Cet article fait partie de notre guide: Plateformes IoT Industriel : comment choisir ?

IIoT : avec MindSphere, Siemens veut d’abord répondre aux problématiques métiers

L’éditeur et équipementier allemand propose sa plateforme IIoT à ses clients français depuis 2017. Les déploiements ne sont pas « massifs », mais les premiers déploiements sont poussés par les métiers.

Si MindSphere répond à la définition d’une plateforme IoT, Siemens l’a conçu comme une plateforme consacrée à l’exploitation de la donnée industrielle. L’éditeur allemand a classé cette solution dans son catalogue PLM.

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« Dans l’écosystème MindSphere, vous trouvez des applications Siemens pour tout type de machines, par exemple pour surveiller et gérer un variateur de plusieurs centaines de kilowatts. En parallèle, nous avons tout un ensemble de partenaires qui développent des applications disponibles sur la plateforme », déclare Cédric Moreau responsable commercial de la solution MindSphere en France depuis 2017.

Commercialisé depuis 2015, MindSphere est donc un PaaS construit sur l’architecture open source Cloud Foundry et hébergé sur AWS (Francfort), Microsoft Azure (Amsterdam) et Alibaba Cloud, selon les choix des clients et les régions où ils déploient leurs projets IoT. Les développeurs utilisent des images Docker pour déployer les applications IoT. Siemens propose un magasin applicatif dans lequel nous retrouvons des services d’analytique, des outils de surveillance, de suivi de performance, un lac de données intégré ou encore de data exploration (basée sur Tableau).

MindSphere, une PaaS industrielle avant tout

La firme allemande fournit également des équipements dédiés comme MindSphere IoT 2040 et MindSphere Nano, deux passerelles de sécurisation et de transmissions des données de machines et de capteurs vers la plateforme. MindSphere prend également en charge des protocoles industriels de communication tels que ModBus, OPC UA, et bien évidemment S7, le protocole propriétaire de Siemens. « Pour les autres protocoles de communication moins standard dans l’industrie nous avons entamé un partenariat avec Software AG », rappelle Cédric Moreau. Avec le module MindConnect IoT extension, MindSphere peut gérer le MQTT, entre autres, en appelant un service développé par son « coopétiteur » allemand. « C’est transparent pour nos clients qui passent par une page web réalisée par Software AG ».

Ces considérations techniques sont importantes, mais Cédric Moreau explique que les déploiements de MindSphere sont principalement liés à des problématiques métiers auxquelles la gestion de données va répondre.

« Il y a deux approches. Il y a une approche data et une approche métier. Nous allons utiliser tout ce que nous connaissons en termes de prédiction afin de mettre en place des KPIs. Si nous les déployons, nous savons exactement ce que nous allons surveiller par rapport aux indications des métiers », explique le responsable de Siemens France.

Les équipes responsables de MindSphere en France ont par exemple travaillé à la mise en place d’une solution IIoT dans l’usine de Fiat Powertrain à Bourbon-Lancy.

« Chez Fiat Powertrain, nous avons rapidement détecté des collisions concernant l’utilisation d’une machine. Après avoir analysé son historique, les opérateurs ont été beaucoup plus attentifs à la conduite de la machine. Après deux mois de mise en service de ce système, le taux de disponibilité de l’équipement a sensiblement été amélioré » illustre-t-il.

Faciliter la maintenance prédictive

La dernière annonce à propos de cette plateforme concerne une application mobile prévue comme une extension d’un service disponible depuis 2016. Predictive Services for Drive Systems est une solution dédiée à la maintenance prédictive des systèmes d’entraînement et de moteurs. Selon les informations de l’éditeur, elle doit améliorer les cycles de maintenance de ces systèmes. Cette offre est composée d’une partie-conseil et de l’intégration au PaaS de Siemens des variateurs de fréquence SINAMICS et des moteurs standards SIMOTICS. L’éditeur conçoit lui-même des algorithmes d’analyse prédictive qui sont à la recherche de signaux faibles.

Pour connecter ces équipements, Siemens a mis au point des boîtiers connectés comme le SIMOTICS CONNECT 400. « Nous avons 120 clients qui les utilisent dans le monde et nous allons équiper la première dizaine de clients français dans les six prochains mois », précise Cédric Moreau.

