Industrie 4.0 : Renault choisit le machine learning de Google Cloud

Moins présent que ses concurrents dans l’industrie, Google Cloud a signé un partenariat avec un acteur de taille. Le groupe Renault et GCP s’associent « pour accélérer la digitalisation du système industriel du groupe Renault et le déploiement de l’industrie 4.0 ».

Le constructeur automobile n’est pas un novice en la matière. Il a d’ailleurs été reconnu parmi les leaders de l’industrie 4.0 par le World Economic Forum en 2019.

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Dans cette optique, il développe depuis 2016 sa propre plateforme de gestion des données industrielles distribuée, disponibles sur 22 sites dans le monde. Elle reçoit déjà les informations de plus de 2 500 machines, environ 30 % du parc industriel du constructeur. Cette plateforme est un data lake basé sur Hadoop et issu d’une distribution Hortonworks Data Platform (Hortonworks passé depuis sous giron Cloudera). Aujourd’hui, elle rassemble plusieurs dizaines de cas d’usage généralement pilotés par la division Digital de Renault.

Une belle tête d’affiche pour Google Cloud

Ce partenariat vise avant tout à améliorer l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement, la qualité de la fabrication et à effectuer des économies d’énergie, selon un communiqué de presse.

Auprès de l’AFP, Eric Marchiol, directeur industrie 4,0 chez Renault, explique vouloir économiser 10 à 30 % de la consommation d’énergie générée par les lignes de production, en commençant par les ateliers de peinture. Le responsable souhaite également que 70 % des machines soient connectés d’ici 2021.

Renault veut donc profiter du savoir-faire de GCP en matière de services d’analytiques avancées, de machine learning et de deep learning pour obtenir ces résultats. En la matière, Google peut mettre en avant sa connaissance de l’analyse de la consommation d’énergie dans ses centres de données.

Des algorithmes analyseront les données des robots et des capteurs IoT déployés par Renault pour optimiser leur fonctionnement, la production et mieux prévoir les arrêts de production ou les dysfonctionnements.

Si le partenariat est une annonce importante de la part de Renault et Google Cloud, le constructeur automobile utilise déjà les services du géant du cloud depuis plusieurs mois, au regard des témoignages du personnel de la filiale Digital glanés sur le Web. De plus, l’ESN Adaltas qui accompagne le constructeur automobile indique sur son site web avoir « évalué le data lake » pour en optimiser l’utilisation et les coûts. Parmi ses missions, Adaltas affirme assister Renault Digital pour de nombreux projets utilisant Spark sur site et sur Google Cloud. Renault, utiliserait déjà Google DataProc qui doit faciliter la gestion de cluster Spark, Hadoop ou Presto dans le cloud et le service d’entrepôt de données BigQuery.

Seulement, il ne s’agit pas là de simplement utiliser les services d’un géant du cloud. Renault et Google Cloud entrent dans une phase d’étroite collaboration. Les deux groupes veulent mettre un programme pour « renforcer les compétences des équipes ingénierie des processus, fabrications et informatiques du groupe Renault », peut-on lire dans le communiqué de presse commun.
Pas moins de 40 000 collaborateurs du constructeur automobile participeront à des sessions de coworking, de formation et de certifications auprès des équipes Google. Le géant du cloud, lui pourrait bénéficier de l’expertise de Renault dans le secteur industriel.

Par ailleurs, l’alliance Mitsubishi-Nissan-Renault a signé un contrat en 2018 avec Google afin d’embarquer dès 2021 le système d’exploitation Android au sein des systèmes d’infotainment des véhicules des trois constructeurs.

Renault compartimente les types de cas d’usage sur différents clouds

Pour autant, Renault apparaît comme un adepte d’une démarche multicloud hybride. Le constructeur automobile ne met pas toutes ses billes dans le même panier. Avant de se tourner vers GCP pour le machine learning, le groupe a partagé en 2018 son expérience avec le cloud d’AWS. C’est chez ce concurrent de Google que Renault Digital place ses environnements de développement et applique une méthodologie DevOps basée sur les services managés Elastic, DataDog, ECS, Lambda, RDS et bien d’autres pour les nouvelles applications.

Pour le développement et la gestion de voitures connectées, notamment les modèles Nissan Leaf et Renault Clio, l’alliance Mitsubishi-Renault-Nissan s’est rapprochée de Microsoft Azure avec qui elle gère l’Alliance Intelligent Cloud, un partenariat pour utiliser la Connected Vehicle Platform (mise à jour OTA et télémétrie) de la firme de Redmond.

Concernant les débats sur la sécurité, la souveraineté et le CLOUD Act, le groupe Renault semble sûr de lui et de ses partenaires.

Toujours auprès de l’AFP, François Lavernos, directeur des systèmes d’information industrie chez Renault, a assuré que le constructeur automobile reste propriétaire de ses données et applique des méthodologies de chiffrement pour les protéger. Concernant Google Cloud, le groupe utilise les services cryptographiques proposés par le fournisseur et assure héberger ses données en Europe de l’Ouest.

Néanmoins, il n’est pas (encore) question de se débarrasser de sa plateforme Hortonworks sur site. Une partie des traitements de données sont effectués sur cette dernière.

De son côté, Google Cloud a signé un autre partenariat d’envergure cette fois-ci avec Deutsche Bank pour « plusieurs années ». Il s’agit de co-concevoir de nouvelles applications et, là encore, de profiter des services de machine learning de la firme de Mountain View. Deutsche Bank veut elle aussi conserver une stratégie multicloud et ses partenaires technologiques existants. Comme quoi, si certaines entreprises européennes ne préfèrent pas se prononcer sur les sujets de souveraineté, elles affichent volontiers leurs politiques multicloud et l’hybride.

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