Météo France : plus d'IA pour mieux prédire les événements extrêmes

Pour Météo France, l’IA promet d’optimiser les prévisions météorologiques. Toutefois, son adoption pose plusieurs défis en matière de compétences, d’accès aux ressources de calcul, de mix entre modèles physiques et d’IA.

Outre le défilé de personnalités politiques et l’intervention des organes du gouvernement, Adopt AI était l’occasion pour plusieurs industries de partager des cas d’usage ou les promesses de l’IA.

Dans les sessions auxquelles a pu assister LeMagIT, l’IA générative n’était pas forcément le centre de l’attention. Les industriels, les entreprises, les organisations explorent différentes nuances d’intelligence artificielle. À commencer par le machine learning et la computer vision.

Les promesses de l’IA au service de la météo

C’est le cas de MĂ©tĂ©o France. Les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques de l’institut public sont majoritairement rĂ©alisĂ©es Ă  l’aide de modèles de prĂ©vision numĂ©rique du temps. Deux d’entre eux sont utilisĂ©s de longue date : Arpège et Arome. UtilisĂ© depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990, Arpège est un modèle couvrant l’ensemble du globe avec une maille d’environ 5 km sur la France mĂ©tropolitaine (24 km aux antipodes) et permet d’obtenir des prĂ©visions des dĂ©pressions ou les anticyclones jusqu’à une Ă©chĂ©ance de quatre jours. 

En 2008, MĂ©tĂ©o France a complĂ©tĂ© son dispositif avec Arome, un modèle affinĂ© avec une maille de 1,3 km (et 2,5 km en Outre-Mer) pour prĂ©voir les orages, les averses ou le brouillard en France MĂ©tropolitaine, aux Antilles, en Guyane et en Corse. MĂ©tĂ©o France exploite Ă©galement des modèles britanniques (CEPMMT) et amĂ©ricains.

Outre le volume de données conséquent nécessaire, les simulations sont lourdes en calcul.

« En pratique, utiliser des Ă©mulateurs IA Ă  la place des modèles numĂ©riques traditionnels que nous utilisons aujourd’hui peut ĂŞtre simplement meilleur, plus rapide et moins coĂ»teux Â», affirme Virginie Schwarz, PDG de MĂ©tĂ©o France, en photo en haut d’article, lors d’une table ronde d’Adopt AI au Grand Palais, le 26 novembre. « Cela pourrait accĂ©lĂ©rer la production de nos prĂ©visions et permettre de les rĂ©aliser avec des besoins informatiques beaucoup plus rĂ©duits, du moins pour la phase de production Â». 

Si les entraĂ®nements restent coĂ»teux, gourmand en calcul, la prĂ©sidente de MĂ©tĂ©o France envisage que l’infĂ©rence aura « un impact environnemental moindre par rapport Ă  [ses] mĂ©thodes actuelles Â».

« Cela permettra de produire nos prĂ©visions en quelques minutes plutĂ´t qu’en plusieurs heures aujourd’hui Â», envisage-t-elle. « Cela signifie des prĂ©visions sur de plus longues durĂ©es, des rafraĂ®chissements plus frĂ©quents, une amĂ©lioration de l’information au niveau local et un meilleur suivi des Ă©vĂ©nements extrĂŞmes Â».

D’un point de vue technique, la mĂ©tĂ©orologie se prĂŞte bien Ă  l’exercice de l’IA. Les services nationaux comme MĂ©tĂ©o France ont engrangĂ© de large volume de donnĂ©es au cours des dernières dĂ©cennies, ainsi que les rĂ©sultats des prĂ©dictions des modèles paramĂ©triques. D’autant que certains Ă©vĂ©nements, dictĂ©s par le changement climatique, nĂ©cessitent d’amĂ©liorer les systèmes d’alerte. En cela, l’IA pourrait « changer la donne Â».

MĂ©tĂ©o France vit une « pĂ©riode de transition Â»

« Nous intĂ©grons de plus en plus l’IA dans tout ce que nous faisons Â», prĂ©cise Virginie Schwarz.

MĂ©tĂ©o France est Ă  la tĂŞte du projet du programme financĂ© par la Commission europĂ©enne, « Destination Earth Â» (ou DestinE). Celui-ci a Ă©tĂ© lancĂ© en 2022 par l’ECMWF, le centre europĂ©en pour les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques Ă  moyen terme. L’objectif est de former un jumeau numĂ©rique de la Terre afin de simuler des Ă©vĂ©nements climatiques extrĂŞmes.

