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L’IA va devoir rapidement tenir ses promesses, sinon…

Alors que des milliards de dollars pleuvent sur les acteurs de l’intelligence artificielle, la patience du reste du monde s’érode. Entre attentes démesurées, pressions financières et interrogations sur l’impact environnemental, l’industrie de l’IA est sommée de prouver rapidement sa valeur.

L’intelligence artificielle est-elle un gouffre financier sans fond ? La spirale des investissements pharaoniques va-t-elle jeter les champions de l’IA dans un cercle vicieux ? Et nous, devons-nous revoir nos attentes à la baisse pour aller vers des objectifs plus atteignables par cette technologie ?

Bulle ou pas bulle ?

Pas une semaine ne passe sans qu’une actualité ne fasse état d’un accord, d’un financement à crédit de plusieurs dizaines de milliards de dollars ou d’un partenariat entre les principaux acteurs du secteur.

Cette suractivité financière alimente la suspicion d’un éventuel financement circulaire qui alimenterait à son tour une bulle autour de l’IA. Certains spéculent même sur le fait qu’OpenAI pourrait se retrouver à court de cash en 2027, à moins d’un changement majeur de trajectoire.

Le débat sur la manière de percevoir l’IA est tout aussi fort. Les attentes sont tellement élevées – et les métriques qui mesurent le succès du secteur ont été tellement biaisées –, qu’il est peut-être impossible de tenir ces promesses.

Il faut dire que depuis l’effervescence de la bulle Internet, les exigences en matière de technologie semblent sans limites. Chaque innovation doit générer une croissance exponentielle dont on promet qu’elle atteindra non pas le ciel, mais Mars et même au-delà.

La vague qui a porté les FAANG puis les « Sept Magnifiques » au firmament va sûrement se reproduire, n’est-ce pas ? Et peut-être que la prochaine révolution technologique pourrait pousser ces entreprises vers des sommets encore plus élevés, avec une croissance perpétuelle ?

C’est bien cette histoire qui a été racontée pour, tour à tour, la réalité augmentée, la réalité virtuelle, le métavers, la blockchain, etc. Et pourtant, à chaque fois, des signes et des avertissements suggéraient que ce n’était pas ce qui allait se passer.

Ne dites pas que la GenAI est pourrie inutile

Aujourd’hui, l’IA est sommée d’exaucer tous les souhaits comme un génie numérique. À défaut, il faudra rendre des comptes – à hauteur de milliards de dollars. Et le temps presse.

À Davos, au Forum économique mondial, le PDG de Microsoft, Satya Nadella, a estimé que l’IA pourrait vite perdre son « acceptation sociale » à consommer de l’énergie et à avoir d’autres impacts environnementaux négatifs, si des avantages concrets ne se manifestaient pas rapidement.

Cette déclaration est à mettre en perspective avec une autre de ses interventions où il souhaitait que l’on arrête de dire que les contenus produits par la GenAI étaient de la « slop AI » (en français, de la « bouillie d’IA » ou de l’IA pourrie – pour rester poli).

Lorsque le buzz médiatique sur l’IA a démarré, il a rapidement été suivi par des inquiétudes sur ses risques. Certaines de ces craintes se sont apaisées ; d’autres, comme la désinformation à cause des déchets contenus générés par des IA pourries, n’ont cessé de croître dans un contexte de tensions sociales.

Dans ce domaine, les discussions sur l’avenir du travail à l’ère de l’IA sont déjà devenues un marronnier journalistique. Les promoteurs de l’IA promettent qu’elle améliorera les emplois, à condition de l’adopter pleinement et sans retenue – comme on adopte un enfant prodige ou que l’on retrouve un frère ou une sœur perdu(e) de vue depuis longtemps.

Et puis, parfois, quand même, dans la foulée, ils vous expliquent que des pans entiers de compétences et de professions sont de toute façon condamnés.

Les exigences de retour sur investissement se font également plus pressantes. Les coûts environnementaux, professionnels et industriels de l’IA ont déjà été largement soulignés ces dernières années.

Tous ces points cumulés font que la pression exercée aujourd’hui sur le secteur pourrait dépasser celle observée lors des précédentes révolutions technologiques.

Les leçons que le numérique n’apprend pas

Pendant la bulle Internet, des entreprises emblématiques comme Pets.com ont connu une ascension fulgurante avant de s’effondrer tout aussi brutalement. Leurs actifs (et leur adorable mascotte) ont été vendus à la découpe.

C’était il y a longtemps, certes, mais cette leçon n’a pas été retenue. Bien au contraire, depuis, le secteur technologique n’attend qu’une seule chose : se lancer dans la prochaine innovation, qui sera encore plus spectaculaire que la précédente.

Mais où sont les téléviseurs 3D ? Et les téléphones mobiles avec vidéoprojecteurs intégrés ? Les applications mobiles natives ont-elles fait disparaître Internet ? Chaque maison est-elle devenue une smart house automatisée du sol au plafond ? Les NFT ont-ils remplacé l’or ? Quant aux QR codes, ils s’imposent (enfin), mais je crois bien en avoir parlé pour la première fois il y a… 15 ans.

L’histoire des technologies regorge d’idées ambitieuses qui ont stagné ou disparu. Dans ce contexte, les attentes actuelles vis-à-vis de l’IA pourraient simplement être irréalistes.

Le principe de réalité rattrape toujours les fantasmes

Mais cela pose la question de savoir combien de temps encore l’industrie pourra investir dans l’IA avant que la réalité ne la rattrape.

J’ai lu des avis très sérieux qui remettaient en cause la possibilité de tripler le nombre de GPU pour alimenter les LLM et atteindre une intelligence artificielle générale.

Et ajouter des turbines à gaz dans les centres de données ne permettra peut-être pas non plus à l’industrie d’atteindre son objectif.

Or après tous les investissements et toutes les ressources mises dans l’IA, que se passera-t-il si elle ne permet pas de faire ce bond en avant qu’elle est censée avoir promis ? Qui utilisera les prochaines générations d’IA si le monde se lasse d’en soutenir les coûts ?

Tout cela serait évidemment plus facile si la fusion nucléaire et d’autres sources d’énergie de nouvelle génération étaient facilement atteignables. Ironie du sort : l’IA ne semble pas en mesure d’aider à résoudre cette énigme énergétique.

Reste une lueur d’espoir : peut-être parviendra-t-on à construire une IA suffisamment puissante pour nous expliquer comment tirer réellement profit de l’IA.

À moins que cela ne soit, là aussi, une illusion.

Cette chronique a été initialement publiée sur InformationWeek.

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