Exclusif : après l'IT, Alcatel-Lucent externalise un peu plus ses fonctions support

Après l'informatique, confiée à HP, Alcatel-Lucent se déleste de la maintenance de certains de ses produits et de ses fonctions administratives auprès de Wipro. Le contrat, signé en fin de semaine dernière, comprend également un accord commercial permettant aux deux entreprises de cibler, ensemble, le marché des entreprises.

Après l'externalisation de sa filiale informatique Alcanet, Alcatel-Lucent copie-colle le modèle mis en place pour HP avec Wipro. Cette fois, l'Indien se voit confier pour une durée de 7 ans la plupart des fonctions administratives de l'équipementier ainsi que la maintenance de certains produits présentés comme "matures" par Alcatel-Lucent.

Au total, l'externalisation des fonctions support concerne plus de 500 personnes, mais aucune en France : les services administratifs situés dans l'Hexagone n'étant pas inclus dans la périmètre du contrat. Second volet du contrat : le transfert de la maintenance de plusieurs produits (les commutateurs E10 et S12 et les passerelles MGC10 et MGC12) à l'Indien. Des produits présentés par la direction comme "matures". Un choix qui semble s'accorder avec la volonté de la nouvelle direction, emmenée par Ben Verwaayen et Philippe Camus depuis septembre 2008, de recentrer les quelque 3 000 salariés du groupe travaillant dans la recherche et le développement sur des sujets vus comme d'avenir (4G, IP, réseaux optiques), et à externaliser les activités sur des technologies présentées comme en fin de vie. En juin, la R&D sur les produits E10 et MGC10 (40 personnes à Lannion et une équipe plus importante en Roumanie) a été rattachée à la branche maintenance de l'organisation. De façon prophétique, la CGT dénonçait alors "un risque de détourage en vue d’une externalisation".

R&D : juste une première étape ?
Selon la CFDT du groupe, une autre activité de développement autour des produits pourrait se voir à son tour externalisée chez Wipro, celle touchant  les passerelles mobiles (100 personnes environ réparties entre Lannion et Nantes). "Nous avons été informés que ce serait la deuxième étape", explique un délégué syndical. Wipro France se contente d'indiquer que l'externalisation de cette activité n'est "pas à l'ordre du jour". Oui, mais demain ?
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Plus d'un an de négociations

Comme avec HP, le contrat d'externalisation s'accompagne d'un accord commercial, par lequel les deux entreprises entendent bâtir une offre commune pour toucher le marché des entreprises. "Cet accord, non exclusif pour les deux parties, vise avant tout les pays émergents", précise un représentant de Wipro France. Alcatel-Lucent espère retirer quelques centaines de millions d'euros de cet accord sur 7 ans. Reste que, selon Wipro, les conditions précises de ce volet du contrat - et notamment les objectifs de chiffres d'affaires du prestataire - ne sont pas encore fixés. Côté prestataire, les négociations sont conduites par Ram Ramadurai, directeur du compte Alcatel-Lucent.

Lancé voici plus d'un an - en parallèle de la réflexion autour de l'externalisation de l'IT -, le projet n'aboutit à aucun transfert de personnel français. Puisque, comme l'explique la CFDT d'Alcatel-Lucent, "à Lannion (où réside une partie de la maintenance des produits E10 et MGC10, ndlr), le transfert des personnes concernées se fera sur la base du volontariat. Cette solution soulage les employés, qui auront la possibilité d'intégrer le plan social d'Alcatel-Lucent ou de trouver une autre affectation sur un autre projet." Reste que, côté direction de l'équipementier, cette garantie donnée aux salariés français semble méconnue ou oubliée. La porte-parole du groupe indique seulement que Wipro s'engage sur une reprise de l'ancienneté des personnels transférés ainsi que sur un maintien de l'emploi pendant 18 mois. Soit l'engagement qu'avait aussi pris HP lors de la reprise d'Alcanet.

La France, un cas à part ?

Alors volonté de prudence en France, un pays où l'externalisation passe mal ? Rappelons en tout cas qu'Alcatel vient d'affronter une grève dure de sa filiale informatique, remontée contre son transfert chez HP, et voit se profiler la menace d'autres conflits (voir encadré ci-dessous). De son côté, Wipro s'était ramassé une volée de bois vert de la part du ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, lors de la fermeture de son activité NewLogic à Sophia-Antipolis. "Les personnels ne croyaient pas en la capacité de Wipro de leur fournir un travail intéressant à moyen terme, juge la CFDT de l'équipementier. Le modèle de ces sociétés indiennes consiste à récupérer des actifs, à assurer un transfert de compétences vers des équipes situées dans des pays low cost, puis à licencier les salariés européens ainsi récupérés". La direction de Wipro France réfute toutefois toute volonté de faire de la France un cas particulier.

Signalons que le président de la SSII indienne, Azim Premji, a rencontré à Paris le ministre Christian Estrosi le 28 octobre dernier. Officiellement pour parler des conditions de la fermeture de la filiale NewLogic dans le sud de la France. Peut-être aussi pour déminer toute nouvelle sortie du ministre face à un contrat d'externalisation touchant un des fleurons de l'industrie française.

Alcatel-Lucent : grève européenne mardi 10 novembre

Demain, mardi 10 novembre, les syndicats d'Alcatel-Lucent appellent à une manifestation dans neuf pays (France, Allemagne, Italie, Espagne, Roumanie, Belgique, Pays-Bas, Autriche et Irlande). En France, trois rassemblements sont programmés, à Rennes, Strasbourg et Paris. Ce dernier se réunira devant les locaux de l'Arcep (l'autorité de régulation des télécoms), dans le 15ème arrondissement. "Notre message vis-à-vis de l'Arcep est simple, explique un délégué CFDT. Quand l'autorité choisit un nouvel entrant sur le marché sur la base des prix les plus bas, elle amène sur le marché des organisations qui n'ont pas les mêmes critères sociaux et économiques que nous. Si on laisse Huaweï (l'équipementier chinois, ndlr) pénétrer le marché français de façon trop importante, on pousse les autres acteurs à s'aligner sur les pratiques de cette entreprise." Une sortie qui vise directement Free, supposé bénéficiaire de la quatrième licence mobile.

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