« Ce projet a commencĂ© comme un projet de prĂ©vision mĂ©tĂ©orologique numĂ©rique traditionnel. Puis, au fil des annĂ©es, nous avons commencĂ© Ă  l’introduire de l’IA dans le projet Â», indique Virgine Schwarz. « Aujourd’hui, alors que nous discutons de la nouvelle phase de Destination Earth, nous envisageons un pilier entièrement dĂ©diĂ© Ă  l’IA Â».

D’autres cas d’usage d’IA sont en cours. En 2024, MĂ©tĂ©o France a lancĂ© un service de prĂ©diction du brouillard sur la Seine. « Grâce Ă  ce service basĂ© sur l’IA, nous avons amĂ©liorĂ© de 20 points la qualitĂ© des informations fournies aux autoritĂ©s de navigation Â», vante la PDG.

L’institut exploite également des webcams publiques à haute résolution pour détecter à l’aide d’algorithmes de vision par ordinateur la présence et la quantité de neige dans les zones jusque-là non surveillées.

 Par ailleurs, certaines parties « les plus coĂ»teuses Â» de la modĂ©lisation climatique sont dĂ©jĂ  confiĂ©es Ă  des algorithmes de machine learning.

Pour autant, « il est encore trop tĂ´t pour dĂ©terminer prĂ©cisĂ©ment l’équilibre entre les informations basĂ©es sur l’IA et celles basĂ©es sur la physique traditionnelle Â», juge Virgine Schwarz. L’institution doit s’assurer d’un haut degrĂ© de confiance des rĂ©sultats. Ainsi, MĂ©tĂ©o France vit une « pĂ©riode de transition Â».

De fait, les modèles physiques cĂ´toient les modèles d’IA, ce qui « entraĂ®ne une forte pression sur les ressources Â» de MĂ©tĂ©o France. « Nous avons probablement besoin de plus de GPU pour travailler sur l’IA. Nous avons Ă©galement besoin de plus de personnel Â», liste-t-elle. Cela rĂ©clame Ă  la fois de recruter des ingĂ©nieurs et data scientists tout en formant le personnel existant. Or « les ressources sont rares Â».

La mise en commun des ressources de calcul et des projets de recherche européens

Un problème généralisé en Europe. D’où le partenariat avec l’ECMWF et les services nationaux de météorologie dans l’UE.

« Les partenariats en dehors du domaine mĂ©tĂ©orologique sont Ă©galement très importants. Par exemple, en France, nous avons un partenariat avec l’INRIA Â», ajoute Virginie Schwarz. « Ce partenariat est essentiel, tout comme celui avec la Commission europĂ©enne concernant Destination Earth qui soutient l’émergence des infrastructures de calcul indispensable Â».

La prévision du climat est l’un des cas d’usage qui sera portée par les programmes de supercalculateurs EuroHPC.

« Par le passĂ©, c’était difficile parce que chaque pays essayait de construire sa propre machine Â», rappelle Cristian Canton, directeur associĂ© du centre de supercalcul de Barcelone, lors de la mĂŞme table ronde. Il fallait parfois passer par les fournisseurs amĂ©ricains. « L’initiative a donc consistĂ© Ă  mettre l’argent dans le mĂŞme panier. Chaque annĂ©e, nous mettons Ă  jour l’un des six grands superordinateurs en Europe. Cette annĂ©e, nous avons mis Ă  jour Jupiter en Allemagne. L’annĂ©e prochaine, ce sera le superordinateur français, puis l’Italie et enfin l’Espagne avec MareNostrum Â», relate-t-il.

« Cela crĂ©e une opportunitĂ© unique de disposer de très grandes ressources de supercalcul que nous n’avions pas auparavant Â».

Ă€ cela s’ajoutent les usines IA et les gigafactories, qui seront plutĂ´t rĂ©servĂ©es aux entreprises. « Cela garantit que l’Europe aura une certaine autonomie dans le pilotage de ce que nous voulons faire Ă  l’avenir Â».

CrĂ©dits photo : GaĂ©tan Raoul – LeMagIT

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