Red Hat Summit 2026 : l’éditeur déroule ses plans pour une IT souveraine

Lors de sa conférence annuelle, Red Hat a annoncé des mesures et des fonctions censées garantir à ses clients que ses logiciels sont débarrassés de tout risque d’ingérence américaine.

Après Suse, Nutanix et VMware, c’est maintenant au tour de Red Hat de se lancer tous azimuts dans une stratégie de souveraineté. Lors de sa conférence Red Hat Summit 2026 qui se tenait cette semaine à Atlanta, l’éditeur américain de logiciels d’infrastructure a annoncé prendre des mesures et ajouter des fonctions à ses produits pour garantir aux entreprises qu’elles pourront travailler sans jamais craindre d’ingérence étrangère. L’ensemble, plus ou moins pré-annoncé lors des derniers mois, est désormais disponibe.

« Red Hat veut aider les entreprises qui utilisent nos technologies à façonner leur prochaine décennie d’innovation en suivant leurs propres règles » a lancé, sur scène, Ashesh Badani, le patron des produits chez Red Hat (en photo en haut de cet article).

« L’innovation ne doit pas se faire au détriment du contrôle. Qu’une entreprise cherche à se conformer à des obligations juridictionnelles ou à reprendre le contrôle de ses données détenues dans des silos propriétaires, nous fournissons les capacités et les plateformes nécessaires pour bâtir un avenir plus autonome », a-t-il ajouté.

Le fait est que les entreprises européennes remettent en doute la confiance qu’elles avaient auparavant dans le cloud public depuis que, en 2025, l’administration Trump a ordonné la coupure des services américains à plusieurs juges de la Cour Pénale Internationale, basés aux Pays-Bas, juste parce que Washington n’avait pas apprécié leurs dernières décisions. Dans le lot, la CPI n’a jamais plus été en mesure d’utiliser les services cloud de Microsoft.

Cette crainte d’une ingérence est d’autant plus vive qu’il faut aujourd’hui nourrir les IA avec des données sensibles pour qu’elles soient efficaces et que personne n’a envie de le faire dans des clouds publics américains, soumis à des réglementations qui autorisent l’administration des USA à fouiller dedans.

Anticipant le retour des applications et des données dans des datacenters privés, plus particulièrement sur le sol européen, les fournisseurs de solutions d’infrastructure refondent depuis ces derniers mois leurs offres pour leur donner tous les atours de solutions souveraines.

Red Hat fait partie de ces fournisseurs. Il édite principalement quatre produits : le système d’infrastructure OpenShift, le système d’exploitation Linux RHEL, le système de pilotage des applications en production Ansible et Red Hat AI, qui correspond à un cluster OpenShift préconfiguré pour les applications d’intelligence artificielle. Tous ont été amendés du qualificatif de souverain lors de cette conférence.

Des mesures pour empêcher toute ingérence

Pour favoriser les déploiements souverains, Red Hat met d’abord en place des programmes de support spécifiques à chaque région. Celui dédié à l’Europe s’appelle Red Hat Confirmed Sovereign Support. Déjà évoqué en fin d’année dernière, il est constitué d’équipes techniques européennes censées être totalement indépendantes de toute influence américaine. Il comprend aussi des proxys européens pour distribuer toutes les mises à jour des logiciels de Red Hat sans que les USA ne puissent en couper l’accès.

La promesse est que, même dans un scénario où les USA interdiraient à Red Hat de distribuer en Europe les mises à jour de ses produits, les équipes du Red Hat Confirmed Sovereign Support pourraient continuer à produire des logiciels équivalents à partir des codes Open source que Red Hat distribue dans le cadre du programme CentOS Stream.

Rémy Mandon, le directeur de Red Hat en France, va plus loin : « imaginons une situation où l’un de nos clients en France ne puisse plus, pour certaines raisons, poursuivre son contrat avec Red Hat. Même dans ce cas-là, il a le droit de continuer à faire tourner le code existant avec des compétences locales de son intégrateur, de ses équipes, d’un autre vendeur informatique. Et il pourra continuer à déployer notre nouveau code, puisque c’est du code communautaire. »

Il ajoute : « Et cela concerne bien tout notre code. Car, contrairement à d’autres éditeurs qui développent du code chez eux et le mettent ensuite dans les communautés Open source, Red Hat développe son code directement dans les communautés ». Encore mieux : les développeurs qui écrivent le code Open source que Red Hat utilise seraient en majorité situés en Europe.

Il y a aussi la question des réglementations, la souveraineté allant généralement de pair avec la conformité. Dans ce domaine, l’éditeur améliore ses outils d’audit. On trouve ainsi un Openshift Compliance Operator qui automatise les bilans techniques de sorte à simplifier la production de preuves de conformité aux NIS2, RGPD, DORA et autres.

Des fonctions pour s’exécuter en vase clos

Sur un plan plus technique, une nouvelle fonctionnalité appelée Landing zones permet de préconfigurer en amont des images des produits de Red Hat, à l’exception de Red Hat AI, pour les déployer sur des clusters qui ne sont même pas connectés à Internet. Il se dit que cette fonctionnalité a été conçue à l’origine sur commande de l’armée américaine.

Concernant l’exclusion de Red Hat AI des Landing zones et selon les informations partagées sur les stands de la conférence consacrés au produit, l’éditeur considère que les logiciels d’IA évoluent trop vite pour se permettre de proposer une distribution qu’on ne peut pas mettre à jour. « Tel LLM, ou telle approche agentique est actuellement détrôné du jour au lendemain, c’est infernal », lance un représentant de Red Hat au cours de la démonstration du produit.

Fonctionnant entièrement en vase clos, lui, OpenShift se dote d’outils d’ordinaire réservés aux prestataires ou aux hébergeurs. Un agent d’IA appelé OpenShift Lightspeed estime par exemple le coût des ressources consommées. Simultanément, une nouvelle interface permet aux utilisateurs d’attribuer à leurs projets des ressources d’infrastructure à la manière des consoles que les hyperscalers proposent dans leurs offres IaaS.

IBM, la maison mère de Red Hat, propose pour sa part tout ceci sous sa propre marque. Son produit baptisé IBM Sovereign Core comprend dans la plupart des cas le matériel sous-jacent, soit des serveurs Power.

Red Hat s’efforce aussi de favoriser les clouds privés. Ses systèmes ont ainsi été validés conformes aux exigences AI Cloud Ready, soit le standard que définit Nvidia pour les hébergeurs souhaitant proposer des services d’IA à partir de ses GPU. De manière un peu moins souveraine, on trouve aussi à présent une offre d’infrastructure privée hébergée sur Google Cloud. Baptisée OpenShift on Google Cloud Dedicated, elle est l’équivalent chez Red Hat des offres d’infrastructure privée que VMware déploie chez les hyperscalers.

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