SUSE veut devenir notre fournisseur souverain de systèmes d’infrastructure

Parce qu’il est Allemand quand tous les autres sont américains, SUSE préconise que les entreprises européennes rapatrient leurs applications sur des datacenters privés orchestrés par ses solutions. Reste à savoir lesquelles.

Tenant sa conférence annuelle la semaine dernière à Prague, l’éditeur SUSE a exposé une nouvelle stratégie de conquête du marché européen. Elle consiste à se présenter comme le fournisseur de systèmes d’infrastructures le plus souverain (il est allemand), sur un secteur tourmenté par la géopolitique actuelle et où tous les autres acteurs sont américains.

Selon SUSE, les entreprises européennes auraient une nouvelle urgence : retrouver de la résilience. LeMagIT croit comprendre qu’il s’agit d’exécuter les applications sur site, sans dépendre d’aucun contrat américain.

« Être résilient, c’est prendre le contrôle de sa souveraineté, de son IT. Quand vous avez ce contrôle, vous pouvez réagir et être proactif. Vous pouvez choisir votre niveau de reprise d’activité en cas d’incident, votre niveau d’innovation. Sans contrôle, vous suivez juste ce que quelqu’un d’autre fait, vous êtes dépendant », expose Thomas Di Giacomo, le directeur technique de SUSE (en photo en haut de cet article), lors d’un décryptage avec la presse.

Au-delà des grands discours sur sa meilleure dévotion à l’Open source et sur l’immunité de ses logiciels contre les décisions extraterritoriales, SUSE a surtout un nouveau produit qui doit le mettre sur un pied d’égalité avec le géant du secteur, VMware : SUSE Virtualization.

Rapatrier toutes les VM, pas seulement celles de VMware

Dévoilé au tout début du mois d’avril lors de la conférence KubeCON, SUSE Virtualisation a vu son lancement officialisé lors de cette conférence SUSECON avec une fonctionnalité de dernière minute. La plateforme sera finalement commercialisée avec le logiciel Coriolis. Cet outil de l’éditeur roumain CloudBase Solutions permet d’automatiser la migration des machines virtuelles existantes vers la plateforme de SUSE, sans engendrer d’interruption de service lors du transfert.

Toutefois, le discours de l’éditeur a quelque peu changé dans l’intervalle des trois semaines qui ont séparé la KubeCON de la SUSECON. Mission souveraine oblige, il ne s’agit plus seulement de proposer une alternative moins chère aux entreprises victimes des hausses de tarifs de VMware. Coriolis doit aussi servir à rapatrier sur la plateforme de SUSE les VM que les entreprises avaient déployées dans les clouds publics américains.

Et il les rapatriera, y compris quand ces VM font fonctionner la base de données HANA de SAP. Alors que cet éditeur allemand, champion mondial des progiciels, n’a eu de cesse d’affirmer qu’HANA était vigoureusement allergique à Kubernetes, la technologie sur laquelle repose SUSE Virtualization. Comment Coriolis va-t-il s’y prendre ? Tout simplement en convertissant les VM SAP non pas pour SUSE Virtualization, mais pour KVM, l’hyperviseur qui fonctionne dans un autre produit de SUSE : SLES, son Linux historique.  

« 80 à 90% des déploiements SAP fonctionnent sur SLES. C’est la technologie que SAP a validée, avec VMware. Il est donc cohérent que nous proposions aux gens qui ont déployé du SAP sur VMware une solution pour migrer vers SLES » défend Thomas Di Giacomo, en précisant que les ventes de SLES pour SAP représentent un quart du chiffre d’affaires de SUSE.

Kubernetes ou KVM ?

Pour mémoire, il existe deux approches pour exécuter des machines virtuelles. Soit on part d’un hyperviseur, comme le font VMware, Nutanix, Proxmox, Vates et quantité d’autres acteurs qui basent leurs solutions sur l’hyperviseur Open source KVM, lequel est une extension du noyau Linux. Dans ce scénario, si une entreprise souhaite exécuter des applications en containers, il lui suffit d’installer Kubernetes dans une machine virtuelle qui exécute elle-même Linux.

L’autre approche consiste à installer Linux et Kubernetes sur une machine physique et de permettre à Kubernetes de piloter des machines virtuelles avec son module KubeVirt. C’est la voie technologique initiée par Red Hat et que SUSE suit dans sa nouvelle plateforme de virtualisation.  

Mais comme SUSE continue de vendre son Linux SLES, dont une version 16 est sortie en fin d’année dernière, avec KVM, au moins pour SAP, sa détermination à pousser une solution d’infrastructure en particulier pour détrôner tous les autres acteurs du secteur interroge.

« Le gros de nos ventes se fait sur Rancher, notre Kubernetes. C’est pourquoi notre proposition principale en matière de systèmes d’infrastructure restera basée sur cette technologie. Mais il faut surtout comprendre que la valeur de notre proposition est qu’elle remplace VMware par une plateforme plus moderne. Proposer d’innover au-delà de VMware avec le même type de technologie que proposait déjà VMware n’aurait aucun sens », tranche Thomas Di Giacomo.

L’éditeur veut croire que SUSE Virtualization n’est qu’une porte d’entrée vers Kubernetes, que ce nouveau produit se vendra pendant dix ans, le temps que les entreprises se soient définitivement débarrassées de leurs machines virtuelles au profit d’applications au format container.

Le point fort du Kubernetes de SUSE est sa console d’administration Rancher Prime, laquelle est dotée d’une IA, baptisée Liz. Lors de cette conférence SUSECON, l’éditeur a aussi dévoilé des possibilités d’IA agentique autour de Liz et Rancher qui pourraient ouvrir la voie à des intégrations plus poussées entre le système de SUSE est les IA d’autres logiciels d’infrastructure.

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