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Croissance record et déficit abyssal, le paradoxe OpenAI
Si OpenAI affiche des revenus en hausse, son déficit est important. Les analystes d’HSBC et de Deutsche Bank lui prédisent un déficit jamais vu pour une entreprise de cette taille. Les hyperscalers et les concurrents, notamment Anthropic, pourraient profiter de sa perte de traction. Sam Altman semble toutefois se battre pour garder la place de leader sur le marché et pour éviter la banqueroute.
OpenAI va-t-il faire faillite ? Le sujet n’est pas nouveau. En 2023 et 2024, certains lui prévoyaient déjà ce destin funeste. Lorsque le journaliste économique Sebastian Mallaby, chercheur principal en économie internationale au Council on Foreign Relations, fait publier le 13 janvier dans le New York Times la tribune intitulée « That is what convince me OpenAI will run out of money », impossible de faire l’impasse sur le sujet. Le chercheur estime qu’OpenAI manquera de « cash » d’ici à 18 mois.
Sans remettre en cause les bénéfices, de l’IA générative, Sebastian Mallaby, fait le constat du manque d’adhérence des usagers aux produits et aux modèles. Comme Menlo Ventures. Selon lui, ce n’est pas honteux de monétiser ChatGPT par la publicité, mais face aux géants du secteur – Google, Amazon, Meta et Microsoft –, OpenAI part avec un désavantage. En cause, la profondeur de son portefeuille. « L’intensité capitalistique » de l’IA est bien plus importante que celle des logiciels traditionnels.
Une « hémorragie financière », malgré des revenus multipliés par 10 en deux ans
Certes, OpenAI a levé 40 milliards de dollars auprès de Softbank qui a terminé les versements à la fin du mois de décembre 2025. Or, contrairement à l’entreprise pétrolifère Aramco, dont l’introduction en bourse lui a permis de récolter 25 millions de dollars, la société dirigée par OpenAI n’est pas profitable. Pire, elle subirait « une hémorragie financière ». Et Sebastian Mallaby de s’appuyer sur un article The Information qui prévoyait qu’OpenAI « brûlerait » plus de 8 milliards de dollars en 2025, et plus de 40 milliards en 2028.
Dans une analyse datée du 20 janvier, Deutsche Bank Research estime que la société dirigée par Sam Altman a plutôt accumulé une dette de 9 milliards de dollars en 2025 et qu’elle risque d’atteindre 17 milliards de dollars cette année.
De son côté, Sarah Friar, directrice financière d’OpenAI, explique le 18 janvier dans un billet de blog que l’entreprise a passé la barre des 20 milliards de dollars de revenus récurrents annuels, soit dix fois plus qu’en 2023. « Peu d’entreprises ont connu une telle croissance à cette échelle », avance-t-elle. « Et nous sommes convaincus que, sur ces périodes, davantage de capacité de calcul aurait permis une adoption plus rapide par les clients et une monétisation plus élevée ». Selon Deutsche Bank Research, une « fraction » des 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT paient pour le service. D’où la publicité.
Entre 2023 et 2025, la « capacité de calcul » disponible aurait été multipliée par 9,5, assure-t-elle. Les deux courbes seraient intrinsèquement liées. Mais Sarah Friar exprime la capacité de calcul disponible en gigawatts installés. Pour rappel, ce n’est qu’une mesure de la puissance électrique au sol, pas de la consommation électrique et encore moins de la capacité réelle de calcul. Il y a toutefois fort à parier que les 1,9 GW mentionnés en 2025 sont tous utilisés. Avec ses projets Stargate, OpenAI dit vouloir atteindre les 10 GW d’ici à la fin de l’année 2029. Mais il a aussi passé de très gros contrats avec les hyperscalers.
OpenAI et le problème (majeur) de l’infrastructure
Justement, c’est un problème. Non seulement pour OpenAI, mais aussi pour ses investisseurs. L’entreprise s’est engagée à investir 1 400 milliards de dollars dans la construction de data centers. Selon Financial Times, les « partenaires » d’OpenAI ont accumulé 96 milliards de dollars de dette pour financer ses capacités de calcul et ses opérations. Et Bloomberg de citer dans un autre article un rapport de HSBC Research qui estime qu’OpenAI pourrait cumuler 207 milliards de dollars de déficit en 2030 pour 213 milliards de revenus. L’estimation de HSBC implique qu’OpenAI arrive à multiplier de nouveau son chiffre d’affaires par dix en cinq ans. Au début du mois de décembre, Deutsche Bank Research s’appuyait sur un article de Wall Street Journal pour estimer qu’OpenAI cumulerait 143 milliards de dollars de dette en 2029. « C’était avant l’investissement de 1400 milliards de dollars dans les data centers », avancent les analystes. « Aucune startup dans l’histoire n’a fonctionné avec des pertes d’une ampleur comparable ».
