DBaaS : Supabase s’imagine en « back-end à la demande » pour l’IA agentique
Depuis 2020, la startup édite une DbaaS propulsée par PostgreSQL. Portée par les projets d’IA agentique, son alternative à Firebase prend de l’ampleur. Supabase cherche désormais à concurrencer les grands du secteur.
Le 4 juin 2026, Supabase a annoncé une levée de fonds de série F de 500 millions de dollars menée par GIC, un fonds souverain singapourien.
Accel, Y Combinator, Craft, Felicis, Peak XV et Coatue, ont réinvesti dans la société. Salesforce Ventures et Georgian ont rejoint le tour de table.
La somme récoltée fait grimper sa valorisation à plus de 10,5 milliards de dollars. La startup avait levé 200 millions en septembre 2025 et 100 millions de dollars le mois suivant. Elle était valorisée 5 milliards de dollars en octobre 2025.
Fondée en 2020 à San Francisco, Supabase propose une version managée de PostgreSQL, la base de données open source la plus célèbre chez les développeurs.
Sa DBaaS a gagné en visibilité avec les projets agentiques et serait utilisée par plus de 9 millions de développeurs. Un chiffre qui a doublé en huit mois en même temps que l’adoption de Claude Code d’Anthropic et Codex d’OpenAI.
« Nous avons constaté une augmentation de 600 % du nombre de bases de données par rapport à l’année dernière. Claude Code est le principal contributeur depuis le début de l’année », affirme Paul Copplestone, cofondateur et CEO de Supabase, dans un communiqué de presse. « Les agents IA déploient désormais la majorité des bases de données sur notre plateforme », ajoute-t-il. Ce serait le cas pour 60 % des nouvelles instances. Si bien que la startup présente sa solution comme un « back-end à la demande » pour l’IA agentique.
Entre DBaaS et DBPaaS
Supabase et ses 350 employés visent à la fois les développeurs et les « vibe coders ». La startup considère les praticiens du vibe coding comme les membres d’une catégorie à part entière. Celle-ci rassemble « les développeurs du dimanche » et les professionnels qui cherchent à bâtir des prototypes.
Supabase met en avant la simplicité d’utilisation de son service. La plupart des tâches de maintenance et de mise à l’échelle sont automatisées. Surtout, l’éditeur prend en charge plusieurs fonctionnalités open source et propriétaires pour le temps réel, les données vectorielles, la mise en fil des messages, la gestion des jobs récurrents, la sécurité au niveau des lignes, l’automatisation de la vectorisation ou encore l’intégration avec les API d’OpenAI et Hugging Face.
Compatibilité avec les espaces de stockage objet, fédération de requêtes, fonctions de sécurité avancées, etc. Sur le papier, Supabase n’a pas grand-chose à envier aux autres distributions cloud native de PostgreSQL.
La levée de fonds vise principalement à pousser la croissance de Supabase et à offrir des liquidités à ses employés. Mais la société liste également dans ses objectifs « l’accélération du développement d’outils open source » et propriétaires.
Accélérer la mise à l’échelle de PostgreSQL
Le tour de table est l’occasion de présenter Multigres, une adaptation pour PostgreSQL du projet Vitess. Il s’agit d’un système open source dédié au déploiement horizontal et distribué de clusters MySQL.
Outre le sharding, capacité principale de Vitess, Multigres doit apporter des fonctionnalités de haute disponibilité, de pooling de connexions, de failover automatique et d’orchestration de sauvegardes. Multigres a d’abord le droit à un opérateur Kubernetes pour gérer des clusters et les backups, sur site ou depuis des espaces de stockage objet en cloud. Le projet open source est en alpha et n’est donc pas prêt pour la production, souligne Paul Copplestone dans un billet de blog.
Dans un même temps, Supabase vise la mise en production cette année du projet OrioleDB. Ce moteur de stockage open source est conçu pour être distribué, moins difficile à maintenir, et pour mieux prendre en charge les SSD NVMe.
« Nous utilisons ces fonds pour investir dans les aspects moins visibles de notre plateforme : les performances, la fiabilité et les équipes d’assistance chargées d’aider nos clients », résume Paul Copplestone.
Les ambitions de Supabase
Supabase a grandi en se présentant comme une alternative à Firebase de Google Cloud et le service Heroku PostgreSQL. Elle revendique environ 250 000 clients.
La société et son modèle ont également inspiré l’année dernière les acquisitions de Neon par Databricks et de Crunchy Data par Snowflake, deux éditeurs de DBaaS PostgreSQL. Les deux concurrents cherchent entre autres à convaincre les entreprises d’utiliser leur « lakehouse » pour déployer des applications métiers et agentiques.
En sus des assistants IA, PostgreSQL complète des outils tels que Streamlit chez Snowflake (acquis en 2022) et Databricks Apps chez son concurrent principal.
Les ambitions de Supabase pourraient aussi la confronter aux fournisseurs de cloud eux-mêmes.
« La croissance de Supabase témoigne d’une stratégie qui porte ses fruits sur deux fronts : le renforcement de sa communauté de développeurs et une progression constante vers le haut de gamme pour répondre aux besoins des grandes entreprises », affirment les porte-parole de Salesforce Ventures dans un billet de blog. « Sa clientèle s’étend des développeurs indépendants et des startups issues de Y Combinator – 55 % de la dernière promotion s’appuie sur Supabase – à un nombre croissant de scale-ups technologiques et de grandes entreprises ».
Lors de Microsoft Build 2026 le 2 juin 2026, le géant du cloud a lancé HorizonDB, la préversion publique de sa DbaaS managée capable de gérer jusqu’à 128 To et 3 072 vCPU. Amazon Aurora PostgreSQL peut porter des clusters d’une taille maximale de 256 To.
Pour le moment, la startup ne peut pas atteindre ces tailles critiques. Une instance Supabase peut atteindre 60 To et peut atteindre jusqu’à 80 000 IOPS. Reste à voir si la startup arrive à convaincre les grands groupes. Eux ont déjà investi dans les services managés des fournisseurs cloud en remplacement d’Oracle Database.
