IA : principal risque business, devant les tensions géopolitiques
L’intelligence artificielle dépasserait les tensions géopolitiques dans le classement des risques établi par les dirigeants de grands groupes mondiaux. Cette évolution traduit surtout un dilemme stratégique : investir trop peu expose à un retard concurrentiel, investir trop risque de décevoir les actionnaires.
par
Jim Tyson, Journaliste
Publié le: 10 mars 2026
Pour la première fois, les dirigeants identifient l’intelligence artificielle comme leur principal défi, devant les troubles géopolitiques, les cyberattaques et l’instabilité économique. C’est ce que révèle une enquête du Conference Board, une organisation internationale de recherche économique basée aux États-Unis qui conseille les entreprises et analyse les tendances globales du monde des affaires.
Cette prise de conscience s’accompagne d’une accélération des investissements. Ce trimestre, 35 % des dirigeants prévoient d’augmenter leurs dépenses, contre 22 % au trimestre précédent. Dans le même temps, leur confiance atteindrait son plus haut niveau depuis le début 2025.
« Nous observons un optimisme retrouvé chez les dirigeants de grandes entreprises », analyse Dana Peterson, économiste en chef du Conference Board. « Leurs attentes concernant leur secteur sont passées d’une prudence modérée à une confiance affirmée », résume-t-elle.
Le piège de l’investissement en IA
Les comités de direction font cependant face à un dilemme. Sous-investir dans l’IA exposerait leur entreprise à un désavantage concurrentiel face à des rivaux plus audacieux. Surinvestir risque de générer des retours décevants, de faire manquer les objectifs financiers et de provoquer l’ire des investisseurs.
« Nous approchons probablement de la réorganisation du travail la plus importante depuis plusieurs générations. »
Dana PetersonÉconomiste en chef, Conference Board
« L’IA a un potentiel considérable », reconnaît Lisa Cook, gouverneure de la Réserve fédérale américaine (Fed). « Pour autant, j’observe que son déploiement est fait avec prudence. »
L’économiste Dana Peterson établit un parallèle historique. « L’IA est un parfait exemple de la destruction créatrice que Joseph Schumpeter a théorisée il y a près d’un siècle. Nous approchons probablement de la réorganisation du travail la plus importante depuis plusieurs générations. »
Des transformations aux conséquences sociales majeures
Si l’IA stimule l’innovation et crée de nouvelles opportunités, elle génère aussi des coûts sociaux, prévient également Lisa Cook.
« Les suppressions d’emplois précéderont la création de nouveaux postes, ce qui entraînera une hausse du chômage et pourrait aussi pousser des gens en dehors du marché du travail pendant la transition. Cette situation risque de créer des difficultés pour de nombreux employés et pour leurs familles. »
Courbe en J
Dans l’industrie manufacturière, l’IA pourrait reproduire le schéma de l’électrification du siècle dernier : des bénéfices substantiels, mais plus lents que prévu, estime pour sa part Michael Barr, également gouverneur de la Fed.
« Les données du secteur manufacturier montrent que la productivité suit une courbe en J après l’adoption : les coûts d’adaptation provoquent des pertes à court terme avant que les entreprises qui persévèrent réalisent des gains importants sur le long terme », explique-t-il.