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Mobilité urbaine : la Software République contre-attaque

Face à la montée en flèche des constructeurs de véhicules électriques et des fournisseurs de services de mobilité américains et chinois, la Software République, menée par Renault avec Thales, Atos, Dassault Systèmes et STMicroelectronics, anticipent le futur de « la mobilité intelligente » à l’européenne.

D’abord présentée en janvier, la Software République rassemble cinq acteurs français, à savoir Renault, Thales, Atos, Dassault Systèmes et STMicroelectronics. Les dirigeants de ces organisations ont précisé leur projet lors d’une conférence le vendredi 9 avril.

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Mené par Renault, « l’écosystème » se concentre sur la mobilité urbaine. Il s’agit de concevoir des logiciels, des systèmes véhicules, des plateformes de services et les outils d’exploitation des réseaux d’énergie. Pour cela, les acteurs cités veulent mettre en commun leurs expertises en cybersécurité, en électronique embarquée, en semiconducteurs, en intelligence artificielle, en jumeaux numériques et en services de mobilité.

Ces entreprises perçoivent des possibilités de développement en France et en Europe, malgré les échecs de certains dispositifs, dont Autolib ou Coup (service de scooters électriques instauré par Bosch). Il faut dire que les véhicules électriques ont désormais la cote. L’une des premières initiatives de la Software République consistera à participer à la construction d’un réseau de recharge électrique « sans couture » nommé Plug & Charge. Dans le principe, il s’agit de proposer un service de recharge doté d’une facturation automatique, à la consommation, basée sur une expérience utilisateur « simplifiée ».

Un service de recharge et des jumeaux numériques

Techniquement, il s’agit d’appliquer la norme ISO 15118, un protocole définissant une interface de communication véhicule réseau pour la charge et la décharge des véhicules électriques. Plus sécurisée, elle doit permettre une interopérabilité entre les bornes de recharge et les voitures du marché, peu importe leurs marques. Renault annonçait en 2020 réaliser des tests à partir de cette norme. Les voitures répondant à cette caractéristique sont encore peu nombreuses.

L’association française pour l’itinérance de la recharge électrique des véhicules (AFIREV) listait en janvier 2020 quelques modèles compatibles chez les constructeurs allemands, dont Porsche, BMW, Volkswagen, Smart et Audi. Renault et ses partenaires prévoient de lancer un programme de retrofitting, en clair de concevoir un dispositif de charge universelle, afin d’adapter « plusieurs centaines de milliers de véhicules électriques circulant déjà roulants en Europe ». Le projet s’inscrit sur le long terme : Luca de Meo, directeur général de Renault, évoque brièvement un « véhicule qui devrait sortir en (20)23 » réduisant le coût au kilomètre de 60 %. Cette voiture encore à l’état de concept, c’est la fameuse R5 électrique à moins de 20 000 euros.

« Le rêve de la Software République c’est de s’adresser en équipe à un maire d’une ville X […] partout dans le monde et de lui proposer en six mois, sans payer, de cartographier son territoire et de lui fournir les véhicules […]. »
Luca de MeoDirecteur général de Renault

L’autre objectif de la Software République consiste à développer des « systèmes de simulation et de gestion des données pour optimiser les flux pour les territoires et les entreprises ». Il s’agit de bâtir des plateformes de données couplées à des outils de simulation afin que les habitants des villes puissent consulter les offres de mobilité disponibles, que les autorités publiques prévoient les besoins en matière de déplacements urbains ainsi que la gestion des urgences et que les architectes accommodent les infrastructures existantes.

Selon les dires de Luca de Meo, directeur général de Renault, ces plateformes seraient développées au cas par cas. « Le rêve de la Software République c’est de s’adresser en équipe à un maire d’une ville X en Europe ou partout dans le monde et de lui proposer en six mois, sans payer, de cartographier son territoire et de lui fournir les véhicules parfaitement adaptés, afin d’être capables de baisser les émissions de gaz à effet de serre de 20 % et d’augmenter la fluidité du trafic de 15 % », vante le dirigeant.

Cette alliance est amenée à accueillir de nouveaux membres. Pour le moment, Renault lui consacre 12 000 mètres carrés au sein de son TechnoCentre de Guyancourt.

À ces deux projets, s’ajoute la volonté de monter un incubateur et un fonds d’investissement pour accompagner les startups. Plus tard, un « data challenge » rassemblera jeunes pousses et étudiants en université. Pour l’instant, les acteurs concernés n’évoquent pas d’enveloppe budgétaire pour l’ensemble des initiatives.

Software République : être « maître de son destin » plutôt que d’être souverain

Lors de la présentation du 9 avril, les dirigeants des cinq entreprises fondatrices de la Software République ont fait écho à l’initiative européenne Gaia-X, lancée dans un objectif de souveraineté.

« Il y a beaucoup de projets en ce moment qui voient le jour en Europe comme Gaia-X pour construire une infrastructure de données compétitives, sécurisées qui assurent la portabilité des données. Software République peut être une autre brique majeure de ce que l’Europe peut faire [en matière de mobilité intelligente] », déclare Élie Girard, directeur général d’Atos.

Bien que la communication de Renault reprenne le terme souveraineté, les dirigeants des différentes entreprises se sont montrés plus prudents quant à son utilisation.

« Souveraineté c’est un mot très fort. L’on pourrait parler d’indépendance ou d’autonomie. »
Patrice CainePDG, Thales

« Souveraineté c’est un mot très fort. L’on pourrait parler d’indépendance ou d’autonomie. Parfois, j’aime bien aussi dire “maître de son destin”, parce qu’on a choisi d’être maître de notre destin en mettant ensemble les compétences des savoir-faire qui sont au meilleur niveau mondial aujourd’hui », nuance Patrice Caine, PDG de Thales.

Le constructeur automobile ne se risque pas à évoquer une souveraineté technologique : pour rappel, il a choisi les services de gestion de données et d’IA de Google Cloud, ainsi que l’OS Android dans ses véhicules.

« Il ne faut pas trop s’exciter », explique maladroitement Luca de Meo, au sujet du système d’exploitation. « Il [Android] reste cantonné aux applications accessibles depuis l’écran du véhicule et n’est pas relié aux systèmes électroniques ». Renault voit tout de même l’occasion d’enrichir son expertise auprès de ses nouveaux partenaires, selon son dirigeant. « Dans la valorisation de notre entreprise, c’est le contenu “tech” qui est retenu aussi par les marchés. Je rêve de faire de Renault une boîte tech et je pense que nos ingénieurs vont beaucoup apprendre auprès des ingénieurs d’Atos, de Thales, de Dassault Systèmes », indique Luca de Meo.

En outre, l’industrie automobile européenne est soumise aux pénuries de semiconducteurs en provenance de fabricants majoritairement implantés en Asie.

Jean-Marc Chery, PDG de STMicroelectronics défend la filière européenne. « Nous avons de grands champions de la fabrication de systèmes électroniques comme Bosch, Continental ou Valeo. En matière de semiconducteurs, nous avons Infineon et STMicroelectronics », liste-t-il. « Chez STMicroelectronics, nous avons des usines gigantesques. Nous sommes en train de construire une usine de 300 000 mètres carrés à Milan, nous allons investir 2,5 milliards d’euros. En Isère, nous avons une usine dans laquelle nous avons investi en cumulé 4,5 milliards d’euros. Nous sommes autonomes », martèle Jean-Marc Chery. Un seul composant serait indisponible, un processeur dédié à l’assistance à la conduite qui n’est plus fabriqué en Europe.

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