Où en est Cegid avec l'Intelligence Artificielle ?

L'IA était au cœur de l'évènement 2018 de Cegid. Mais dans ses produits, elle semblait encore peu présente. Pour LeMagIT, le CTO de Cegid a clarifié la situation actuelle, la stratégie et la vision de l'éditeur à 3 ans.

L'Intelligence Artificielle était omniprésente au Cegid Connexion 2018, le grand évènement annuel d'un des plus importants éditeurs français. Cet évènement, qui s'est déroulé en juillet au Palais des Congrès, regroupait pour la première fois tous ses produits et tous ses verticaux. En revanche, côté produits, l'IA était nettement moins visible. Sylvain Moussé, CTO, ne le nie pas. Bien au contraire. « L'évènement avait pour but de partager la vision de Cegid, de faire comprendre la direction où nous allions, mais pas de présenter des feuilles de route produits », justifie-t-il dans un échange avec LeMagIT.

Un marché français pas encore mûre

Pour lui, cette première étape était d'autant plus nécessaire que le marché français ne serait pas encore totalement à l'aise avec l'IA. Il estime que les entreprises atteindront la maturité dans les années à venir, et qu'un gros travail d'évangélisation et d'explication reste à faire.

« L'IA est encore jeune, la majorité des clients n'en sont pas encore là », constate-t-il.

A l'instar d'un Oracle ou d'un SAP, il ne s'agit en plus pas pour Cegid de faire de l'IA pour faire de l'IA. Il faut que ces technologies diverses - Machine Learning et Deep Learning, Bots, informatique cognitive - apportent une vraie valeur métier. Et il faut que les entreprises les acceptent. Ces deux étapes ne sont pas toujours faciles à passer.

Sylvain Moussé illustre ces difficultés et cette maturité en devenir par un exemple précis.

Cegid gère environ 4 millions de bulletins de paie. Dans un PoC (proof of concept) réalisé avec Microsoft, l'éditeur a exploité ces données - anonymisées - pour déterminer des taux de rotations de personnels, industrie par industrie, fonction par fonction ou région par région. Grâce aux services de Machine Learning d'Azure, Cegid a pu faire du prédictif sur les démissions à venir.

« Les résultats étaient très probants. Mais les entreprises ne veulent pas s'en remettre à l'IA pour cela », analyse le CTO. « Un dirigeant de PME estime qu'il sait mieux qu'un algorithme ce qui se passe dans son entreprise. C'est compréhensible ».

Le besoin actuel, identifié par Sylvain Moussé, est plus du domaine de la Data Sciences. « Les entreprises veulent des benchmarks. Elles veulent savoir par exemple à quel prix elles peuvent recruter un développeur. Ce n'est pas de la prédiction, mais de la recommandation ».

Des usages multiples

Il n'en reste pas moins que pour Cegid, l'avenir des solutions B2B passera par l'IA. Elle va, d'après son CTO, transformer les métiers comptables d'ici 5 ans. Et ses applications intégrées aux outils de gestion et de commerce, bien qu'encore à déterminer, sont très nombreuses.

Dans la comptabilité, le Machine Learning permet déjà d'identifier et de classer des documents, même ceux totalement nouveaux. Par exemple, lorsque l'on numérise une facture (Cegid possède un accord avec Xerox pour cette étape), l'OCR en extrait les données puis l'IA les compulse pour déterminer s'il s'agit d'une facture fournisseur, d'une note de frais, d'une relance client, etc. Elle peut aussi identifier la devise (et automatiser des conversions), la langue (et traduire), la provenance, etc. En s'appuyant sur les anciens documents, l'IA peut surtout cataloguer un document inconnu (une facture d'un fournisseur anglais en livres sterling dans une mise en page différente de celles des fournisseurs français).

« Les flux vont être de plus en plus automatisés », prédit Sylvain Moussé, « là, il y a un vrai gain de productivité ».

