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IoT : Sigfox migrera une partie de son cœur de réseau vers Google Cloud

Sigfox a annoncé sa volonté de migrer son infrastructure vers Google Cloud. Le fournisseur d’un réseau LPWAN compte d’abord placer une partie de son cœur de réseau dans le cloud afin de tenir sa promesse de traiter des milliards de messages, puis à terme développer des services en s’appuyant sur les capacités de GCP.

Après avoir revendu son infrastructure de réseau allemande, Sigfox poursuit son plan de développement des services dans le cloud. Confronté à la nécessité de renouveler son offre, l’opérateur toulousain (labègeois plus précisément) a constaté que la gestion d’un parc IT représentait un coût important. Et si l’on pouvait croire que le groupe français cherche à réaliser des économies d’échelle, il s’agit en premier lieu de répondre à une promesse effectuée en 2018 : administrer des milliards de messages sur son cœur de réseau.

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« La gestion de data centers n’est pas au cœur de notre activité. Nous préférons relocaliser les ressources à développer notre cœur de réseau », déclare Franck Siegel, directeur des opérations chez Sigfox. « Nous avons lancé ce chantier-là il y a trois ans, un peu avant mon arrivée. À l’époque, les équipes techniques nous assuraient que nous étions capables d’endurer deux millions d’objets et cinq millions de messages par jour, mais nous cherchions à en traiter des milliards. Nous avons multiplié les déploiements de serveurs en interne pour supporter jusqu’à 200 millions de messages par jour, mais pour dépasser ce seuil, il faudrait ré architecturer, ce qui nous coûterait très cher », précise-t-il.

« Notre modèle économique repose sur des messages à très bas coût, au dixième de centime prêt. Et nous souhaitions obtenir une architecture capable d’évoluer à la demande. »
Franck SiegelDirecteur des opérations, Sigfox

À date, Sigfox gère 63 millions de messages de 12 octets chacun par jour, soit plusieurs milliards par mois, un facteur en augmentation de 145 % en 2020.

Franck Siegel ajoute que le coût du message est un autre paramètre important à prendre en compte. « Notre modèle économique repose sur des messages à très bas coût, au dixième de centime prêt. Et nous souhaitions obtenir une architecture capable d’évoluer à la demande ».

L’ensemble de ces points a poussé Sigfox à se tourner vers le cloud. « Nous allons d’abord migrer OSS (le système de soutien opérationnel) vers Google Cloud, dans des environnements Kubernetes hébergés depuis la région cloud belge avant de passer sur un modèle mixte de cloud public et cloud privé » prévoit le directeur des opérations. « Dès que la région France sera ouverte, nous basculerons notre technologie sur le datacenter correspondant ». Dans l’architecture du réseau « 0G », le système de soutien opérationnel joue le rôle de plateforme de traitement des messages et de leur transmission aux systèmes des clients via des callbacks et des API, des portails backend ou le portail Sigfox.

Dans le choix du cloud public, Sigfox a également observé la localisation des centres de données. L’opérateur est présent dans 72 pays. « Jusqu’alors, notre système est centralisé en France, mais cela pose problème à certains gouvernements qui ne veulent pas que le trafic local sorte de leur pays. Au lieu de sélectionner un hébergeur régional, nous avons préféré nous allier avec un acteur mondial pour excentrer le traitement des messages via notre OSS », assure Franck Siegel.

À ces trois arguments s’ajoute la sécurité. « De par la taille du groupe, Google Cloud a des capacités de cybersécurité que nous ne disposons pas nous-même. En nous associant avec un acteur comme celui-ci, nous bénéficions de tous ces éléments » vante le directeur des opérations. Une fois les raisonnements techniques épuisés, Sigfox a observé la politique environnementale du fournisseur. Il se trouve que GCP s’est engagé à atteindre une empreinte carbone neutre d’ici 2030, une thématique chère à Ludovic Le Moan et Christophe Fourtet, les deux fondateurs de la société.

Un choix finalement limité pour Sigfox

Mais avant de se tourner vers les fournisseurs américains, Franck Siegel assure que Sigfox a d’abord observé les solutions des hébergeurs français. « Au départ, nous avions la volonté de privilégier un acteur français tel OVH ou Orange Business Services, mais il a fallu se rendre à l’évidence sur plusieurs points, dont l’aspect technique et la présence à l’international. Il y a trois acteurs largement prédominants en matière d’IoT et de maîtrise de Kubernetes : c’est-à-dire Google Cloud, AWS et Microsoft Azure. Nous avons rapidement écarté AWS sur ce volet puisque sa position concernant de ses propres déploiements de réseau IoT n’était pas claire » détaille Franck Siegel. Après avoir longuement étudié les cas de Microsoft et de GCP, c’est ce dernier qu’il a retenu. Le responsable évoque une autre raison. « Nous travaillions depuis un an et demi avec Google sur des plateformes secondaires qui n’étaient pas prioritaires et cela se passait extrêmement bien ». En consultant le web, il n’est pas difficile de se rendre compte que certains ingénieurs de Google s’intéressent de près à Sigfox, l’un d’entre eux a même bâti une interconnexion avec les services IoT de GCP.

Il y a deuxième couche qui compose le cœur de réseau Sigfox : le BSS (Business Support System). Celui-ci comprend lui-même plusieurs parties. Il gère les commandes et la facturation, ainsi que le Radio Planning, pour le déploiement du réseau et le stockage des données à froid. Tous ces éléments migreront vers Google Cloud. L’analyse des données « collectées ou générées par le réseau » dépend aujourd’hui d’un data lake hébergé sur le cloud AWS. « Nous allons étudier la possibilité de remplacer cette partie-là par une solution GCP, mais il était plus pressé de s’assurer que le traitement des messages puisse s’adapter au volume », indique Franck Siegel. Oui, dans un avenir proche, Sigfox appliquera une stratégie… multicloud.

Le cœur de réseau d’abord, les services suivront

Concernant la gestion des messages, Sigfox pourra compter sur le service orienté événements (event-driven) Google Pub/Sub. Les données peuvent en principe router vers l’espace de stockage (cloud public ou privé) du choix du client de l’opérateur.

Les clients de Sigfox doivent pouvoir utiliser un large éventail d’équipements compatibles et de services des différents hébergeurs. Mais l’opérateur pourrait bien s’appuyer sur les facultés et le savoir-faire de Google Cloud pour ses services managés.

 « Nous allons passer l’année 2021 à migrer la plateforme sur GCP et à participer à des événements communs pour apprendre à se connaître », tempère le directeur des opérations. « Nous étudierons les possibilités de partenariat plus avancé par la suite – déjà avec l’écosystème de GCP dès 2022 – et puis d’extension des capacités de nos services à valeur ajoutée comme Atlas [un système de géolocalisation N.D.L.R], la gestion de flottes d’appareils connectés, etc. à l’aide des services GCP et de leurs experts en data science ».

Sigfox n’est pas le seul opérateur IoT français à s’être tourné vers Google Cloud. Avant lui, la division MtoM et LoraWAN de Bouygues Telecom a migré sa plateforme Spot sur les serveurs du géant américain. Enfin, Orange a également signé un accord avec la compagnie dirigée par Thomas Kurian, mais ne s’est pas (encore ?) engagé sur le volet IoT.

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