ERP : au tour d’IFS de sortir son studio pour l’IA agentique

L’éditeur d’ERP lance un outil de configuration d’agents IA qui cible spécifiquement les directions opérationnelles et les métiers. En France, le marché serait mûr, et les discussions avancées, assure sa responsable Sales EMEA.

Comme beaucoup d’éditeurs (SAP, Oracle, Workday, ServiceNow, etc.) depuis quelques semaines, IFS a lancé un Agent Studio. Cet environnement permettra de configurer et de déployer des agents IA sans avoir à mobiliser un développeur.

L’annonce, faite fin avril, marque une étape dans la stratégie de l’éditeur d’ERP, de FSM et d’EAM. Le « challenger » de SAP (et d’Oracle) mise en effet sur l’IA agentique pour se différencier un peu plus de ses concurrents en mettant en avant la simplicité.

Ses « Digital Workers » (les agents) arrivent préconfigurés pour des workflows sectoriels précis et avec des règles de gouvernance. Il reste à charge de l’entreprise de les adapter à ses besoins propres, puis de les tester dans un bac à sable avant de les basculer en production. Mais elle n’a pas stricto sensu à les développer.

« Construire des agents est facile. Les gouverner est la partie difficile », insiste Somya Kapoor, la patronne d’IFS Loops (chargée de la sortie de ce studio). « Les Digital Workers ne sont pas des outils que l’on déploie une fois pour ensuite les oublier. Comme toute force de travail, ils s’améliorent avec le temps », ajoute-t-elle pour justifier l’ajout du jour à la panoplie d’IFS.

Des « early-adopters » dans le SCM et le FSM

Les premiers déploiements concernent prioritairement deux domaines : la supply chain et le field service. Plusieurs bêta-testeurs ont témoigné de l’intérêt qu’ils y ont trouvé.

Ependion, un groupe industriel qui traitait plus de 150 confirmations de commandes fournisseurs par semaine à la main, revendique un gain d’efficacité de 60 % et 20 heures récupérées chaque semaine après le déploiement d’un premier agent.

« Nous avons passé des années à tenter de résoudre ce problème avec des approches traditionnelles. Un seul Digital Worker a réussi là où nous avions toujours échoué », se réjouit Joakim Stolt, DSI d’Ependion.

Kitron, un fournisseur mondial de services de fabrication électronique, automatise aujourd’hui le réapprovisionnement de ses stocks et la coordination avec ses fournisseurs grâce aux agents embarqués dans IFS.

Un troisième bêta-testeur, Kodiak Gas Services, un opérateur américain de compression gazière avec 800 techniciens de terrain, chiffre de son côté à 3 millions de dollars le ROI annuel des « digital workers » et à 90 000 heures restituées à ses équipes.

Derrière ces exemples impressionnants dans la supply chain, et évidemment un peu marketing, IFS insiste sur le fait que l’humain reste toujours dans la boucle. Ce qui serait d’ailleurs un prérequis que les DSI posent systématiquement avant tout déploiement IA en environnement industriel.

Côté field service (FSM), IFS étoffe également son catalogue avec de nouveaux Digital Workers. C’est dans ce domaine qu’il avait lancé son premier agent, un dispatcher qui ne remonte aux superviseurs que les exceptions nécessitant un arbitrage humain.

À l’époque, le président d’IFS, Mark Moffat confiait que la maturité des mentalités était le plus gros point bloquant. Les choses ont visiblement évolué puisque IFS ajoute un assistant de planification prédictive et un gestionnaire de connaissances pour donner aux techniciens les bonnes informations au bon moment, sans avoir à fouiller les manuels et les historiques d’intervention.

En France, la logistique comme porte d’entrée

C’est sur les enjeux logistiques que la proposition d’IFS résonnerait même le plus en France. Karine Calvet, qui pilote les ventes IA de l’éditeur pour l’Europe centrale et du sud, pointe un problème structurel bien connu des directions supply chain que ses agents résolvent.

« De nombreuses organisations pilotent encore leurs dépenses de fret, leurs factures et la performance de leurs transporteurs via un assemblage d’exports ERP, de fichiers Excel et d’outils tiers mal intégrés », constate-t-elle. Le contexte est complexifié par la multiplicité des transporteurs, des contraintes réglementaires et bien souvent une qualité de données hétérogène.

Face à cette fragmentation, le marché local serait non seulement prêt, mais même en attente de solutions augmentées à l’IA. « Ce qui résonne particulièrement, c’est la capacité à réunir dans une seule plateforme la planification, la visibilité sur l’exécution, l’audit du fret et des insights IA ; plutôt que d’ajouter un outil logistique supplémentaire isolé. », avance Karine Calvet.

Qui sont les entreprises ciblées en France ?

Les secteurs prioritaires pour IFS sont évidemment ses verticaux historiques, à savoir l’industrie (manufacturing), les sciences de la vie, l’aéronautique et la défense – mais aussi toutes les entreprises qui ont des réseaux logistiques complexes et multisites.

Des entreprises européennes et internationales présentes en France utiliseraient déjà la solution, mais par contrainte de confidentialité, IFS se refuse à communiquer des noms.

Des discussions seraient par ailleurs en cours avec plusieurs groupes français, sièges et filiales confondus.

Pour la responsable EMEA, trois enjeux reviendraient systématiquement dans ces échanges : la maîtrise des dépenses, le pilotage de la performance des transporteurs, et la qualité du reporting.

« On passe d’une gestion tactique du transport à une approche stratégique, pilotée par la donnée », conclut Karine Calvet. « C’est ça que recherchent activement aujourd’hui les acteurs locaux. »

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