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Le ministère des Armées officialise son accord-cadre avec Mistral AI

S’il n’est pas dit que le Chat revête l’uniforme et le béret, le ministère des Armées et Mistral AI concrétisent un partenariat dévoilé il y un an. Objectif : développer des solutions d’IA générative sur mesure à l’échelle pour les armées et les établissements publics sous la tutelle du ministère.

Ce 8 janvier, le ministère des Armées et des anciens Combattants a dévoilé la signature d’un accord-cadre avec Mistral AI. Le document signé le 16 décembre dernier porte sur l’usage des modèles, des logiciels et du recours aux prestations de la licorne au sein des entités du ministère.

« Mistral AI, l’un des leaders mondiaux en IA générative, dispose d’une équipe de recherche et développement parmi les meilleures au monde », justifie le MINARM [ou minArm, selon les chapelles, N.D.L.R.]. « Dans un secteur en constante évolution et hautement compétitif, il est crucial que la France conserve son avance technologique ».

Un accord attendu

L’annonce n’est pas vraiment une surprise. Alors ministre des Armées, l’actuel premier ministre Sébastien Lecornu avait déclaré en janvier 2025 auprès de France Culture l’intention de la Grande muette de recourir aux produits et services de Mistral AI.

Presque un an plus tard, l’accord-cadre permet non seulement « à l’ensemble des armées, directions et services du ministère » d’utiliser les modèles de la startup, mais aussi aux établissements publics dont il a la tutelle de faire de même. Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, l’Office national d’études et de recherches aérospatiales et le service hydrographique et océanographique de la marine en seront les bénéficiaires.

L’accord-cadre sera piloté par l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD). En service depuis l’été 2024, l’AMIAD doit orchestrer les initiatives en matière d’IA au sein des Armées. Auparavant, les projets étaient menés en ordre dispersé, en fonction des intérêts des différents corps.

Reproduire le succès de GenIAl avec des cas d’usage plus critiques

« Nos solutions seront déployées au sein des infrastructures françaises, garantissant un contrôle total des données et de ces technologies critiques », affirme Mistral AI. Et de préciser que les modèles seront « personnalisés » à partir des données des armées. De même, il s’agit de mettre sur pied des solutions « sur mesure » déployées à l’échelle afin de répondre à des « besoins opérationnels ». Comme chez TotalEnergies.

Ces deux dernières années, le ministère des Armées s’est attelé à internaliser les compétences et les développements en matière d’IA. Sous l’égide du CEDIA (Centre d’expertise donnée IA du Secrétariat général de l’Armement), il a mis à disposition de son personnel la plateforme GenIAl.intradef à partir du mois de décembre 2024. Déployée sur les infrastructures de la DIRISI (direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information), elle inclut un agent conversationnel, des outils de traduction et de synthèses propulsés par des modèles d’IA open weight régulièrement renouvelés et la base de données Elasticsearch. La plateforme a franchi la barre des 100 000 utilisateurs à la fin de l’année dernière. Le CEDIA a réuni des compétences internes pour « éviter les retards et coûts liés aux prestataires externes ». Le centre poursuivra l’intégration des outils GenIAl et de futurs agents AI au sein des espaces numériques de travail du personnel des armées.

Le ministère des Armées et Mistral AI ne disent pas si les modèles propriétaires de la startup rejoindront cette plateforme dédiée à des usages plus génériques et administratifs.

« Cet accord avec Mistral AI est une étape majeure pour renforcer les capacités d’IA générative au sein du ministère », affirme pour sa part Bertrand Rondepierre, directeur de l’AMIAD, dans un communiqué de presse. « En intégrant les solutions les plus avancées de Mistral AI, nous consolidons notre position et préparons les forces armées aux défis à venir ».

L’enjeu d’une « maîtrise souveraine »

Évidemment, le MINARM met en avant la « maîtrise souveraine des outils utilisés ». Bien que les armées puissent recourir à des logiciels d’origine extra-européenne, elles en conditionnent généralement l’usage à des cas non sensibles et des déploiements dans les centres de données « bunkerisés » de la DIRISI. Étant donné l’origine de ses principaux investisseurs, Mistral AI aurait pu battre sous pavillon américain.

C’était avant l’intervention d’ASML. Le spécialiste néerlandais des machines lithographiques nécessaires à la fabrication des puces IA détient 11 % des parts de la société après lui avoir confié 1,3 milliard d’euros en septembre dernier. Reuters voyait là un moyen pour le champion de l’IA français de garder son indépendance face aux acteurs américains et chinois. Pour rappel, ASML est conseillé par Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle et numérique.

De son côté, lors du salon du Bourget en juin dernier, Mistral AI a signé un protocole d’accord avec l’armée luxembourgeoise. Le partenariat porte sur deux contrats d’une valeur totale de 44 millions d’euros sur cinq ans.

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