Cloud public : S3NS dévoile son offre SecNumCloud à Paris

Lors d’un événement organisé dans la capitale, l’hyperscaler co-détenu par Thalès et Google a présenté au public ses services validés par l’ANSSI, destinés à héberger des données trop sensibles pour le cloud public, pour un coût inférieur à celui d’un datacenter privé.

Deux mois après avoir été estampillé SecNumCloud par l’ANSSI, S3NS, le fournisseur de cloud public souverain dirigé par Thalès et dont l’offre est une copie locale du cloud de Google, a réuni cette semaine ses clients et ses partenaires au Palais Brongniart de Paris pour présenter son jeune catalogue PREMi3NS de 27 services.

On y dénombre 18 composants d’infrastructure en ligne (machines virtuelles, clusters Kubernetes, stockage, fonctions réseau), 3 fonctionnalités PaaS pour l’analyse de données (BigQuery, base SQL...) et 6 plateformes d’administration (fonctionnement, coûts, cybersécurité).

« Ce sont les services les plus utilisés sur Google Cloud. Nous estimons qu’ils nous permettent aujourd’hui de répondre à environ 60 ou 70% des usages. Nous en rajouterons 23 autres courant 2026 pour répondre à 80% des usages, puis encore 18 autres dès 2027 pour atteindre 90% des usages » a vanté sur scène Cyprien Falque, le directeur général de S3NS. Dans le planning annoncé, nulle trace de suites collaboratives ou d’autres applications Google en SaaS. Le DG indique se concentrer sur des fonctions datacenters, mais n’exclut pas un élargissement à l’avenir.

Selon lui, la certification SecNumCloud des prochains services ne devrait pas poser de problème. « Ce qui prend du temps, ce sont les étapes de qualification initiales, via un centre d’évaluation externe à l’ANSSI et beaucoup d’aller-retour entre les parties concernées. Mais maintenant que nous avons passé ce premier stade et sachant que les prochains services n’impliqueront pas de changement de modèle de sécurité, nous pourrons faire nous-mêmes une analyse de risque et la présenter à l’ANSSI. C’est un processus bien plus léger », assure-t-il aux clients qui s’inquiètent de retards éventuels.

Il rappelle qu’il a fallu six mois pour qualifier les services actuels. « Désormais, ce sera plutôt de l’ordre d’un mois », promet-il. Précisons que, chaque année, un tiers de l’offre est réévalué par l’ANSSI.

Par rapport aux mêmes services chez Google Cloud, les prix sont environ 20% plus élevés, soit une différence que l’on retrouve aussi chez OVHcloud, par exemple, entre les services en cloud public ordinaires et ceux estampillés SecNumCloud.

« Notre cible, ce sont les entreprises qui conservaient des infrastructures sur site, car, pour diverses raisons de sensibilité des données, elles ne pouvaient par les mettre en cloud. Dans cette catégorie, il devient moins cher de basculer sur une solution de cloud de confiance plutôt que de chercher à consolider plusieurs sites », argumente Hélène Bringer, la présidente de S3NS.

La direction de S3NS assure que les performances de son cloud sont exactement les mêmes que celles de Google Cloud.

Physiquement, l’infrastructure de S3NS prend place dans trois datacenters situés en Île-de-France. Ils constituent ensemble une région dans le sens que l’entendent les hyperscalers, à savoir un ensemble de salles machines redondées pour parer à tout incident. Aucune date n’a été donnée pour l’ouverture d’une seconde région, ailleurs en France.

Déjà 68 clients, mais peu de services publics

S3NS hébergerait déjà des ressources pour 68 entreprises, dont une bonne moitié encore en phase d’évaluation et l’autre qui paie déjà pour des services en production. Parmi les logos présentés sur scène, on retiendra ceux d’EDF, déjà client de Google Cloud pour les données non critiques, et de France Travail.

« 20% de nos clients sont issus du secteur public. Il s’agit bien évidemment d’une catégorie d’entreprises que nous visons, mais nous n’avons pas non plus de stratégie centrée sur le service public », entend faire savoir Cyprien Falque.

« La qualification SecNumCloud nous permet de débloquer de nombreuses situations, mais la vraie question est de savoir à quelle vitesse ces situations vont décoller. Or, dans le service public, il y a un sujet sur la façon dont sont alloués les budgets ; il y a des autorisations d’engagement, des crédits de paiement qui n’entrent pas forcément dans les bonnes cases du cloud. Avec le cloud, les administrations doivent revoir leur budget de manière plus régulière », enchérit Hélène Bringer.

Dans les faits, les budgets alloués aux administrations pour leur informatique sont calculés pour l’achat de matériel censé durer plusieurs années. Un système qui s’accommode mal avec des services en cloud facturés à l’usage et dont les tarifs varient régulièrement selon la demande.

Vigoureusement souverain

Deux questions étaient sur toutes les lèvres. Celle de savoir si S3NS était véritablement un hyperscaler souverain, ou si la participation de Google à son capital n’était pas une porte ouverte au gouvernement des USA pour faire appliquer son droit de coupure de service. Et celle de savoir si S3NS allait rester un acteur en France ou s’il comptait exporter son offre ailleurs en Europe.

« Oui, je vous le certifie, S3NS n’est pas soumis au CLOUD Act ! Nous sommes une société de droit français en France, les collaborateurs sont français, les datacenters sont exploités par Thalès. Google n'a pas de droit de vote dans l'administration de S3NS que je préside. SecNumCloud a un critère qui définit jusqu'à 24% la part qui peut être détenue par un acteur non européen. Google est bien en dessous », affirme vigoureusement Hélène Bringer.

Et Cyprien Falque de couper court à toute crainte de backdoor ou d’une coupure de service au niveau des mises à jour fournies par Google : « Nous avons accès au code source de Google Cloud en temps réel ! Et nous avons la pratique pour l’auditer en cas de doute sur des briques critiques. Nous avons des dispositifs matériels au niveau des datacenters pour parer à toute fuite de données, pour monitorer toute communication avec l’extérieur. Nous sommes capables de faire du rétro-engineering », renchérit-il.

Concernant l’extension de l’activité, la direction de S3NS estime que la demande pour son offre existe ailleurs en Europe - notamment en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas - sans toutefois être suffisante pour ouvrir des régions de datacenters dans chaque pays.

En l’état, le frein serait surtout réglementaire : « au niveau européen, la situation d’EUCS n’est pas claire [European Union Cybersecurity Certification Scheme for Cloud Services, l’équivalent de SecNumCloud à l’échelle de l’UE, N.D.R.]. Il y a une séparation entre des critères techniques et non techniques qui suggèrent que ce n’est pas au niveau des attentes. Donc, effectivement, nous envisageons une extension au-delà des frontières françaises. Mais pour l’heure, nous disons aux entreprises étrangères d’accéder à S3NS en France. En termes de latence, nous avons pu vérifier que cela ne posait aucun problème », conclut Cyprien Falque.

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