Ce boîtier, installé sur les machines existantes à l’aide d’un kit de montage, contient un capteur de champ magnétique. Celui-ci récupère les informations sur le fonctionnement du moteur et les envoie à la plateforme IIoT. Siemens aide à détecter les problèmes vibratoires et un ensemble de défauts de fonctionnement qui peuvent provoquer de très coûteux arrêts de production.

L’application mobile MindSphere Predictive Service Assistance permet d’obtenir des indicateurs de performance clés sur les heures de fonctionnement, l’état des pièces, leur disponibilité, les interventions recommandées ou en cours. L’application doit permettre de planifier les opérations de maintenance, les documenter et commander les pièces au besoin via Siemens ServiceMall et la plateforme Global Service.

Siemens témoigne des débuts de l’industrie 4.0 en France

Pour les déploiements en France, Siemens compte sur des partenaires comme Atos qui s’occupe de l’infogérance de la plateforme.

« Nous travaillons avec un certain nombre d’intégrateurs et ceux présents dans notre réseau Customer service. Nous avons un système de certification de nos partenaires customer service qui peuvent nous aider traditionnellement sur les réparations de moteurs ou encore sur les projets d’automatisme et de supervision. Nous avons une centaine d’intégrateurs en France et quatre partenaires formés à MindSphere ».

Ce chiffre paraît faible au vu de l’importance de cet écosystème. « Les déploiements ne sont pas encore massifs. Environ 70 % de nos clients sont en phase de Proof of Concept ou de Proof of Value », analyse Cédric Moreau.

« D’autres clients avec qui nous travaillons depuis deux ans commencent à passer au déploiement. Nous avons un client fabricant de toners dans les Vosges, qui est en train de passer de trois à huit lignes de production équipées pour effectuer du suivi de production et un peu de maintenance », ajoute-t-il.

Selon le responsable commercial de MindSphere en France, les industriels ont compris l’intérêt de l’IIoT.

« Il y a des clients qui comprennent enfin les solutions IIoT disponibles sur le marché et qui commencent à rédiger des cahiers des charges. Ce n’était pas le cas il y a trois – quatre ans », atteste-t-il.

Si l’IT peut être moteur sur certains projets, les « opportunités les plus intéressantes viennent des métiers ». Les responsables de DSI ont généralement une vision d’ensemble qui vise à « couvrir toutes les usines et tous les besoins », selon notre interlocuteur. Or, « cela peut vite coûter des millions d’euros ». Cédric Moreau observe que les cas d’usage précis montés en collaboration avec les métiers aboutissent plus facilement.

Les analyses effectuées depuis la plateforme permettraient de mettre au jour les véritables taux de disponibilité des machines qui peuvent être « calculés différemment à chaque échelon de la hiérarchie dans l’entreprise ».

D’après le responsable de chez Siemens France, les fabricants de machines représentent environ 60 % de la clientèle de MindSphere en France, tandis que 40 % sont des industriels. Les fabricants revendent des applications IIoT en tant que service afin de garantir les taux de disponibilité et proposer des services de maintenance plus performants.

« Avec les clients finaux, nous travaillons sur des problématiques d’envergure qui représentent des enjeux financiers importants. C’est plus intéressant », considère Cédric Moreau. Il explique cette situation par la spécificité du marché français par rapport au marché allemand. « En Allemagne, certains OEMs emploient 1 500 à 2 000 employés et livrent 50 à 100 machines par an, coûtant plusieurs millions d’euros. En France, cela n’est pas aussi fréquent », commente-t-il.

Un fabricant allemand de cette envergure peut engager un budget global de 200 000 euros sur trois ans pour déployer une application connectée, selon le responsable. « Cela peut comprendre le développement, la mise à disposition de ressources en interne, l’achat d’équipement, l’accès au cloud et le marketing », détaille-t-il.

Cité comme l’un des leaders par Forrester sur le marché, Siemens veut poursuivre les améliorations de sa plateforme IIoT.

« Concernant le développement d’applications, certains clients de MindSphere considèrent que Cloud Foundry est un peu limité. Nous allons ouvrir des clusters Docker sur AWS ».

Siemens compte également améliorer l’ergonomie et compléter les fonctionnalités demandées par les clients.

« La totalité de mes clients français a reconduit leur abonnement annuel à la plateforme MindSphere. Ils sont globalement satisfaits et ils voient bien que nous avançons », conclut Cédric Moreau.

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