Ordinateur quantique : pour IBM, nous sommes déjà dans la pratique
IBM présente des cas d’usage chez Cleveland Clinic, Boeing et Allstate. Toutefois, si ces expérimentations fonctionnent, elles ne rivalisent pas encore avec la vitesse de l’ordinateur classique. Mais le PDG du constructeur promet que ce sera le cas fin 2026.
Selon les présentations faites lors de la conférence IBM Think 2026 qui s’est tenue en mai à Boston, l'informatique quantique commencerait enfin à produire des résultats tangibles, dans la recherche, comme dans les entreprises.
Sur scène, le centre médical américain Cleveland Clinic est ainsi venu expliquer qu’il avait réalisé la plus grande simulation connue de molécules biologiquement significative à l'aide d’un matériel quantique. Boeing et Allstate ont également présenté des cas d'utilisation concrets.
Le PDG d'IBM, Arvind Krishna, est allé jusqu’à prédire que l'avantage quantique serait atteint d'ici la fin de cette année. L’avantage quantique est ce moment où l’ordinateur quantique va parvenir à produire un résultat plus rapidement qu’un ordinateur classique.
IBM dispose de plus de 80 ordinateurs quantiques opérationnels. L'entreprise compte également plus de 300 partenaires à travers le monde qui l’assistent dans les expérimentations et les mises au point. Ces partenaires sont issus des milieux universitaires, des pouvoirs publics et du secteur privé.
« Pendant des années, l'informatique quantique n'était qu'une promesse. Aujourd'hui, les ordinateurs quantiques produisent des résultats qui comptent », a déclaré Jay Gambetta, directeur d'IBM Research, lors de la présentation du projet mené avec le centre Cleveland Clinic.
Déjà des résultats tangibles, quoique modestes
Dans le détail, le centre Cleveland Clinic, en partenariat avec le centre de recherche japonais Riken, a utilisé des ordinateurs quantiques IBM et deux supercalculateurs — Fugaku et Miyabi-G — pour simuler des complexes protéiques comptant jusqu’à 12 635 atomes. Cette approche hybride est censée permettre de résoudre des problèmes que ni un ordinateur classique ni un ordinateur quantique ne pourrait résoudre seul.
L’enjeu est de parvenir à prédire le comportement de molécules dès le début des recherches, afin de découvrir un nouveau médicament bien plus rapidement que la bonne dizaine d’années d’ordinaire nécessaire.
« Nous avons désormais dépassé le stade de l’expérimentation abstraite pour entrer dans celui des explorations pratiques, où l’informatique quantique pourrait apporter une valeur ajoutée par rapport aux approches classiques », assure Scott Crowder, le patron du service dédié aux cas d’usage quantiques chez IBM.
De son côté, Boeing s’est servi de technologies quantiques pour développer de nouveaux matériaux et revêtements qui résistent mieux à la corrosion. Marna Kagele, ingénieure chez Boeing, a indiqué qu'environ 20 milliards de dollars sont dépensés chaque année pour atténuer ou prévenir la corrosion. Pour elle, l’informatique quantique va servir à réduire ce coût. Mais ce n’est pas encore le cas :
« Aujourd’hui, nous nous concentrons vraiment sur la taille du calcul. Nous avons pu montrer que l’informatique quantique savait nous aider, mais nous devons comprendre comment passer à une échelle pertinente sur le plan industriel », dit-elle.
La compagnie d’assurance américaine Allstate utilise elle aussi l'informatique quantique pour résoudre des problèmes sur lesquels l'informatique classique bloque. Il s’agit en l’occurrence de prises de décisions à partir de corrélations. « Dans ce domaine, l’informatique quantique a une approche bien plus directe », estime Eric Huls, directeur de l'analyse et des données chez Allstate. Selon lui, même des améliorations modestes de la précision mathématique se traduisent dans son domaine d’activité par des bénéfices conséquents.
« Allstate en est encore au début de ce parcours, et nous continuons donc à décomposer les problèmes en éléments plus petits pour les adapter aux capacités du matériel quantique. Mais désormais, au lieu de recourir à des techniques comme la simulation, nous sommes capables de les résoudre directement grâce à ces travaux quantiques. Et nous disposons désormais d’une voie pour les résoudre de manière plus holistique et plus cohérente avec la façon dont ils se présentent dans le monde réel », ajoute Eric Huls.
La contrainte de diviser un problème en une myriade d’étapes minuscules
Dans les faits, un ordinateur quantique ne calcule pas vraiment. Son intérêt est qu’il découvre instantanément la solution qui se combine le mieux à un problème, en superposant des particules.
Pour autant, des contraintes physiques existent toujours qui empêchent de superposer un nombre intéressant de particules. C’est pourquoi il faut diviser un problème en une succession d’étapes minimes, individuellement à la portée des ordinateurs quantiques actuels. Cette succession d’étapes est ce qui empêche encore l’ordinateur quantique d’être plus rapide qu’un supercalculateur.
(((image : Le Quantum System Two présenté par IBM lors de Think 2026)))
Gartner estime ainsi qu’il convient de rester prudent et qu’une meilleure intégration entre les systèmes classiques et quantiques demeure nécessaire pour rendre ces processus efficaces.
« Les résultats obtenus par le centre Cleveland Clinic témoignent clairement des progrès réalisés dans le domaine de l’informatique quantique. Ils devraient inciter les entreprises à y consacrer dès maintenant des ressources de manière plus sérieuse », estime le Dr Gaurav Gupta, analyste spécialiste des technologies émergentes chez Gartner.
« On ne peut en effet pas attendre que cette technologie arrive à maturité pour y réfléchir. Ce serait se mettre en retard, car l’écriture d’algorithmes et la résolution de problèmes en informatique quantique sont très différentes de celles de l’informatique classique », ajoute-t-il.
C’est d’ailleurs l’argument que défend IBM depuis la mise en opération de son premier ordinateur quantique, il y a exactement dix ans. Ses machines quantiques sont accessibles aux partenaires comme un service cloud.
Le mariage idéal entre IA et quantique attendra
La conférence d’IBM n’a pas manqué de juxtaposer les progrès de l’informatique quantique avec les derniers développements en IA. Pour IBM, les deux sujets se conjuguent très bien.
« L'informatique quantique et l’intelligence artificielle ne sont pas en concurrence ; elles convergent et se complètent. L'informatique quantique peut aider à découvrir ce que l'IA ne peut pas encore calculer, puis l'IA apprend de l'informatique quantique, ce qui permet de progresser de plus en plus rapidement en matière d'algorithmes et de calculs », dit Arvind Krishna, le PDG d’IBM.
Jay Gambetta pondère : « oui, nous aimerions tous beaucoup voir l'IA alimentée par le quantique. Mais cela ne se produira pas avant des années. »
Cet article est l’adaptation d’une actualité parue sur SearchDatacenter.
