Sopra-Steria : une "fusion entre égaux" bien inégale

Sopra va racheter Steria pour donner naissance à un nouveau géant des services informatiques en Europe et au n°3 français du secteur, derrière IBM et CapGemini, mais devant Atos.

Sopra et Steria ont annoncé aujourd’hui un projet de fusion qui devrait donner naissance à un nouveau poids lourd du conseil et des services informatiques européen, avec plus de 35 000 salariés et 3,1 Md€ de chiffre d’affaires. Si la fusion réussit, la nouvelle entité issue de l’union entre les deux SSII devrait se placer au second rang des SSII sur le marché français avec 1,45 Md€ de CA dans les services (CA 2012, estimations i-Logiciels & Services), derrière IBM et CapGemini, mais devant Atos.

Sopra, plus petit, mais bien plus rentable que Steria

La fusion est « amicale ». Sopra va proposer d’échanger une action Sopra pour 4 actions Steria, soit une prime de 40% sur le cours moyen de l’action Steria au cours du dernier mois. Même si l’opération est qualifiée de fusion « entre égaux », c’est Sopra qui va manger son concurrent alors qu’il est techniquement plus petit (1,35 Md€ de CA en 2013 contre 1,75 Md€ pour Steria), mais qu’il a l’avantage d’une bien plus forte rentabilité. Cela se traduit en termes de valorisation boursière puisque la capitalisation boursière de Sopra (environ 1 Md€) est deux fois supérieure à celle de Steria.

Cofondée et toujours dirigée par Pierre Pasquier, Sopra, contrairement à nombre de ses concurrents hexagonaux, a eu l’intelligence de prendre le virage de l’édition logicielle et cela se sent sur ses marges. La firme contrôle ainsi HR Access (Gestion RH), et elle détient aussi près du quart du capital d’Axway, son ex-filiale, spécialisée dans la gouvernance des données. Elle est aussi présente dans l’édition de logiciels pour la banque via sa filiale Sopra banking software.

Steria quant à lui est plutôt spécialisé dans les services d’infrastructures, d’infogérance et d’intégration, des secteurs qui ont souffert au cours des deux dernières années. Sa force par rapport à d’autres SSII hexagonales et que la firme a réussi son internationalisation. Alors que Sopra réalise toujours 61% de son activité en France, Steria ne réalise plus que 32,2% de son CA dans l’hexagone. Le rachat du britannique Xansa en 2007 a fait du Royaume-Uni, le premier marché de Steria (38% du CA). La firme vient d’ailleurs d’y emporter des contrats records avec le gouvernement britannique. Steria est aussi très implanté en Allemagne, où il réalise 13,3% de son CA.

Des activités complémentaires

Les deux sociétés sont donc complémentaires en matière d’activités et de présence géographique. Sopra, qui est vu comme un spécialiste de l’intégration applicative, trouvera dans le savoir-faire « infrastructure » de Steria un complément naturel à ses activités. L’internationalisation de Steria pourrait aussi aider Sopra à développer ses offres logicielles à l’international.

Autre point mis en avant par les deux firmes (et qui ne devrait guère réjouir les salariés français), la fusion devrait renforcer l’« outil de production industriel » délocalisé avec plus de 8 000 salariés en nearshore et offshore (dont 6 000 en Inde) et de multiples centres de services offshore. Steria pourrait ainsi bénéficier de la capacité́ offshore de Sopra en Inde pour ses clients français.

Dans un contexte social déjà tendu chez Steria, on se doute que ce genre d’argument ne devrait pas plaider en faveur d’un bon accueil à la fusion. D’autant que les récents exemples de fusions de SSII en France ont laissé un goût amer à leurs salariés. On se rappelle notamment le cas du rachat d’EDS par HP ou celui d’Unilog par Logica.

Quel prix humain pour la fusion ?

La vague récente d’opérations de fusion (rachat de Logica par CGI, d’Euriware par CapGemini ou de Steria par Sopra) fait naître de nouvelles inquiétudes chez des salariés sous pression. Et ce ne sont pas les objectifs affichés par le nouveau groupe qui pourraient les rassurer. Car si l’emploi n’est pas évoqué, la nouvelle entité affiche clairement son objectif de doper sa marge opérationnelle.

La fusion, expliquent les deux firmes, devrait générer des synergies opérationnelles de 62 millions d'euros par an à partir de 2017. Chez les SSII, dans lesquelles l’humain reste la variable d’ajustement principale, on se doute que ces 62 M€ ne seront pas uniquement obtenus par des synergies immobilières…

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