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IA américaine : Stargate abandonne son premier datacenter

Le campus géant d’Abilene, en construction au Texas, ne servira finalement pas à démarrer la mégaconstellation de datacenters d’IA à 500 milliards de dollars qu’OpenAI et Oracle avaient annoncée. Microsoft se positionne pour récupérer le site.

La mégaconstellation de datacenters Stargate n’en finit plus d’avoir du plomb dans l’aile. Selon le média The Information, les commanditaires OpenAI et Oracle abandonnent finalement leur installation sur le site d’Abilene, dans le Texas, alors que ce campus devait être la locomotive du projet.

Les six bâtiments qui y sont en construction et qui doivent apporter une puissance énergétique de 1 MW seront a priori récupérés par Microsoft pour son cloud public Azure et, peut-être, par Meta. Selon le témoin cité par The Information, Microsoft ne serait intéressé que par une capacité de 600 MW. Ces projets seraient soutenus par Nvidia qui apporterait un financement de 150 millions de dollars à la condition que le site accueille des infrastructures équipées de ses puces.

La construction de bâtiments supplémentaires apportant un surplus de 800 MW est annulée. Les deux premiers bâtiments totalisant 200 MW et qui existaient avant le lancement de Stargate sont pour l’heure toujours occupés par OCI, le cloud public d’Oracle.

Les relations compliquées d’OpenAI

Stargate avait été annoncé en fanfare début 2025 par Donald Trump comme un réseau tentaculaire de datacenters à 500 milliards de dollars qui devait consacrer la suprématie du sol américain dans l’IA. Mais le projet s’est rapidement avéré n’être qu’un appel à financement pour supporter le seul désir d’OpenAI, l’éditeur de ChatGPT, de s’émanciper de son hébergeur Microsoft. Sa stratégie étant, donc, la construction de datacenters en propre.

Outre la promesse du japonais SoftBank de participer financièrement quand ce sera nécessaire, les investissements dans le projet se sont essentiellement soldés par l’offre en nature d’Oracle des deux datacenters que son cloud OCI avait de toute façon prévu d’occuper sur le site d’Abilene. Oracle espérait se rémunérer ainsi sur la vente en ligne de services ChatGPT qui ne passeraient pas par le cloud de Microsoft.

Initialement, Oracle et OpenAI avaient annoncé commander une extension du site d’Abilene pour porter sa capacité à 2 GW, avant d’investir encore ailleurs sur le sol américain pour totaliser 10 GW d’ici à 2030. Les deux premiers datacenters du site d’Abilene sont entrés en production en septembre.

Puis, les relations se sont dégradées entre OpenAI et la société immobilière Crusoe responsable du chantier d’Abilene. Selon Bloomberg, Crusoe aurait été excédé par le changement constant des demandes d’OpenAI et ce dernier aurait reproché à Crusoe d’avoir laissé s’abîmer les systèmes de refroidissement liquide lors du dernier hiver. Celui-ci a été exceptionnellement rigoureux au Texas cette année.

OpenAI aurait signé, toujours avec Oracle, la construction de six autres campus de datacenters pour installer ses services ailleurs sur le sol américain. Au moins un chantier, dans le Wisconsin, aurait déjà démarré.

L’enjeu de concrétiser des ambitions difficilement réalisables

OpenAI, qui a totalisé un chiffre d’affaires de 13 milliards de dollars en 2025, grâce aux revenus de ses services en ligne qu’il partage avec ses hébergeurs, ambitionne d’atteindre un CA annuel de 280 milliards de dollars, 20 fois supérieur donc, d’ici à seulement quatre ans. Il y parviendrait grâce à la prolifération de datacenters hébergeant ses services.

Fin 2025, la capacité énergétique de tous les serveurs qui exécutent ses services a atteint 1,9 GW. Ces serveurs sont désormais ventilés chez tous les hyperscalers, Microsoft n’ayant plus l’exclusivité de leur hébergement depuis le lancement de Stargate. Pour atteindre 280 mds $ de revenus, il faudrait donc en toute logique qu’OpenAI déploie ses services chez ces hyperscalers sur des infrastructures qui totaliseraient 38 GW.

À moins qu’OpenAI parvienne enfin à s’héberger lui-même, sans revenus à partager avec Oracle, Microsoft, AWS ou Google. C’est ce qu’il projette d’ailleurs de faire partiellement en Europe, en installant ses propres serveurs dans les bâtiments de la chaîne de datacenters Nscale à laquelle il n’aurait qu’à reverser un loyer.

Toujours est-il que ces datacenters n’existent pas encore. Selon Reuters, l’ensemble des datacenters actuellement en exploitation aux USA totalise une puissance énergétique de 15 GW. Ils sont essentiellement installés dans trois États - la Virginie, le Texas et l’Arizona – où la production d’énergie à base de gaz est plus importante qu’ailleurs.

Selon le cabinet Global Energy Monitor, les USA seraient en train de construire des centrales au gaz pour fournir une trentaine de GW supplémentaires, des chantiers auraient été signés pour ajouter ensuite 159 GW et des annonces ont été faites pour encore 63 GW supplémentaires. En revanche, aucune date n’est donnée.  

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