« La pression ne fera que s’accroître à mesure que se rapproche de son introduction en bourse, prévue pour le début de l’année 2027 et dont le montant pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars », estiment les analystes de Deutsche Bank Research. « Les douves économiques d’OpenAI sont relativement peu profondes et son chemin vers le succès semble se rétrécir de plus en plus ».
Outre la multiplication des offres SaaS qui tentent de reproduire tout ou partie des services d’OpenAI (en s’appuyant partiellement sur ses modèles), les apports sont encore à prouver dans les grands groupes. Selon une étude menée en 2024 par MckInsey et publiée en mai 2025, 80 % des entreprises n’ont pas encore observé « d’impact tangible » sur leurs bénéfices avant intérêts et taxes (EBIT).
Une tendance confirmée par une autre étude menée d’août à septembre 2025 et publiée par Deloitte en octobre 2025. « Quinze pour cent des personnes interrogées utilisant l’IA générative déclarent que leur organisation obtient déjà un retour sur investissement significatif et mesurable, et 38 % s’attendent à ce qu’il soit atteint dans l’année qui suit l’investissement », écrivent les analystes de Deloitte. Ce taux tomberait à 10 % avec l’IA agentique.
La consommation ne ralentit pas, mais OpenAI n’est pas forcément celui qui en profitera le plus
Néanmoins, et c’est tout le paradoxe selon Deloitte, « la demande ne montre aucun signe de ralentissement », constate Deutsche Bank Research. L’équipe de recherche s’appuie sur les propos de Google qui affirme que l’utilisation mensuelle de tokens sur son cloud a été multipliée par 100 au cours des 18 mois précédant le mois d’octobre 2025.
De son côté, Deloitte note que 62 % des entreprises interrogées augmenteront légèrement (30 %) ou modérément (32 %) leurs investissements dans l’IA d’ici au mois d’août 2026. Environ 17 % des dirigeants interrogés prévoient une hausse « significative » des dépenses. Dans un même temps, les entreprises commenceraient à se concentrer sur les cas d’usage les plus utiles.
Deutsche Bank Research estime toutefois que ce sont les hyperscalers qui devraient récupérer la mise. Certains considèrent déjà que les modèles d’IA de Google (Gemini 3) ont rattrapé ceux d’OpenAI en entreprise. Amazon n’a sans doute pas les LLM les plus performants, mais ils sont peu chers et se situent dans le haut du panier. « Il n’est pas exclu que Perplexity et d’autres finissent dans les bras des hyperscalers d’ici à la fin de l’année », complète la banque allemande, qui s’attend à une « année difficile pour l’IA ».
« Anthropic pourrait être l’exception : elle consomme sa trésorerie plus lentement qu’OpenAI, son produit est particulièrement populaire auprès des programmeurs et des entreprises » et, ajoute DB Research, « son modèle de tarification semble plus dynamique ». Selon Bloomberg, Anthropic a généré 9 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025 et prépare une levée de fonds qui devrait faire grimper sa valorisation à 350 milliards de dollars. D’après CNBC, elle collecterait 10 milliards de dollars. OpenAI affiche une valorisation de 500 milliards de dollars.
Bloomberg, encore, rapporte que Sam Altman a rencontré des investisseurs au Moyen-Orient en vue de négocier une levée supplémentaire de 50 milliards de dollars. Cela établirait la valorisation d'OpenAI entre 750 et 800 milliards de dollars. La somme paraît colossale, mais cela ne paraît plus impossible après le travail effectué auprès de Softbank. Ouf ? Il y a d’autres sujets. Devant la justice américaine, Elon Musk, cofondateur d’OpenAI qu’il a quitté en 2018, réclame 134 milliards de dollars à OpenAI et à Microsoft pour « gains injustifiés ». Là aussi, OpenAI a répondu par blog interposé et dit apporter la preuve que le dirigeant de Tesla n’était pas contre le lancement d’une structure commerciale. Les deux parties n’étaient tout simplement pas d’accord sur la manière de le faire. xAI, le concurrent d’OpenAI créée par Elon Musk a levé 20 milliards de dollars.
En tout cas, au Forum économique de Davos, Jensen Huang, cofondateur et CEO de Nvidia, a appelé les entreprises et les investisseurs à poursuivre cet effort d’investissement.
« Il y a besoin de construire des milliers de milliards de dollars d’infrastructures », avance Jensen Huang. Ce serait la raison de la bulle de l’IA. Et il faut bâtir « toutes les couches d’infrastructures de l’IA ». « Nous avons besoin de plus d’énergie et de terre. Nous avons besoin de travailleurs qualifiés : des plombiers, des sidérurgistes, des techniciens réseau, etc. », ajoute-t-il plus loin.