Cette application de l'IA est déjà en place chez Cegid, même si elle peut - et doit - encore être améliorée. C'est d'ailleurs une des raisons du rachat de Loop. La startup française, née dans le cloud, possède un moteur d'IA (Clea) qui gère ce type d'intégrations documentaires en temps réel.

Après l'identification des flux, l'IA peut s'appliquer aux données pour les interpréter.

Dans la comptabilité et la finance, les premiers usages chez Cegid seront certainement liés à la détection des anomalies et des anormalités : une facture trop élevée par rapport aux précédentes, un document manquant, un début de fraude.

« Des chercheurs en mathématiques ont déterminé qu'il y avait des nombres que l'on ne rencontre jamais », approfondit Sylvain Moussé. « On pourrait penser qu'il y a une probabilité égale pour chacun d'eux, mais non. Ce n'est pas aléatoire. Si on trouve dans une facture un des ces nombres [NDR : qui peut varier d'un secteur à l'autre ou d'une entreprise à l'autre], on peut lancer un début d'alarme ».

L'IA aura aussi un rôle chez Cegid dans les interfaces pour améliorer l'expérience utilisateurs. « Le logiciel peut déterminer que, habituellement, vous faites telle tâche le mardi et donc vous présenter une page personnalisée si l'on est mardi ». On pense aussi aux chatbots, soit pour répondre aux questions en langage naturel des utilisateurs, soit pour amener de manière plus fine du contenu de manière proactive (sur la Déclaration Sociale Nominative ou les changements fonctionnels qu'induit le Prélèvement à la Source).

Autre possibilité, à la limite de l'IA, les solutions Retails peuvent faire des recommandations de produits en fonction du profilage du client et de ses précédentes interactions - et donc le scorer pour déterminer sa probabilité d'acheter une chemise blanche plutôt qu'une chemise grise.

« Mais il ne faut pas aller trop vite, il faut bien comprendre ce qu'attendent nos clients et savoir comment monétiser ces fonctionnalités ». Autrement dit : que le bénéfice métier de l'IA soit suffisamment perçu pour que les entreprises et les experts comptables soient prêts à payer pour. « Cela ne sert à rien d'avoir raison trop tôt », résume Sylvain Moussé.

Rachats et accord avec Microsoft

Quand on passe dans les coulisses technologiques, l'IA pose aussi une question stratégique à Cegid. Doit-il développer ses propres technologies - et être autonome - ou utiliser celles existantes - et externaliser une partie du cœur de son offre ?

« Nous voulons aller vite », répond le CTO. Pour lui, les produits infusés à l'IA de de Cegid devraient être disponibles, de manière robuste et pertinente, d'ici 3 ans.

Mais pour aller vite, il faut soit faire des acquisitions - comme avec Loop pour son moteur Clea - soit passer des partenariats.

La première option est facilitée par la nouvelle puissance financière d'un Cegid, racheté à des fonds anglo-saxons en 2016. Mais « les investissements [pour développer des technologies d'IA] sont colossaux », même pour un des plus gros acteurs français épaulé par des capitaux internationaux.

Cegid a donc décidé de faire une première expérience avec Microsoft pour utiliser les services d'IA du PaaS d'Azure. Ce choix parfaitement assumé se fait au prix d'une certaine perte d'indépendance.

Sylvain Moussé en est parfaitement conscient. Mais pour lui, il faut savoir évaluer le ratio entre bénéfices et risques (augmentation des prix, résultats insatisfaisants de l'IA, etc). « Nous discutons beaucoup avec Microsoft là-dessus », explique le CTO. Mais « comme les investissements à faire sont colossaux, et que nous avons une offre mondiale, nous avons estimés qu'il fallait s'allier avec un des grands [acteurs de l'IA] ». Quitte à être pieds et poings liés à Microsoft ? « Des fois cela vaut le coup d'être pieds et poings liés », sourit-il.

Ceci dit, Sylvain Moussé, très lucide, ne s'interdit pas de regarder d'autres acteurs (dont Google Cloud) pour diversifier ses prestataires comme Cegid l'a fait pour le IaaS avec Azure et IBM.

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