Fibre optique : la fin du grand mensonge

Dans une interview lors de la remise de son rapport sur la fibre optique, Paul Champsaur, l’ex-patron de l’Arcep, avoue que 45% des Français ne verront sans doute jamais arriver une fibre optique.

C'est le vilain secret que jusqu'alors personne n'avait osé publiquement avouer dans les sphères gouvernementales ou dans celles des autorités de régulation : malgré les promesses des différents gouvernements, un grand nombre de Français ne seront sans doute jamais raccordés à la fibre optique et devront continuer à se satisfaire de ce que peut leur apporter le réseau cuivre ou des moyens alternatifs comme le Wi-Fi ou le satellite.

À l’occasion d’une interview avec l’Arcep lors de la remise de son rapport « Accompagner la transition du réseau téléphonique de cuivre vers les réseaux à très haut débit en fibre optique », Paul Champsaur, l’ex-patron de l’Arcep l'avoue clairement (voir la vidéo de l'entretien sur le site de l'Arcep à environ 14 mn 15s). Selon lui, 40 à 45% des Français ne verront sans doute jamais la lumière d’une fibre optique.

« La fibre proprement dite ne concernera que 55% de la population», indique celui qui, à plus de 70 ans, préside aujourd'hui l'autorité de la statistique.

Des campagnes condamnées à des débits intermédiaires, faute d'ambition et d'argent

Selon lui, le plan très haut débit ne prévoit en effet pas un fibrage complet de la France mais la montée en débit à un minimum de 30 Mbit/s de tous les Français.

Paul Champsaur explique que les grandes agglomérations seront sans doute couvertes par plusieurs réseaux en fibre concurrents, car ce sont des zones rentables pour les opérateurs. Les plus petites villes seront, elles, couvertes par un unique réseau optique opéré soit par Orange soit par SFR et sur lesquels les autres opérateurs se grefferont pour proposer leurs services.

Mais quid des 45% de français hors de ces zones ?

Pour Paul Champsaur, il est clair qu’ils ne sont pas près de voir la fibre. Tout d’abord, ce sont les collectivités territoriales et notamment les départements qui vont devoir financer la construction des réseaux (avec un financement à 50% par l’État et sans doute un peu d’aides européennes). Et fonction de leurs moyens, déjà très tendus, ils ne feront sans doute pas de miracles.

Ensuite, se pose la question de la desserte des campagnes. Et là clairement, Paul Champsaur entérine une France à deux vitesses avec des villes fibrées et des campagnes desservies par le satellite, le Wi-Fi ou par des réseaux cuivres un peu dopés (avec une des dernières évolutions des technologies xDSL, telles que le VDSL2 - en s'approchant des abonnés - ou pour les mieux lotis du G.Fast). Selon lui, le fait de fibrer tous les habitants coûterait deux fois plus cher que ce qui a été jusqu’alors prévu jusqu'alors.

La question de l'égalité de traitement dans la République

Il fut un temps où la République considérait que les services télécoms relevaient du service public. Elle avait lourdement investi dans le plan DeltaLP pour moderniser le réseau téléphonique français et avait mis en place un système de péréquation garantissant un égal accès au réseau pour tous. Clairement cette époque est révolue. Ceux qui pensaient que le plan très haut débit avait pour but d’assurer l’égalité entre les territoires peuvent abandonner toute illusion.

En matière de Télécoms, l'idéal républicain a plié face aux marchands du temple. Les villes pourront bientôt profiter du de plusieurs centaines de Mégabit voir du Gigabit bidirectionnel, quand les campagnes vivoteront avec 30 Mbit/s en voie descendante et sans doute 2 ou 3 Mbit en voie montante avec des niveaux de latence élevée.

Plus grave, si l’on estime que le réseau fibré vivra 30 à 40 ans, cela veut dire que la République n’a plus les moyens d'investir 1 milliard par an (remboursement de la dette compris) dans le futur numérique de ses citoyens. Autant pour les beaux discours… Et les illusions.

Si l’Etat est loin d’être irréprochable sur le sujet du haut débit, on peut légitimement se poser la question du rôle de l'autorité de régulation des télécoms entre 1998 et 2014. Si on peut la créditer d'avoir réussi à faire du dégroupage un vrai succès, elle a échoué à faire plier les opérateurs mobiles sur les zones blanches, échoué à faire respecter les obligations de couverture et les délais de déploiement de la 3G, échoué lamentablement dans le dossier de la boucle locale radio et du WiMax et ne s'est guère montré sous son meilleur jour à l'occasion des attributions récentes de fréquences 3G et 4G LTE.

Le dossier de la fibre optique semble tout aussi mal parti. Sous la gouvernance de Jean Michel Hubert puis de Paul Champsaur, l’Arcep (ex-ART) a plus souvent privilégié l'intérêt du secteur des télécoms à celui des consommateurs. Et la présidence de Jean-Ludovic Silicani n'a guère apporté de changement (si ce n'est l'arrivée de Free Mobile, qui lui a valu la haine des opérateurs en place). Il sera intéressant de voir si l'arrivée de Sébastien Soriano, le plus jeune président qu'a jamais eu l'Arcep (il a 39 ans), pourra faire évoluer les choses. L'histoire voudrait que l'on ne se fasse guère d'illusions.

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