évoluer l’offre acquise lors du rachat de TMS, mais aussi intégrer la Flash de façon optimale à l’ensemble de son offre de serveurs et de systèmes de stockage (comme il l’a récemment fait pour son offre Mainframe).

Les FlashSystem 720 et 820 sont le nouveau fer de lance de l'offre de stocakge 100% Flash d'IBM

Dans un premier temps, le premier constat est que le rachat par IBM va considérablement simplifier la gamme de produits de TMS. Ainsi Big Blue va retirer du catalogue l’ensemble des produits à base de mémoire vive pour se concentrer sur les baies SAN 100% Flash. A priori les cartes PCIe, dont TMS achevait le développement, sont elles aussi remisées au placard, IBM n’affichant à son catalogue que des cartes LSI et des cartes Fusion-IO. Restent donc au catalogue 4 baies de stockage SAN à très hautes performances, les FlashSystem-710 et 810 et FlashSystem 720 et 820 (autrefois connues sous les noms RamSan-710, etc.). 

Pour commencer : un rebranding des produits Texas Memory Systems 

Pour l’instant les premiers millions investis par IBM ont surtout servi à valider les systèmes renommés avec son portefeuille de serveurs et à changer le look des baies pour un look amélioré et plus plaisant intégrant le logo et le design IBM (sic). Big Blue a aussi ajouté un système de « Call Home » qui permet à la baie de remonter des alertes et des incidents vers le support IBM. 

Les FlashSystem conservent les performances spectaculaires des RamSan, notamment des latences plancher allant de 145 à 160 microsecondes pour une lecture depuis un serveur. A titre de comparaison, Violin affiche une latence de 250 microsecondes pour sa baie Violin Memory 6600. Les quatre baies FlashSystem disposent au choix de 4 ports Infiniband QDR à 40 Gbit/s ou de 4 ports FC 8Gbit/s, et offrent une capacité de stockage utile allant de 5,2 à 12,4 To selon les modèles. Tout cela dans des serveurs rack au format 1U « pizza box ». 

Les modèles des séries 8xx affichent une capacité deux fois supérieure à celle des modèles 7xx, et les séries x20 se différencient des séries x10 par l’intégration de capacités RAID5 entres les modèles Flash, un mécanisme qui vient compléter le niveau de protection apporté par le Variable Stripe RAID intégré dans tous les modules Flash. Techniquement, en plus du Raid interne aux modules, le Raid5 permet d’ajouter un niveau de protection en utilisant certains modules Flash pour la parité. 

Les FlashSystem 710 et 810 incorporent chacun un maximum de 21 modules Flash MLC ou SLC Toshiba, pilotées par un contrôleur Flash développé par TMS et baptisé « Series-7 Flash Controller. Environ 19% de la capacité brute d’un RamSan 710 est lié à l’overprovisioning de modules Flash et 11% à l’overhead du mécanisme RAID.

Dans les FlashSystem 720 et 820, le fonctionnement est un peu différent. Le contrôleur supporte en effet le Raid5 au niveau de chacun des 12 modules ainsi que le Raid 5 entre modules (ce que RamSan appelait 2D Flash RAID). Sur les 12 modules que comprend la baie, 10 sont utilisés pour les données, 1 pour la parité et 1 pour le « hot spare ». 

Un long chemin à parcourir 

En l’Etat de son offre, IBM dispose sans doute du leadership en matière de performances pour les baies 100% Flash (qu’il s’empressera sans doute de valider lors de prochains benchmarks). Mais ses solutions restent pour l’instant très élémentaires. Les baies FlashSystem, qui s’appuient sur des FPGA, sont optimisées pour les performances, mais ne disposent d’aucune fonction avancée de snapshot, de clonage ou de réplication. Elles sont donc idéales pour stocker les index de bases de données ou pour servir de cache, mais il est fort peu probable que des entreprises leur confient leurs données les plus critiques, à moins d’utiliser un contrôleur de virtualisation en frontal (ce qui nuirait alors sans doute de façon significative à leurs performances). 

De même, alors que la plupart des constructeurs de baies Flash s’orientent vers des systèmes en cluster (voir à ce propos  les systèmes d’EMC, SolidFire et la future baie de NetApp), les FlashSystem restent pour l’instant des systèmes monolithiques. Et il n'est pas sûr que l'architecture actuelle puisse évoluer dans cette direction (il est à noter que ce n'est ni une fatalité ni une obligation, Violin n'ayant lui aussi pas choisi la voie du cluster, du moins jusqu'à ce jour...). 

Il sera donc intéressant de voir comment 1 milliard de dollars d’investissement en R&D va pouvoir transformer les nouvelles baies Flash d'IBM et comment IBM va intégrer la Flash à son portefeuille de produits serveurs, notamment. Et on souhaite à Big Blue que le milliard d’investissement qu'il annonce produira plus de résultats que les précédents 2 milliards investis dans le stockage… 

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